et bienvenue à toi, Charles, sur le forum de jrrvf,
« nous espérons te lire souvent » ;-))
Tout d’abord, un grand merci pour le travail effectué. Grâce au livre de Vincent, l’on disposait depuis peu en France d’une introduction et d’une présentation détaillée de certains thèmes du « Seigneur des Anneaux » ; désormais, un second ouvrage, qui était nécessaire, donne une vue d’ensemble de l’homme et de l’œuvre et même de sa réception critique.
J’ai acheté le livre (et si je râle que la librairie Marbot n’ai pas encore renouvelé sa commande de T30, une bonne huitaine de « Chant du Monde » demeure pour les lecteurs de Périgueux), car il aura désormais sa place dans la critique française de Tolkien.
Je l’ai feuilleté, sans pouvoir le lire malheureusement dans le détail. Aussi, je me contenterai de quelques critiques de forme, ce qui ne préjuge en rien de la qualité du contenu du livre, que cela soit bien clair ;-)
(1) Tout d’abord, je remarque que le livre s’est beaucoup appuyé sur Internet et, fort heureusement, que JRRVF et ses participants sont à de nombreuses reprises mentionnés et crédités. Merci pour eux ;-)
(2) Mes critiques de surface ont leur origine dans ce que j’ai pu lire concernant mon sujet de prédilection : Tom Bombadil.
Tout d’abord, p. 360, la première entrée de l’index à Tom est erronée : aucun Tom p. 48. Une petite coquille qui ne serait pas gênante si toutes les entrées n’était pas elles aussi erronée : je me trompe peut-être (et je l’espère de tout mon cœur !) mais aucun Tom p. 84, ni en p. 85, ni en p. 122, ni en p. 157 (alors que p.158-159 concernent Tom mais ne sont pas citées dans l’index! !), ni en p. 168, ni p. 175… C’est regrettable pour un ouvrage destiné à devenir une référence et à être consulté transversalement ! :-(
En fait, c’est l’index tout entier qui semble est inutilisable (comme l’indique un simple texte avec les entrées « Aegnor », « Aratar » ou « Anneau »). Quel regrettable bavure de l’éditeur pour un index de 11 pages qui aurait pu être des plus utiles…
Les entrées pour « Baie d’Or », « Yavanna », « Sylvebarbe » ou « Mallet, Sébastien » qui, faussement, indiquent les pages 84 ou 85 montrent que les pages 84-85 de l’index correspondent aux pages 158-159 du livre.
(3) Concernant l’index justement, je m’interroge sur certains oublis. Comment Arthur peut être exhaustivement référencé dans l’index alors que Rúmil, personnage important du Légendaire, n’est pas mentionné dans l’index bien qu’apparaissant p. 45 ou 53 par exemple. Idem pour Adam qui joue un rôle important dans l’interprétation à plusieurs reprises (au moins 6 occurrences d’Adam, du Vieil Adam, du Nouvel Adam…, p. 245 p. ex.) mais qui est absent de l’index.
(4) En tant que lecteur qui aime les livres, les textes, leurs auteurs, et les références qui me donnent l’occasion (et la liberté) de nouvelles découvertes, une chose me chiffonne pour ne pas dire m’énerve dans certains livres, et je suis au regret de constater que « le Chant du Monde » n’échappe pas à cette critique. Il s’agit des références bibliques ou plutôt de leur absence. Pourtant, « le Chant du Monde », dès le début, est au fait de la traduction de Jonas par Tolkien et de son rapport avec le livre de Job (p. 31, 350).
Alors pourquoi, p. 212, un extrait de phrase comme « écrire, c’est tisser ou imiter le tissage » mérite une référence complète (n. 88 : « Philippe Walter, La Mémoire du Temps. Fêtes et calendriers de Chrétien de Troyes à la Mort Artu, Paris, Champion, 1989, p. 90 ») alors que, p. 180, l’« allusion au “Vieil homme” dont saint Paul invite les chrétiens à se dépouiller » n’est pas jugé digne d’être accompagné de sa référence (Ep 4, 22) ?
Idem pour Adam « créé “à l’image et à la ressemblance” de Dieu » (p. 245).
P. 44, le texte donne à penser que le doctrine des « quatre ages » se trouve explicitement présentée dans « le fameux songe de Nabuchodonosor dans le livre du prophète Daniel ». Pourtant, sans référence, il faudra que le lecteur curieux pousse jusqu’à l’interprétation du rêve par Daniel en Dn 2, 32-45 pour constater que le songe concerne cinq âges non pas quatre.
Le problème est que sans aucune référence, il demeure le doute, celui d’avoir devant soi une utilisation erronée ou partielle des textes cités.
C’est ainsi que, p.53-4, nous lisons qu’« il est accordé à ces errants la consolation de chanter et de voir les étoiles, et leur lot est cette longue attente de la Grande Fin qui rappelle l’attente des Justes de l’Ancien Testament ». On aimerait, là aussi, quelques précision quant à « l’attente des Justes de l’Ancien Testament » analogue à « cette longue l’attente de la Grand Fin » du Légendaire. Je ne vois pas quel lecteur serait assez courageux pour lire tout l’Ancien Testament pour vérifier ou infirmer une telle affirmation. Pour ma part, je me demande s’il n’y a pas là confusion avec les 144000 qui sont « irréprochables » d’Ap. 14, 1-5 qui apprennent et « chantent un cantique nouveau devant le trône ». Mais on n’est pas dans l’Ancien Testament là ;-)
Je m’interroge également sur le sens à donner sur « les traditions abrahamiques » auxquelles ils est fait allusion p. 90.
Comment ne donner aucune références aux textes évangéliques p. 186-8 ? pas même Jn 19, 28 ou Mt 5, 3 ?
Idem p. 191 : « De même qu’à Cana où l’eau est transformée en vin (…) » : pourquoi ne pas préciser entre parenthèses (Jn 2, 1-11). Quel est le pourcentage des lecteurs de Tolkien qui savent que le simple mot de « Cana » renvoie au premier miracle de Jésus dans l’évangile de Jean ? et, parmi ceux-ci, lesquels savent le situer ?
La sécularisation touche aussi les lecteurs de Tolkien, et « le Chant du monde » en est bien conscient : « l’un des paradoxes de Tolkien est qu’il élabore une synthèse des traditions à l’usage d’un monde qui est à la fois largement démythologisé et déchristianisé, qui a tourné le dos aussi bien à l’Olympe qu’au Golgotha. » (p. 237). Alors comment parler de Pâques, de Pentecôte, d’Incarnation, de « Soleil de Justice » (p. 238), d’eschatologie, de Révélation chrétienne, sans qu’aucune référence biblique ne soit une seule fois fournie aux lecteurs qui, plus encore qu’aux temps de Tolkien sont « ces lecteurs qui ne sont plus chrétiens » et qui, pourtant, « gardent en eux l’imprégnation de ces valeurs et, sans doute, une “faim de Dieu” » (p. 244) ?
(5) « L’épreuve à laquelle Boromir a été soumis par le miroir de Galadriel lui a sans doute révélé à lui-même ce qui est déjà son désir profond » (p. 138). Voilà une phrase est bien malheureuse : l’épreuve que Boromir eut a souffrir de la part de Galadriel fut celle de son regard pénétrant et non pas celle du Miroir. Seuls Frodo et Sam ont regardé dans le Miroir de Galadriel.
(6) p. 168 : il est très beau et bon de présenter l’« Athrabeth », mais la présentation ne devrait pas tomber dans la simplification. Ainsi, on peut lire « Finrod, (…) explique ensuite à Andreth son espérance d’une guérison d’Arda, à laquelle les hommes doivent concourir (…). Andreth, pressée par Finrod, lui révèle ce qu’elle sait à propos de la chute des Hommes, et qu’elle tient d’Adanel, de la Maison de Hador (…) Les Hommes étaient primitivement reliés par un contact direct avec une Voix (…) La fin du dialogue tourne autour de l’Espoir des Elfes (…) ».
Or quand on lit l’« Athabeth », il n’en est rien. Andreth, justement, refuse de révéler quoi que ce soit à Finrod. Le « Conte d’Adanel » qui raconte la Chute des Hommes correspond à une autre version/recension/tradition du dialogue entre Finrod et Andreth. Dans l’« Athrabeth », Andreth refuse, dans la tradition du Conte d’Adanel, Andreth « pressée par Finrod, lui révèle ce qu’elle sait » ; cette hésitation dans les versions est aussi importante que le contenu de l’aveu d’Andreth et montre la douleur et la honte qu’il peut y avoir derrière l’échange entre Andreth et Finrod. Un résumé harmonisant comme celui donné p. 168 est fautif s’il doit participer à aborder « l’œuvre de Tolkien dans toute sa complexité » (je parlerai de richesse plutôt ;-)).
Mais là, on est à la limite d’aborder le fond, aussi, je vais en profiter pour aller me coucher.
Sosryko, *yawnnn* ;-)

