Etant breton d'origine, je me souviens avoir été frappé par l'absence totale de culte religieux (actif ou antique) dans le Seigneur des Anneaux. J'y décelais néanmoins une forte dimension spirituelle et de nombreux signes occultes disséminés ça et là sans explication particulière, exactement comme les ogams celtiques ou les monolithes préhistoriques d'Europe de l'Ouest -- ou encore dans un genre plus fantasy, les symboles indéchiffrables qui parsèment les paysages des BDs de Caza.
Des signes qui se suffisent à eux-mêmes (fondement même de l'ésotérisme : il n'y a pas de secret, le signe lui-même est le secret -- merci Umberto !), des personnages qui incarnent des valeurs humaines universellement partagées (sauf par les cons, mais c'est aussi à ça qu'on les reconnait) ; bref, je ne vois rien dans l'oeuvre de Tolkien qui soit spécifiquement catholique et qui mérite un tel déchainement de passions entre croyants et athées (ou entre croyants et croyants, ce qui est pire).
Je pourrais tout aussi bien dresser d'autres parallèles avec les cultures bouddhistes et taoïstes. Mais comme on dit, chacun voit midi à sa porte. L'obédience religieuse de Tolkien est évidemment un argument de poids en faveur de chrétiens obnubilés par une interprétation strictement "archangélique" du panthéon ilúvatarien (quand bien même Tolkien lui-même s'en défendait). Le fait demeure que nous avons affaire à une oeuvre de dimension mythologique et non pas à une réécriture scrupuleuse du Pentateuque, mais les convictions personnelles ont la peau dure.
Patrice

