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Du mépris de la 'suspension de l'incrédulité' et des sources romantiques de Faërie
#8
Il fut difficile de tenir, mais j'ai tenu, devant un excellent sujet jrrvfien ... les examens étant terminés, ma patience est maintenant récompensée :)

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Concernant la suspension consentie de l'incrédulité, rappelons que Tolkien l'aborde dans le chapitre sur les enfants de son essai sur les contes de fées. À ce titre, il explique très bien ce contre quoi il s'inscrit en faux : l'idée selon laquelle pour goûter à un conte de fées, les adultes devraient (en résumé) faire semblant d'être des enfants ou bien s'arrêter de grandir, ou encore — le corollaire de cette idée — celle selon laquelle les contes de fées « réussiraient » plus naturellement auprès des enfants parce que l'humilité et l'innocence que l'on associe à l'enfance impliquerait nécessairement un émerveillement dépourvu de sens critique. Ce sont donc avant tout ces idées-là qu'il défait. La mention de la « suspension consentie de l'incrédulité » semble plus destinée à introduire son propos qu'à le constituer dans ce chapitre, en lui servant à situer le rapport habituel des grandes personnes et de la littérature avec les contes de fées :

[citation=Faërie & autres textes, p.96]Mais cette suspension de l'incrédulité n'est qu'un substitut de la chose authentique, un subterfuge dont on se sert quand on condescend à jouer ou à faire semblant, ou quand on essaie (plus ou moins volontiers) de trouver quelque qualité dans l'œuvre d'un art qui pour nous a échoué.[/citation]

(ceci pour que ceux qui n'ont pas appris mot pour mot l'essai du Professeur puissent suivre :) je gage qu'Arestel n'en a pas besoin ...)

Arestel Wrote:comment se fait-il, d'une part, que Tolkien n'ait pas compris Coleridge (alors qu'un des inkling, Owen Barfield, lui avait consacré un essai), comment se fait-il qu'il n'y fasse pas plus d'allusion (...), et comment se fait-il au final que la plupart des essayistes en la matière se concentrent si ostensiblement sur les sources mythologiques et médiévistes de Tolkien en oubliant le langage dont il use et abuse, qui n'est ni médiévale ni véritablement archaïque, mais possède bel et bien tous les accents (sur)naturels du romantisme ? (Et ce, jusque dans ses inflexions archaïsantes dont le XIXème était si friand)

Pour la première question, il est difficile d'être sûr (peut-être Owen Barfield était-il aussi bon essayiste que Peter Jackson adaptateur ? si le premier a traité de la suspension de l'incrédulité comme le second a traité les Elfes, il ne faut pas aller chercher plus loin :)), mais ta propre réponse me paraît la plus plausible, à savoir que

Quote:la critique de la suspension de l'incrédulité s'adresserait surement davantage au concept tel qu'il a évolué et non tel qu'il fut initialement pensé.

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Pour ce qui est de la Poétique Coleridgienne, je rejoindrai aisément les parallèles qui seront tracés avec de nombreux traits poétiques tolkieniens (vous m'en avez partagés de bien manifestes en privé).

Mais j'en tracerai aussi ici de franches limites (si tant est que, d'après de ce que Moraldandil & toi m'en avez dit, j'aie suffisamment compris Coleridge) : Tolkien parle de procédés dans son Essai, de créance, et sépare bien ce qui est de l'ordre d'une créance primaire de ce qui est de l'ordre d'une créance secondaire, tandis que Coleridge franchit mystiquement cette séparation et va jusqu'à faire profession de foi. Le seul moment où Tolkien pourrait le rejoindre, c'est à la fin de son Essai & uniquement pour un seul et unique conte, celui de l'Évangile — mais alors ce n'est plus l'Homme qui en est l'auteur. C'est que, pour Tolkien, Faërie ne mène ni au Ciel ni à l'Enfer et ne peut donc conduire à la Vérité. Mais le Royaume Périlleux peut offrir à son visiteur de parcourir un chemin, de faire un véritable voyage, ce qui n'est pas rien : ce voyage, si ce n'est celui qui lui donne accès à la Vérité, lui donnera des choses utiles pour son Propre Voyage (en ce monde primaire et déchu), par exemple :

[citation=Faërie & autres textes, p.105](...) c'est une des leçons données par les contes de fées (si l'on peut parler de leçons pour des choses qui ne font pas de cours) qu'à la verte jeunesse, godiche et égoïste, le danger, le chagrin et l'ombre de la mort peuvent conférer la dignité, et même parfois la sagesse.[/citation]

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Enfin, en ce qui concerne Tolkien & les Romantiques (quelqu'un pourra-t-il donner le lien vers le fuseau initié par Moraldandil auquel Arestel fait plus haut allusion ? je ne vois pas celui dont il s'agit ...), je serais bien en peine, pour ma part, de participer très activement. Je dois avouer un peu honteusement avoir oublié presque tout ce que j'ai lu et aimé des romantiques étant plus jeune ... Mais d'une manière générale, il s'agira de faire preuve de prudence sur ce point, m'est avis : si les procédés et le rapport à la langue se retrouvent parfois partagés entre eux et Tolkien, n'oublions pas d'une part que ce dernier était têtu et donc relativement peu influençable (cf. ce qu'il (ne) faisait (pas) systématiquement des conseils reçus par exemple de son ami CS Lewis dans son écriture du Seigneur des Anneaux), et d'autre part qu'il savait (en tout cas à partir d'une certaine période de sa vie) se méfier du Romantisme dans son esprit ; j'en avais donné un aperçu — vraiment rapide — à la fin de cette discussion (post du 30-06-2006).
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