Thread Rating:
  • 0 Vote(s) - 0 Average
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
Pourquoi certains livres plaisent-ils autant ?
#3
""pourquoi certains livres - parfois excellents, mais parfois aussi objectivement mauvais - "fonctionnent"-ils auprès du public et d'autres pas ?"

La question ne semble guère avoir attiré de contributions jusque là, sans doute parce que la réponse qui vient immédiatement à l'esprit est : "je n'en ai pas la moindre idée". ;-) Cependant, je vais essayer d'y répondre car si c'est complexe c'est néanmoins intéressant.

Je crois qu'il faut tout d'abord séparer les succès actuels dont on ne peut prédire la postérité et les "succès intemporels". En ce qui concerne ces derniers, ce sont des oeuvres qui ont subi un processus de légitimation. Une fois légitimées, leur succès est, il me semble, immortel (toute proportion gardée). Ainsi Homère, Shakespeare, Joyce... Par contre on peut du coup poser la question : pourquoi ces oeuvres ont elles été légitimées et d'autre pas? Et d'abord, qui a légitimé? Ce peut être un pouvoir religieux ou politique, un groupe d'intellectuels ou d'universitaires influents, un ou des amis bienveillants et acharnés (on peut penser à Kafka ou Lovecraft), etc. La question du pourquoi est plus difficile. Et puis, qu'est-ce qu'une oeuvre légitime? Eh bien c'est une oeuvre qui répond ou s'inscrit dans une problématique elle-même considérée comme légitime, c'est à dire cruciale pour une société et une époque donnée. Au fond, même si les motivations sont différentes, on n'est pas si loin du marketing. (A vrai dire contrairement à toi Lambertine je dirais que tous les "succès intemporels" le sont par "marketing".) Si les oeuvres de James Joyce n'avaient pas été tellement encensées par le cercle parisiano-américain dans lequel il évoluait on peut se demander quelle aurait été la postérité de l'auteur irlandais. Quant à la question : quelle postérité pour Kafka si Max Brod avait été un exécuteur testamentaire plus rigoureux, la réponse est : aucune.
Donc une oeuvre peut fonctionner parce que des instances qui en ont les moyens (quels qu'ils soient, intellectuels, politiques, etc.) ont décrété qu'elle était un chef-d'oeuvre. Tout du moins était-ce le cas en ce qui concerne les "chefs-d'oeuvres intemporels". J'avoue que je ne sais pas trop quelles sont les instances de légitimation vraiment efficaces actuellement. Les prix littéraires jouent ce rôle sans doute en partie. On doit plus au moins pouvoir dire : prix = succès. Mais dans ce cas, comme je disais plus haut, on s'approche du marketing, ou peut-être y est on carrément.

En fait donc, pour les "succès intemporels", il me semble qu'ils fonctionnent parce que d'une façon ou d'une autre nous sommes conditionnés à les considérer comme valables, d'ailleurs je ne crois pas qu'il me soit arrivé de lire un livre un tant soit peu ancien qui ne soit pas un succès, parfois plus restreint, mais succès quand même - de fait le succès ou le non-succès d'un ouvrage contemporain me parait plus difficile à expliquer. Je tenterai d'y réfléchir dans un prochain message...

Reply


Messages In This Thread

Forum Jump:


Users browsing this thread: 1 Guest(s)