11-01-2004, 21:17
4-3 L’ordination
L'ordination comporte trois degrés, diaconale, presbytérale, épiscopale. Nous nous intéresserons à la plus complète, l'ordination épiscopale.
Je situe ce temps de l’ordination à la Moria, lieu séparé et où le sacré a surgi dans la révélation de Gandalf au Balrog, et dans la manifestation de son pouvoir, celui du Feu secret, par dessus celui de l’Ombre (je devrais à chaque fois repartir de ce que j’ai dit, car mon point de départ est bien le lieu sacré tel qu’il a été défini plus haut, et non le sacrement. Mais ces parties ne sont que des parenthèses destinées à expliciter un point sur lequel je ne comptais pas m’étendre tout de suite).
4-3-1 L’ordre
Il est tout d’abord à noter que Gandalf use lui-même du mot d’ « Ordre » pour parler de lui et de ses confrères Istari :
[citation=T1, Chap. II. LE CONSEIL D'ELROND, Page 336]« Cette pensée en tête, j'abandonnai ma chasse et passai rapidement en Gondor. Les membres de mon ordre y avaient été autrefois bien reçus, mais Saroumane plus que tout autre. »[/citation]
[citation=T2, Chap. X. LA VOIX DE SAROUMANE, Page 250]- (...) Saroumane! cria-t-il, et sa voix crût en puissance et en autorité. Voyez! je ne suis pas Gandalf le Gris, que vous avez trahi. Je suis Gandalf le Blanc, qui est revenu de la mort. Vous n'avez plus de couleur à présent, et je vous chasse de l'ordre et du Conseil.[/citation]
4-3-2 Les insignes
D’une certaine façon, l’ordination préexiste au temps de la Moria :
Les insignes de la charge de l’évêque sont le livre de l’Evangile, l’anneau, la crosse et la mitre. L’anneau et la crosse, Gandalf les a reçu dès son arrivée dans la Terre du Milieu. Par contre, le livre était plutôt l’apanage de Saroumane, qui d’ailleurs s’intéressait de très près à tout ce qui ressemblait à un anneau. Sauf qu’il se les attribuait lui-même, ou bien se les créait. Comme le dit Galdor, des Havres, c’était sa spécialité.
[citation=T1, Chap. II. LE CONSEIL D'ELROND, Page 333]- (...) qu'est-il advenu de Saroumane? Il est très versé dans la connaissance des Anneaux, et pourtant il n'est point parmi nous. Quel est son avis - s'il connaît tout ce que nous avons entendu ?[/citation]
Gandalf ne manque pas de noter lorsque Saroumane l’invite dans sa tour qu’il portait un anneau au doigt (T1, p344).
4-3-3 les trois charges
Quelles sont les caractéristiques de l’évêque : ce sont les trois munus, les trois charges, enseignement, liturgie (service divin), gouvernement :
[citation=CEC 1592]« Le sacerdoce ministériel diffère essentiellement du sacerdoce commun des fidèles parce qu'il confère un pouvoir sacré pour le service des fidèles. Les ministres ordonnés exercent leur service auprès du peuple de Dieu par l'enseignement (munus docendi), le culte divin (munus liturgicum) et par le gouvernement pastoral (munus regendi) »[/citation]
Nous verrons que ces charges sont bien celles de Saroumane, et qu’elles vont devenir celles de Gandalf. Ainsi quand Saroumane explique à Gandalf :
[citation=T1, Chap. II. LE CONSEIL D'ELROND, Page 345]« Le Temps des Elfes est fini, mais le nôtre est proche : le monde des Hommes, que nous devons gouverner. Mais il nous faut le pouvoir (...)
Il n’y aurait point de véritable modification de nos desseins, mais seulement des moyens. »[/citation]
Gandalf ne conteste pas ce point de gouvernance (nous ne parlons pas de pouvoir temporel, évidemment), mais seulement le moyen que met Saroumane en œuvre pour cela. Gandalf est d’ailleurs celui qui dirigera la communauté de l’Anneau tant qu’ils sera avec eux, mais il est aussi celui qui dirigera Minas Tirith après la mort de Dénéthor, à la demande même d’Aragorn en présence d’Imrahil, à qui Gandalf a pourtant donné la gouvernance de la cité quelques temps plus tôt :
[citation=T3, Chap. VIII. LES MAISONS DE GUÉRISON, Page 183]« - (...) Le Seigneur de Dol Amroth gouvernera la cité jusqu’à ce que Faramir se réveille. Mais mon avis est que Gandalf devrait nous diriger tous dans les jours à venir et dans nos rapports avec l’Ennemi. Et ils s’accordèrent là dessus. »[/citation]
Son rôle d’enseignement est suffisamment présent tout au long du roman pour ne pas avoir à le prouver.
Quant à son rôle liturgique, il n’est pas censé y en avoir dans le SdA. Pourtant Gandalf le dévoile bien quand il se déclare « serviteur du Feu secret ». Liturgie signifie très exactement « service ». Ce rôle même n’est donc pas oublié, et le service divin de Gandalf se manifestera encore quand, il dispense les bénédictions (j’avoue que j’ignore s’il y en a beaucoup, mais il y en au moins une).
4-3-4 La Moria
La Moria me paraît donc le moment où Gandalf reçoit ce sacrement, et change d’état (passant de presbytre à épiscope, si l’on veut).
[citation=T1, Chap. V. LE PONT DE KHAZAD-DUM, Page 438]« - Je suis un serviteur du Feu Secret, qui détient la flamme d'Anor. Vous ne pouvez passer. Le feu sombre ne vous servira de rien, flamme d'Udûn. Retournez à L'Ombre! Vous ne pouvez passer.
Le Balrog ne répondit rien. Le feu parut s’éteindre en lui, mais l’obscurité grandit. »[/citation]
Le sacré commence ici, avec la victoire presque immédiate de la mention du feu secret sur le Balrog, dont le feu semble s’éteindre. Gandalf brise ensuite l’épée du Balrog, puis fini par briser le pont. Notons qu’à ce moment fatidique, le bâton de Gandalf est brisé :
[citation=T1, Chap. V. LE PONT DE KHAZAD-DUM, Page 438]À ce moment, Gandalf leva son bâton et, criant d'une voix forte, il frappa le pont devant lui. Le bâton se brisa en deux et tomba de sa main. Un aveuglant rideau de flamme blanche jaillit. Le pont craqua. Il se rompit juste au pied du Balrog, et la pierre sur laquelle il se tenait s'écroula dans le gouffre, tandis que le reste demeurait en un équilibre frémissant comme une langue de rocher projetée dans le vide.[/citation]
À ce moment là pourtant, Gandalf est toujours vainqueur, sur le pont, tandis que le Balrog s’écroule :
[citation=T1, Chap. V. LE PONT DE KHAZAD-DUM, Page 438]« mais dans sa chute même, il fit tournoyer son fouet, et ses lanières fouaillèrent le magicien et s’enroulèrent autour de ses genoux, l’entraînant vers le bord. Il chancela, tomba, et malgré un vain effort pour s’accrocher à la pierre, il glissa dans le gouffre »[/citation]
Son combat n’est donc pas terminé, la consécration de Gandalf doit se faire dans une figure du baptême et de la confirmation : le feu et l’eau, celle de la régénération.
[citation=T2, Chap. V. LE CAVALIER BLANC, Page 135]"- Je suis tombé longtemps, finit-il par dire, avec lenteur comme s'il se remémorait avec difficulté. Je suis tombé longtemps et il est tombé avec moi. Son feu m'environnait. J'étais brûlé. Puis nous plongeâmes dans une eau profonde et tout fut obscur. Elle était aussi froide que le flot de la mort : elle me glaça presque le coeur."[/citation]
4-3-5 Le nouveau Gandalf
Le Balrog regagne toute sa puissance sur le mont Celebdil, (he burst into new flame), et cette fois, Gandalf doit le combattre de tout son pouvoir (sans son bâton).
[citation=T2, Chap. V. LE CAVALIER BLANC, Page 136]« Ceux qui regardaient de loin pensèrent que la montagne était couronnée d’orage. Ils entendirent le tonnerre et, dirent-ils, les éclairs qui frappaient le Celebdil rebondissaient en arrière, brisés en langues de feu . »[/citation]
Nous remarquons ici l’amusante mention de langues de feu, ce en quoi sont brisés les éclairs qui surgissent de la violence du combat. Ces langues de feu, je l’ai dis, sont le symbole presque exclusif de la Pentecôte, temps où l’Esprit Saint est descendu sur chacun des apôtres.
Lors de l’ordination, l’Esprit Saint est particulièrement invoqué afin qu’il confères les dons nécessaires à l’évêque pour sa nouvelle charge.
Gandalf abat son adversaire, puis s’égare hors de la pensée et du temps. Gandalf est couché, étendu, comme celui qui reçoit le sacrement de l’ordre doit s’étendre au sol epndant la litanie des Saints, temps où tout le ciel est invoqué sur celui qui va recevoir le sacrement.
[citation=T2, Chap. V. LE CAVALIER BLANC, Page 136]" Je fus renvoyé nu, pour une brève période, jusqu'à ce que ma tâche soit accomplie. Et nu je restai étendu sur le sommet de la montagne. (…). Je restai étendu là, les yeux ouverts sur le ciel, tandis que les étoiles tournaient, et chaque jour était aussi long qu'une existence entière sur la terre. La rumeur assemblée de toutes les terres parvenait faiblement à mes oreilles : la germination et la mort, le chant et les pleurs, et le lent et éternel gémissement de la pierre surchargée. Et ainsi enfin Gwaihir le Seigneur des Vents me trouva de nouveau, il me saisit et m'emporta."[/citation]
Le rite est terminé. Il y a chez lui mort et résurrection, mais quand il revient, il n’est plus le même, ni en pouvoir, ni même physiquement. L’aigle est le premier à en témoigner :
[citation=T2, Chap. V. LE CAVALIER BLANC, Page 137]« - Un fardeau, tu l'as été, répondit-il, mais ce n'est pas le cas aujourd'hui. Aussi léger qu'une plume de cygne es-tu à mes serres. Le Soleil brille à travers toi. En fait, je ne crois pas t'être encore nécessaire : te laisserais-je tomber, que tu flotterais sur le vent. »[/citation]
Gandalf est avant tout un ange, et ce nouvel état de son corps n’est pas surprenant, mais il est comme rehaussé par sa nouvelle ordination. Il est désormais l’évêque de son ordre, disposant d’un nouveau bâton (dont on ne sait d’où il vient), de son anneau, de nouveaux vêtements signifiant son nouvel état (reçus chez Galadriel), et d’Évangile, il a reçu celui du monde qui est parvenu à ses oreilles pendant sa prostration.
Lorsque nous le retrouvons enfin, dans la forêt de Fangorn, il doit aussi se remémorer de son ancien nom (on peut se souvenir qu’en religion, il est habituel de donner un nouveau nom à celui qui entre définitivement dans un ordre), et il y a surtout, ce commentaire de Gunri, seule mention de sacré avec les maisons des morts de Minas Tirith où Dénéthor ira se faire brûler.
[citation=T2, Chap. V. LE CAVALIER BLANC, Page 138]« - En une heureuse heure, vous êtes revenu auprès de nous, Gandalf, s'écria le Nain, qui se mit à gambader en chantant haut dans l'étrange langage des Nains. Allons, allons! cria-t-il, balançant sa hache. La tête de Gandalf étant maintenant sacrée, trouvons-en une qu'il soit bon de fendre ! »[/citation]

