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Contes et métamorphoses
#2
Bien, nous ne sommes pas jeudi, mais peut-être que vous avez eu le temps de faire quelques recherches… Donc plutôt que de vous restreindre, je détache donc ce qui nous intéresse du fil précédent, pour commencer à filer celui-ci.

Intitulé "Contes et métamorphose", puisque c'est essentiellement à ces types de contes l'on s'attachera, vu comme c'est parti :)
Et placé dans Tolkien et la littérature, parce qu'il y aura des liens à tisser, d'une façon ou d'une autre, qu'elle soit "carnassière" ou féérique... Les deux ont leur intérêt, de toute manière : la "carnassière" pour les clins d'oeil, la féérique parce qu'il y a des chances que l'on tombe en plein dedans :)

Melilot le 10-07-2005 à 17:04

Pour (ne pas) répondre à ta question récurrente, Vinyamar : "qu'est-ce qu'une culture?"
Hé bé, comme tous les concepts qui relèvent des sciences humaines, celui-ci est extrêmement difficile à cerner et échappe toujours aux cadres rigides et limitatifs que toute définition impose. Si je te dis qu'elle se circonscrit pas la langue, les croyances et les pratiques sociales, par l'organisation familiale, politique et religieuse, ça reste toujours très large. Avec la définition du Larousse : "Ensemble des structures sociales et des manifestations artistiques, religieuses, intellectuelles qui définissent un groupe, une société par rapport à une autre", on n'est pas plus avancé.
Deux vérités à intégrer :
- Toute culture évolue,
- Toute culture subit des influences.
Même les cultures de chasseurs-cueilleurs contemporaines ou récemment disparues ne sont pas assimilables aux cultures préhistoriques, bien qu'elle s'en rapprochent évidemment davantage que les cultures industrielles. Ces peuples ont une histoire, et ont eu des contacts - peu importe ici qu'ils soient violents ou pacifiques - avec d'autres populations porteuses d'autres éléments culturels. Il n'existe pas de "culture pure" ou de "première culture de l'humanité". Même les Aborigènes d'Australie, vus d'ici comme un ensemble homogène, représentent plusieurs groupes, qui parlent plusieurs langues, et pratiquent des rites différents. Par ailleurs, il y a trop de lacunes, dans la recherche des origines, pour espérer pouvoir reconstituer les premières manifestations culturelles humaines. Non seulement toutes matières organiques ont disparu (bois, végétaux, peaux et cuirs, os s'il n'est pas fossilisé), mais comment peut-on prétendre reconstituer le système de croyance, la langue, la représentation du monde de ces peuples, à partir seulement de quelques traces matérielles? Ca nous échappe, ça nous échappera encore longtemps.
Les mythes voyagent, indépendamment des cultures et des peuples, comme les gens et les marchandises ont toujours voyagé (pas attendu la mondialisation, oooooh non!). Un exemple : un conte de fée russe - la princesse-cygne. On retrouve pratiquement la même histoire dans les contes thaïlandais et indonésiens : une princesse-oiseau qui perd son vêtement de plumes et est forcée de rester sur terre et d'épouser l'humain qui le lui a volé (rassurez-vous, c'est un beau jeune prince, tout de même).
Autre question : "Un écrivain peut-il créer une culture,"
Selon moi, oui et non. Oui dans la mesure où il réussit à nous dépayser, à nous faire croire en un monde où les référents sont tellement éloignés des nôtres que le lecteur en est désarçonné. (mais pour que le lecteur puisse s'identifier aux personnages, il lui faudra pourtant les rendre suffisamment proches de nous. On ne peut pas se passionner pour les aventures d'une méduse mauve avec des tentacules fluos! Pas moi, en tout cas!)
Non, dans la mesure où, quelque soit son talent, sa création ne pourra jamais être complète. même si, pour les besoins du déroulement de l'histoire, il ne nous livre ses informations que partiellement, même si, hors publication, il a élaboré pour lui même un monde beaucoup plus foisonnant et complexe, il y aura toujours des domaines qu'il ne pourra ou ne voudra traiter.
Dans le cas de Tolkien par exemple : sauf son respect, et nonobstant tous les additifs, appendices, notes de travails et ébauches publiés par son fils, ses lettres etc... il reste encore et toujours des questions en suspens, comme en témoignent les nombreux fuseaux de discussion et de question sur tel ou tel point de son oeuvre : qu'est-ce que ça mange un Elfe, à part du lembas? Comment construisaient-ils leur maisons? et leurs bateaux? Avaient-ils des champs cultivés? Et qu'y cultivaient-ils? A quoi ressemblait leur musique? (On sait qu'elle est très belle, c'est tout.) Quelle était leur organisation sociale (on parle toujours des princes, jamais des "ploucs" Elfes, sauf un peu dans Bilbo) ? Comment dit-on "Excusez-moi, pouvez-vous m'indiquer les commodités" en Sindarin, etc...
Et non aussi parce que, comme on l'a déjà dit, quelle que soit la richesse de son imagination, il puisera toujours dans quelque chose d'existant, quitte à la malaxer un peu pour ne pas décalquer. Encore chez Tolkien : oui, il a créé plusieurs cultures, mais les Rohirrims rappellent les Saxons, les Hobbits des campagnards anglais, et les Gondoriens, de son propre aveu, sont inspirés par l'Égypte ancienne (et je ne les voyais pas du tout comme ça, d'ailleurs).
Tout ça pour dire : si on peut prendre un petit coin d'Angleterre rurale du début du 20e siècle, le détacher pour l'envoyer en Terre du Milieu, bidouiller un peu en leur collant des pieds poilus, trois pieds de haut et appeler ça une Comté peuplée de Hobbits, et en plus les intégrer dans un univers de légende aux yeux duquel ils deviennent eux-même une légende (Quoi? Vous existez vraiment? Mais je croyais ...!), alors pourquoi ne pas prendre un dragon, grosse bête cracheuse de feu, dévoreuse de princesses innocentes, gardienne de trésor au regard qui tue, barbecueuse de chevaliers, et le balancer dans un univers différent où il peut être apprivoisé et utilisé comme monture?
Je n'ai lu ni les livres de Robin Hobb, ni Eragon, je ne peux donc pas discuter de leurs mondes et de leurs dragons. Mais je crois que je commence à comprendre où tu veux en venir. Si un auteur prend pour base un cadre existant - historique ou littéraire -, il ne peut pas en changer les lois, s'il crée son univers personnel, il y fait ce qu'il veut. C'est ça? Par exemple, au hasard : Lambertine. Si elle écrit une fan fics qui se passe dans la Comté, elle ne peut pas transformer le Dragon Vert en snack pakistanais, ni le Père Magotte en érudit oxfordien, ni faire de Smaug un vieux copain de Bilbo. Mais lorsqu'elle construit son propre univers, avec influences ou pas, elle est libre d'y mettre ce qu'elle veut, tant qu'elle reste cohérente avec elle-même. (hein, Lambertine? ;-P ). T'ai-je bien compris?

lambertine le 10-07-2005 à 17:33
Warf.. le Dragon Vert en snack pakistanais... tu me donnes des idées, Melilot...

Melilot le 10-07-2005 à 17:55
Le pire ... telle que j'te connais ... t'en es ben capâb'! :-D

Laegalad le 10-07-2005 à 20:18
Mélilot : Un exemple : un conte de fée russe - la princesse-cygne. On retrouve pratiquement la même histoire dans les contes thaïlandais et indonésiens : une princesse-oiseau qui perd son vêtement de plumes et est forcée de rester sur terre et d'épouser l'humain qui le lui a volé (rassurez-vous, c'est un beau jeune prince, tout de même).

Hmmm ; puis-je me permettre ? Pour la fiancée-animale (presque toujours oiselle, mais je crois qu'il existe une version africaine où c'est une guenon), on a deux types de contes : ceux où oui, c'est un prince qui capture la princesse (ou tout du moins un noble), et ceux que j'ai rencontré beaucoup plus fréquemment où c'est quelqu'un du "bas-peuple", pêcheur ou paysan, qui l'attrape. Mais de toute manière, la jeune fille finit toujours par retourner chez les siens, quand l'époux brise l'interdit (implicite ou explicite, et qui généralement concerne la nature féérique de la jeune fille qu'il ne faut pas révéler). Et il est très rare que l'époux puisse la rejoindre à la fin, et il est très rare que ça se finisse en "et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants". Généralement le bonhomme meurt très vite et dans la misère.
Par contre, dans l'autre sens, c'est à dire le conte du fiancé-animal, le fiancé reste jusqu'à sa mort avec la jeune femme, une fois les embûches passées. Alors que la fiancée animale conserve son statut de fée, le fiancé animal, lui, est souvent l'objet d'un mauvais sort dont la femme le libérera... Je connais très peu de fiancé-fé, à part celui d'un lai de Marie de France, le lai d'Yonec, où l'amant de la mère d'Yonec est un homme-oiseau venu de l'autre monde, ou plutôt du monde des "autres". Mais les fiancés "enféés" fourmillent, qu'ils soient serpents, loup, ours, taureaux ou tout ce qu'on veut suivant la région du globe, du moment qu'ils symbolisent la puissance et soient assez effrayants...
Et c'est là que je rejoins le sujet : c'est que le thème du/de la fiancé(e) animal(e) se rencontre dans tous les coins du globe, et qu'à de rares exceptions près (à ma connaissance, tout du moins), ils respectent ces deux schèmes, à savoir : la fiancée-animale est fée et rejoint son monde à la fin, le fiancé-animal est enféé et reste avec celle qui l'a libérée jusqu'à sa mort.
Et la question cruciale alors : y'a-t-il UNE culture initiale d'où dérivent tous ses contes ? M'est avis que non... seulement les humains restent humains, et gardent toujours un peu la même manière de penser :)

Melilot le 10-07-2005 à 21:22
puis-je me permettre ?
Mais sois la bienvenue! :-)
Pour ce qui est des contes eux-mêmes, de leur matière et de leur symbolisme, tu dois être plus calée que moi. Dans ce cas-ci, j'ai été frappée par la similitude des deux histoires, dans des contextes éloignés et très différents : une femme-oiseau et ses compagnes. Une rencontre la nuit au bord d'un lac. Le vol de la parure de plumes pendant que les fées se baignent. Par un beau jeune prince dans ces deux cas. La fée forcée de rester et d'épouser le prince. Sa fuite définitive suite à une inattention du prince.
Je sais qu'il en existe une version Inuit, avec une femme-phoque et, ici oui, un pauvre pêcheur. Mais dans celle-ci, la femme fait plusieurs aller-retour entre la mer et la terre, avant de plonger définitivement. Elle laisse un fils à l'homme. Il existe aussi, dans plusieurs contrées montagneuses d'Europe et du Proche-Orient (en fait, de la Turquie aux Pyrénées!), un récit de mariage femme/ours. Mais ici, la femme est capturée par l'ours qui la force à devenir sa compagne. A la fin, soit elle s'enfuit, soit elle est délivrée par des hommes qui tuent l'ours. Dans certains récits, elle a des enfants avec l'ours, qui sont parfois tués, parfois emmenés par leur mère.
Pour l'analyse symbolique du conte, je te laisse la parole :-)
Pour ce qui est des rapports et épousailles humains-animaux dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, je peux dire ceci. La frontière humanité/animalité est floue chez les peuples animistes; la plupart se revendiquent d'un ancêtre animal, mais cet animal, dans les mythes est raconté pensant et agissant comme un humain. Ils attribuent une âme ou un eprit, disons une faculté de penser, de ressentir, une volonté personnelle, à tous les phénomènes naturels qui les entourent : non seulement les animaux - qu'ils peuvent appeler "peuple" ou "gens", mais aussi les végétaux, les rochers, le vent, la pluie, les cours d'eau, absolument tout. Même les objets qu'ils fabriquent peuvent être dotés d'une personnalité. Les personnes considérées comme possédant le pouvoir de parler aux esprits, intermédiaires entre l'autre monde et celui-ci, sont censés, au cours d'une transe, avoir été unis avec un - ou une - esprit ou animal/esprit, qui restera son époux(se) jusqu'à sa mort. Ce qui ne les oblige pas systématiquement au célibat dans ce monde-ci. Parce que, évidemment, les épousailles avec un animal ou un esprit restent toujours au niveau du mythe, ou du rituel. Dans la réalité quotidienne, les humains s'épousent entre eux.
La chasse à la baleine, par exemple, chez les Inuits du Groenland, est considérée, organisée et ritualisée comme un mariage entre la baleine et l'épouse du capitaine de la baleinière.
Ce substrat animiste se retrouve effectivement dans toutes les cultures de chasseurs-cueilleurs autour du monde : Asie, Afrique, Europe, Australie, Océanie et les deux Amériques. Peut-on parler pour autant d'une unité culturelle primitive? Il est actuellement certain que les ancêtres de TOUS les Homo sapiens vivant partout sur le globe sont issus d'Afrique. Pour ces très vieux ancêtres (150 à 180 mille ans, nous n'avons aucune trace de mythe, uniquement des vestiges matériels. Ce qui ne signifie rien : on ne peut ni prouver qu'ils en avaient, ni affirmer qu'ils n'en avaient pas. d'autre part, est-il permis d'imaginer que le système animiste ait pu se perpétuer depuis l'Afrique de cette époque, et se répandre dans des milieux aussi physiquement différents, sans subir ni changements ni adaptation? D'après ce que nous savons actuellement des sociétés humaines, cela semble impossible. (Mais on a parfois de ces surprises!)
Cette réalité est troublante, en tout cas, et fascinante. A ce stade, je ne peux rien affirmer. J'attends plus amples informations de la part d'un spécialiste de l'origine des mythes. :-)

Laegalad le 11-07-2005 à 10:13
Si je me lance dans la symbolique, on dérive affreusement du sujet, parce qu'il faudrait que je donne des exemples qui n'auront plus rien avoir avec Eragon :) Mais on peut en discuter ensemble... je deviens intarissable avec ce genre de conte, mes préférés (parce que le genre Belle au Bois dormant et Blanche Neige... pfff...), et il y en a quelques uns que je peux te faire découvrir, que j'aime beaucoup ; ils sont du nord, évidemment :)
Il existe aussi, dans plusieurs contrées montagneuses d'Europe et du Proche-Orient (en fait, de la Turquie aux Pyrénées!), un récit de mariage femme/ours. Mais ici, la femme est capturée par l'ours qui la force à devenir sa compagne. A la fin, soit elle s'enfuit, soit elle est délivrée par des hommes qui tuent l'ours. Dans certains récits, elle a des enfants avec l'ours, qui sont parfois tués, parfois emmenés par leur mère.
Ah, je ne connais pas ceux-là ! Mais le schéma est différent, non ? L'ours est vraiment un ours, pas un homme transformé en ours, il semble... C'est intéressant, comme situation inversée... Faudrait que je les lise pour avoir une vue plus claire :)
Parce que... non... faut pas que je me lance... sinon je ne pourrai plus m'arrêter !
Cette réalité est troublante, en tout cas, et fascinante. A ce stade, je ne peux rien affirmer. J'attends plus amples informations de la part d'un spécialiste de l'origine des mythes. :-)
Heu... chuis p'têt' pas spécialiste, moi :) Mais j'aime bien, sûr... Cependant, là, je n'ai pas de réponses, ou plutôt, les mêmes explications que toi :) Mais ce n'est pas le plus important... c'est fascinant, certes, de se rendre compte que les contes-types sont semblables de partout, avec évidemment les variations normales, puisque le conte s'adapte au milieu où il est conté : le fiancé-animal ne sera pas chameau en Suède :) Mais l'important, c'est que les hommes se sont toujours posés les mêmes questions, et que la "réponse", ou du moins la conceptualisation de la question sous forme de conte, est semblable de partout... et après, la question-clé, mais qui à mon sens restera toujours une question, c'est : "pourquoi ?" :)

Kendra le 11-07-2005 à 12:43
Pour Melilot et Laegalad
La femme-phoque existe aussi dans les pays celtes, on l'appelle la selkie, un pauvre pêcheur lui vole sa peau de phoque tant il la trouve belle, elle l'épouse, lui laisse deux enfants mais finit par retourner auprès des siens, après avoir trouvé la peau de phoque cachée dans un coffre.
Même chose pour les femmes-cygnes : exactement la même version que le conte russe cité par Melilot, mais une version irlandaise, tout exactement en commun.
De quoi donner un peu plus d'eau au moulin de l'universalité des mythes.
Cela dit il est plus facile à un grec ou a un irlandais d'imaginer des sirènes qu'à un habitant du Tchad pour qui la première mer est à 2000km...
Kendra le 11-07-2005 à 12:49
Désolée pour le double post, je n'avais pas lu vos partie sur les ours.
Dans Arthur l'Ours et le Roi Philippe Walters donne les explications que vous cherchez sur l'ours qui enlève une femme pour "l'épouser" (enfin plutôt la violer...) mais je n'ai plus l'explication en tête.
Il y a aussi une analyse très détaillée sur les femmes-cygne. En fait de cygne ce peut très bien aussi être une oie ou une cane, et c'est toujours une femme qui prend cette apparence. Mais je vous en dirai plus quand j'aurais le livre sous la main.

Saivh le 11-07-2005 à 13:29
Eh Kendra, les grands esprits se rencontrent, j'allais justement parler de ces chères Selkies. Et c'est vrais que les palmipèdes sont (et les oiseaux en général, regardez la Morrigane) associes aux femmes, et ce depuis au moins l'Age du Bronze, même si c'est vraiment flagrant a l'Age du Fer. Des centaines de légendes galloises et irlandaises y font référence et ces femmes-oiseaux sont aussi bien bénéfiques (cygnes, Cuchulainn et la femme-cygne qu'il blesse d'un coup de fronde; MacOg ou Oghma et sa bien-aimée) que negatives et destructrices comme le sont les grues. D'ailleurs, le signification est telle que l'on se demande si tous les mors de chevaux de l'Age du Fer en Irlande (hi hi, ca me fait rire, j'ai écrit une thèse là-dessus l'année dernière et je n'aurais jamais cru y retourner, ah ah :-D), et qui sont caractéristiques, justement parce qu'ils portent des représentations de palmipèdes, n'avaient pas en plus de leur but pratique une "protection magique" grâce a ces représentations. Comme en plus, le cheval est lui aussi associe a la femme... La boucle est bouclée. (Je me relis et je trouve que dans le feu de la passion je manque de structure mais zut, l'ordi va bientôt s'éteindre et je n'ai pas le temps de corriger). C'est vrai que ces femmes-palmipedes se retrouvent dans de nombreux lieux en Europe, l'exemple le plus flagrant est un exemple historique: les oies du Capitole, dédiées a Junon (les sales bêtes :-)). Bon, les nets cafés imposent leur timing, mais c'est un plaisir de lire ce fuseau (mis a part quelques dérapages) et j'ai hâte d'avoir le temps de revenir vous lire.

Melilot le 11-07-2005 à 20:23
dérapages? Quels dérapages? :D Quelqu'un a parlé de Tom Bombadil??? ;-P

Melilot le 12-07-2005 à 12:25
Quelques précisions complémentaires concernant l'union femme/ours.
Une référence incontournable : la thèse de Jean-Dominique LAJOUX, parue chez Glénat en 1996, L'homme et l'ours. Vous pouvez trouver un compte-rendu critique en ligne ici. (Utile, parce que malgré une appréciation positive, il signale toutefois quelques erreurs, approximations, amalgames et omissions, bonnes à connaître).
Oui, Laegalad, dans ce cas, il s'agit bien d'un ours, pas d'un humain enféé, ni d'un homme-fé sous une peau d'ours. Le récit lui prète pourtant une personnalité humaine : l'ours est doté de parole, de pensée, de volonté, de sentiments.
Je l'ai refeuilleté vite fait ce matin : cette légende est répandue également hors d'Europe, et il en existe plusieurs variantes. Parfois il s'agit bien du viol d'une femme par un ours, mais dans certains cas, c'est plutôt comme Eol et Aredhel : elle est kidnappée, mais ravie de l'être, et choisit de rester avec l'ours. Dans certaines versions, il s'agit même d'un sauvetage : la femme est perdue, seule et en danger. Elle est recueillie et nourrie par un ours et reste avec lui par reconnaissance et affection. D'après l'auteur, le conte de Boucle d'Or serait une descendance édulcorée de cette dernière version.
Dans plusieurs cas l'ours et la femme ont une progéniture. C'est ici qu'on rejoint les dragons, et que le compte-rendu où je vous envoie apporte des précisions : le fils de cette union est un personnage connu "de l'Europe à l'Indonésie" qui va "dans l'Autre Monde combattre un dragon et délivrer une princesse"(p. 301).
'tferdekke! ça devient passionnant! les filles : j'en attends plus sur les femmes-oiseaux autour du monde. (Oui-oui, je chercherai aussi!) :-)

Melilot le 12-07-2005 à 12:30
Mgnuff? mais pourquoi ce *** lien ne marche pas? je croyais pourtant avoir appris à les faire! Même que ça m'a pris une matinée!!! Bon je réessaie, et pour plus de sureté, je vous donne aussi l'adresse.
http://www.persee.fr/showPage.do?zoom=0&urn=hom_0439-4216_1998_num_38_148_370618&pageId=hom_0439-4216_1998_num_38_148_T1_0301_0000
et le lien : gnnnnlà!

Kendra le 12-07-2005 à 12:30
LOL et ça y est, on tient les parents de Beorn !
Est-ce que les hommes-ours ont un quelconque lien avec les bearsekers ?

Melilot le 12-07-2005 à 12:31
Ah! TOut de même!

Melilot le 12-07-2005 à 12:32
Oups! Kendra ... on s'est marché dessus! :-)
Je ne sais pas. Les Berserkers ne sont-ils pas plutôt assimilés aux loups?
Laegalad le 12-07-2005 à 13:01
Non, berserk, c'est bien lié aux ours... mais il existait aussi des guerriers qui revêtait une peau de loup et luttait de la même manière qu'eux, en meute, alors que les berserker avaient plutôt tendance à lutter à la façon des ours, en solitaire... Je ne trouve pas leur nom (ou plutôt, je ne tombe que sur des trucs de jeu de rôles ou des machins ésotériques à la noix, donc niveau légitimité des dires, on fait mieux...), mais celui des guerriers-loups doit être lié à une racine ulf ou dans le même genre. Mais arg, je ne suis pas chez moi, je n'ai plus aucune référence ! Et je propose de créer un nouveau fil, ailleurs... Voulez-vous attendre jeudi, que j'ai le temps de faire ça propre et beau avec de jolis codes bien lisibles ? J'essaye ce soir, mais je doute trouver le temps, entre le jardin et les bestioles...

sosryko le 12-07-2005 à 13:06
Je sors mon Rudolf Simek -- le merveilleux dictionnaire est heureux de vivre à nouveau (t. I, p. 61) :
Berserkr (vieux norrois, pl. berserkir) vient de ber- : « ours » et de serk : « chemise, peau »
À ne pas confondre avec les Úlfheđnar, « ceux qui sont dans une peau de loup », fréquemment cités avec les berserkir, au point que Snorri Sturlurson semble les confondre dans l’Ynglingasaga, §6 : « les hommes d’Óđinn allaient (à la bataille) sans cuirasse et ils étaient enragés comme des chiens et des loups, mordaient leurs boucliers et étaient plus forts que des ours ou des taureaux. Ils abattaient les gens, mais eux-mêmes, ni le feu ni le fer ne les blessaient ; on appelle cela “fureur de berserkr” (berserksgangr) ».
(rque : l'élément ber- a été mal interprété par Snorri et par la recherche ancienne qui l'ont compris comme berr : "nu" ("ils allaient sans cuirasse") et le fait que Tacite ait mentionné des guerriers germaniques nus a étayé cette interprétation, mais il s'agit en fait de guerriers habillés de peau tels qu'ils sont déjà représentés sur les plaques de casques suédois de l'époque de Ventel (Torslunda: VIe-VIIe s.))

sosryko le 12-07-2005 à 13:07
Croisé, Stéphanie, nous avons ;-)

Melilot le 12-07-2005 à 13:37
Yesss! OK, on attends t'attends, Stéphanie, et jeudi on ouvre un fuseau là-dessus.
Ohlala! Ohlala! c'est fou comme ça redémarre. On va attirer du monde avec ça, les gars!
Kendra le 12-07-2005 à 22:19
Comme promis, le contenu sur l’ours du livre de Philippe Walters. Bon évidemment il y en a pour une quinzaine de pages, donc c’est pas évident à retranscrire en court.
Je commence par confirmer l’origine des bearsekir, les « guerriers à la chemise d’ours ». L’ours est le symbole du guerrier, même dans les îles britanniques où on ne rencontre pas cet animal, il avait déjà cette réputation. Arz est la racine celtique, à rapprocher de l’islandais art et de l’indo européen *rktos.
Je vais citer la suite, puisque je ne connais pas le livre dont il est question « dans la Folie d’Oxford, les habitants de Tintagel présentent e fou Tristan comme le fils d’Urgan le Velu. Ce personnage dont le nom est à mettre en relation avec celui de l’ogre est une créature ursine à l’origine mythique très marquée. Lancelot, Tristan et Arthur seraient autant de Bärensohn, c'est-à-dire de « fils de l’ours », ce qui semble être la désignation générique d’un type particulier de héros indo-européen, fils d’une femme enlevée et violée par un ours équivalent d’une figure divine ».
Chez les peuples comme les Lapons, les Sibériens, et les Aïnous au Japon l’ours est un animal sacré. Les sibériens le désignent toujours par paraphrase « le vieux noir », « le maître de la forêt », « la bête noire ». En fait ils évitaient de désigner l’animal par son vrai nom, à cause de son caractère sacré.
Au carnaval d’Ebense en Autriche on promène un ours conduit par un homme qui remplace le chamane. Pour Walters « le montreur d’ours n’est que la forme folkloruisée d’un antique rapport au sacré où le guide chamane pouvait entrer en communication avec les esprits et conquérir grâce à l’ours des pouvoirs surhumains, de guérison par exemple ».
Je n’arrive plus à retrouver l’origine, mais j’ai lu quelque part une tradition de carnaval où des garçons se déguisent en ours avec des tissus bruns et poilu et effrayent les jeunes filles en leur courrant après et en les arrosant. Le texte où je l’ai lu donnerait cette habitude comme une version édulcorée et folklorisée du viol d’une femme par un ours pour donner naissance à un héros.

Sur les femmes palmipèdes, Walters rapproche le nom d’Ygraine du gaulois « garan » c'est-à-dire grue. Les trois grues seraient une personnification de la triade des visages de la déesse-mère. Dans la mythologie grecque Gerana, une femme pygmée recevait des honneurs divins, et comme elle ne reconnaissait pas les autres dieux, Héra l’a changea en grue.
Il fait d’autres rapprochements avec les noms orthographiés différemment Yguerne, Igerne, Iguerne, Igraine seraient proches du vieil irlandais « gigren »c’est à dire « oie ».
La fée-oie est pour les celtes une des figures de la déesse-mère.
Brigit, déesse celtique christianisée en sainte porte des noms associés aux oiseaux : Fand, hirondelle, Bodb, corneille, Dana qu’il rapproche du latin « anas » c'est-à-dire canard.
Des témoignages archéologiques confirment : dans les sources de la Seine a été retrouvée une petite déesse celtique sur un bateau à tête de cane !!!! (Galadriel ?), et la « Brigit du Ménez-Hom » porte un casque à cimier représentant un cygne ou une oie prenant son envol.
Pour Walters toujours, en mythollogie, cygne, oie et canard sont équivalents. Le sanskrit « hamsa » désigne aussi bien le sygne, l’oie ou le canard.
On se rappellera des enfants de Lyr, changés en cygnes par leur belle mère, et c’est la sœur aînée qui veille sur ses trois frères cadets en les abritant sous ses ailes et sa poitrine.
La walkyrie Svanhit était elle aussi une femme-oiseau.
La cigogne serait aussi un de ces oiseaux mythiques, Walters associe son rôle de porteur de bébé parce qu’elle est un oiseau migrateur qui fait le lien entre deux mondes, que les anciens auraient pris comme le monde des vivants et celui du séjour des âmes. En effet les animaux qui disparaissaient en automne pour réapparaître au printemps étaient considérés comme des « psychopompes » c'est-à-dire qu’ils faisaient circuler les âmes. On considérait plus ou moins que les oies ramenaient le printemps et donc la vie. Une légende normande dit que le château de Pirou se sont changées en oies pour échapper aux envahisseurs normands, et reviennent au château tous les ans en mars pour y faire leur nid.
Bon...y'avait un peu de berserk par ici mais c pas grave on continuera avec Laegalad plus loin.

Amusez-vous en m’attendant :) Je sais où chercher pour ma part, mais il faudra que je fasse un tour à la bibliothèque de chez moi, il me manque des textes… Ou du moins, je les ai en anglais, mais autant avoir un corpus français…

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