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The Letters
J'ai enfin terminé les Letters (long, car je ne lisais que quelques lettres par soir), et il m'apparaît à la fin du livre une analyse que j'aimerai vous partager.

(J'ai envoyé un long mail à Laegalad pour expliciter en détail ce que mon intervention signifiait, sachant qu'elle ne recevrait pas ici bon accueil. J'espère que le malentendu est clos au moins entre nous (si tu as reçu mon email), et c'est pourquoi je diverge à présent et change de chemin).

J'ai eu le sentiment, tout au long des Letters, d'une sorte de perte de vitesse de la part du professeur.
Les Lettres du début sont très excitantes, parce que c'est le début de l'aventure de l'édition, parce qu'il y a la guerre, et parce qu'on partage avec Tolkien les angoisses de l'avenir de son oeuvre.
Elles sont aussi très pointues, autant dans les lettes à ses enfants que dans certaines à ses amis ou autre. Tout cela va crescendo jusqu'à l'édition et au succès du SdA... et puis peu à peu vient une sorte de décélération.
Bien sûr, comme le dit Tolkien, le roman enfin édité a été écrit très (trop) longtemps auparavant, et Tolkien n'est plus habité par la même flamme concernant son oeuvre (il la regarde d'un oeil extérieur, un peu comme un étranger).

Mais même ! Ses lettres à ses fans, amis ou enfant n'ont plus la même intensité, n'ont plus la même profondeur. Et plus cela va, plus il vieillit, plus il se met à parler de banalité et à se soucier de choses qui n'en valent pas la peine.
On ne trouve plus de diatribes sur la politique, sur la gouvernance ou sur l'orgueil des hommes. On ne trouve plus d'émotion chez lui quand il apprend telle ou telle nouvelle.
Il est même très sobre sur ce que les teenagers américain font là-bas de son oeuvre, alors qu'il semble beaucoup en souffrir.
Bref, j'ai été étonné de le voir s'afadir, vieillir tout simplement, peut-être.

On le voit lutter avec son Silmarillon qu'il ne parvienra pas à achever... mais on sent bien en même temps qu'au fond, il ne s'y met pas vraiment. Comme il le dit dans une de ses dernière lettres, il a perdu courage et ardeur.

Il faut avoir lu Home X pour savoir aussi où en était Tolkien de ses réflexions. Il était sur le point de tout recommencer, en harmonisant son univers avec les réalités scientifiques (et théologiques) de notre monde. Aurait-il achevé qu'il nous aurait offert un mond sans grande féérie, ce qui le démotivait sans doute lui-même !

Oui, j'ai été saisi par cette courbe descendante qui commence après le succès du SdA. Tolkien se cache, répond à ses fans de manière souvent hostile ou sévère, et ne regarde plus vraiment le monde autour de lui.
(bon, le tableau est un peu sévère, mais c'est pour montrer quelle "tendance" se détache de cette lecture)

Parallèlement, il associe de plus en plus souvent le monde réel et son univers, parlant de Morgoth, d'orques, de Mordor (et même de Lúthien) au sujet de choses parfaitement réelles dans notre monde (j'y reviendrai d'ailleurs dans le fuseau "allégorie").
Comme si cela suffisait pour expliquer ce qu'il veut dire.
Comme si son oeuvre avait tout dit (avec le Silmarillon auquel il fait constamment référence), comme si sa pensée s'y incarnait (et s'y arrêtait) et qu'il n'avait du coup plus besoin de nous offrir mieux.


J'ai un peu du mal en vérité à conclure sur ce que cette perception de baisse de régime évoque, et sur ce qu'il faut en penser. Mais je voulais savoir si d'autres avaient eu le même sentiment.

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