Benjamin m'a titillé en parlant de mosaïque. Voyons quelle est la plus belle.
Plus tôt j'ai parlé de commerce et d'images inspirées de peintures antiques, c'est probablement le cas d'une célèbre mosaïque retrouvée près du Vésuve et qui se trouve au musée archéologique de Naples. Elle est fixée au mur alors qu'elle était auparavant au sol dans la villa d'un riche marchand. Fabriquée en Egypte, importée en Italie romaine, elle représente un Macédonien, Alexandre, combattant un Perse, Darius.
De nouveau un parcours bizarre et européen.
Beaucoup de scientifiques estiment qu'il s'agit d'une copie d'un tableau de l'un des portraitistes d'Alexandre.
J'ouvre ici une première incise... la copie de tableaux en mosaïques est ancienne et existe encore de nos jours. Je l'ai déjà écrit, le minéral se conserve plus longtemps. Par exemple, à Saint-Pierre de Rome, tous les tableaux de la basilique ont petit à petit été remplacés par des mosaïques et les originaux envoyés au musée. Les visiteurs n'y prêtent pas attention une fois qu'ils ont vu la Piéta de Michel-Ange et le Dais et la Chaire du Bernin (faudra y revenir).
Seconde incise, ces mosaïques sont aujourd'hui composées de minuscules morceaux de verre teinté et de pierre. Dans l'antiquité, on n'utilisait que la pierre. Cependant, pour ceux qui s'intéressent aux minéraux, Rome possède avant Sainte-Sophie à Istanbul et le Louvre à Paris la plus belle stylothèque et tout le monde passe devant sans la regarder. Une bibliothèque, c'est une collection de bouquins, une stylothèque, c'est une collection de pierres ! Pas n'importe lesquelles, les marbres ou les granites les plus rares et les plus précieux (un truc qui plairait aux nains) pas taillés en colonne mais en piliers les plus grands possibles. La différence entre les deux c'est que le pilier n'est pas coupé en morceau, il est d'un seul bloc et donc fragile. Çà valait très très très cher.
De l'antiquité jusqu'au 19e s. c'était encore un butin de choix dans toute guerre. Aujourd'hui on commence à étudier leur ADN pour savoir si telle colonne au Louvre provient du même endroit que telle autre à Rome. C'était un pillage aussi précieux, voire plus, que celui des bronzes et marbres.
J'en finis avec cette digression minérale.
La Mosaïque d'Alexandre est l'un de ses portraits les plus connus, découvert dans la Maison du Faune à Pompéi.
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/c...-06_BW.jpg
Son nom n'est pas écrit mais on connait sa description par les historiens : imberbe et cheveux bouclés et puis son ennemi est facile à identifier, Darius en costume perse. Les historiens ne sont pas sûr de quelle bataille il s'agit, en tout cas Darius prend la fuite et Alexandre, juste 25 ans, va mettre fin à un empire tri-millénaire puis conquérir un vaste monde. Macron peut aller se moucher. C'est pas pour me moquer mais on n'est pas au même taquet.
Voyons maintenant ce panneau acheté par un riche romain.
Il est fait de presque 3 millions de petits morceaux de pierre, des "tesselles". Des parties ont été perdues avec le temps. Il nous semble coloré pourtant, il n'est composé qu'avec quatre couleurs, du blanc, du noir, du rouge et de l'ocre.
Vous trouverez plus de détails en gougueulant.
Cette minutie en 4 couleurs me fait furieusement penser aux pixels des téléviseurs en 3 couleurs ou de nos ordinateurs, autrement dit les ancêtres savaient réduire les images à des points, à des pixels.
Examinons maintenant cette image. Nous ne sommes pas comme hier en céramique devant une image figée qui précède un drame mais plutôt comme dans le feu d'une action à la télé, si on avait soudain mis sur pause. Clic, arrêt sur image. La narration est différente.
Le paysage est sinistre, il n'y a qu'un tronc d'arbre décharné.
En bas, une étrange bande brune qui fait penser qu'on assiste à une scène de théâtre, qu'on serait assis dans le public (voyez toujours tous les détails avant les acteurs - les mains, les pieds, les objets autour)
A gauche, Alexandre s'avance, lance à la main, un Perse se sacrifie pour retenir ce tir. Du côté droit la débâcle commence, quelques javelots au milieu sont encore tendus vers les grecs, ceux de droite sont déjà en train de se mélanger et de se retirer. Dans sa fuite, Le cocher du roi va l’œil déterminé écraser avec son char l'un de ses soldat pour sauver son monarque, Darius reste la main tendue qui semble éperdu. Ces œuvres furent découvertes bien après le triptyque de Paolo Uccello sur la bataille de San Romano divisé entre Londres, Paris et Florence, vous saurez trouver sur la toile, le jeu des lances est ressemblant, tel un mouvement démultiplié au ralenti, une image de BD.
Les autres points dramatiques du panneau sont le sacrifice du Perse pour sauver son roi (déjà mentionné) et devant le char, un guerrier qui voit son reflet dans le bouclier de bronze qu'il tient encore. Déjà une représentation de vanité, pas au sens de l'orgueil, mais l'imago de celui qui va disparaitre, le miroir de la vie.
Un tout petit détail en bas à gauche, près des armes jetées au sol, un compas, signe de la mesure du temps et de l'espace. Un tout petit objet important.
C'est une des plus belles mosaïques antiques et Naples ou Rome nous offriront bientôt d'autres mystères, certains que Sosryko a déjà explorés.
Silmo
ps : et sinon j'aime bien le film d'Oliver Stone sur Alexandre (une terrifiante hypothèse est venue il y a quelques temps sur son trépas
Plus tôt j'ai parlé de commerce et d'images inspirées de peintures antiques, c'est probablement le cas d'une célèbre mosaïque retrouvée près du Vésuve et qui se trouve au musée archéologique de Naples. Elle est fixée au mur alors qu'elle était auparavant au sol dans la villa d'un riche marchand. Fabriquée en Egypte, importée en Italie romaine, elle représente un Macédonien, Alexandre, combattant un Perse, Darius.
De nouveau un parcours bizarre et européen.
Beaucoup de scientifiques estiment qu'il s'agit d'une copie d'un tableau de l'un des portraitistes d'Alexandre.
J'ouvre ici une première incise... la copie de tableaux en mosaïques est ancienne et existe encore de nos jours. Je l'ai déjà écrit, le minéral se conserve plus longtemps. Par exemple, à Saint-Pierre de Rome, tous les tableaux de la basilique ont petit à petit été remplacés par des mosaïques et les originaux envoyés au musée. Les visiteurs n'y prêtent pas attention une fois qu'ils ont vu la Piéta de Michel-Ange et le Dais et la Chaire du Bernin (faudra y revenir).
Seconde incise, ces mosaïques sont aujourd'hui composées de minuscules morceaux de verre teinté et de pierre. Dans l'antiquité, on n'utilisait que la pierre. Cependant, pour ceux qui s'intéressent aux minéraux, Rome possède avant Sainte-Sophie à Istanbul et le Louvre à Paris la plus belle stylothèque et tout le monde passe devant sans la regarder. Une bibliothèque, c'est une collection de bouquins, une stylothèque, c'est une collection de pierres ! Pas n'importe lesquelles, les marbres ou les granites les plus rares et les plus précieux (un truc qui plairait aux nains) pas taillés en colonne mais en piliers les plus grands possibles. La différence entre les deux c'est que le pilier n'est pas coupé en morceau, il est d'un seul bloc et donc fragile. Çà valait très très très cher.
De l'antiquité jusqu'au 19e s. c'était encore un butin de choix dans toute guerre. Aujourd'hui on commence à étudier leur ADN pour savoir si telle colonne au Louvre provient du même endroit que telle autre à Rome. C'était un pillage aussi précieux, voire plus, que celui des bronzes et marbres.
J'en finis avec cette digression minérale.
La Mosaïque d'Alexandre est l'un de ses portraits les plus connus, découvert dans la Maison du Faune à Pompéi.
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/c...-06_BW.jpg
Son nom n'est pas écrit mais on connait sa description par les historiens : imberbe et cheveux bouclés et puis son ennemi est facile à identifier, Darius en costume perse. Les historiens ne sont pas sûr de quelle bataille il s'agit, en tout cas Darius prend la fuite et Alexandre, juste 25 ans, va mettre fin à un empire tri-millénaire puis conquérir un vaste monde. Macron peut aller se moucher. C'est pas pour me moquer mais on n'est pas au même taquet.
Voyons maintenant ce panneau acheté par un riche romain.
Il est fait de presque 3 millions de petits morceaux de pierre, des "tesselles". Des parties ont été perdues avec le temps. Il nous semble coloré pourtant, il n'est composé qu'avec quatre couleurs, du blanc, du noir, du rouge et de l'ocre.
Vous trouverez plus de détails en gougueulant.
Cette minutie en 4 couleurs me fait furieusement penser aux pixels des téléviseurs en 3 couleurs ou de nos ordinateurs, autrement dit les ancêtres savaient réduire les images à des points, à des pixels.
Examinons maintenant cette image. Nous ne sommes pas comme hier en céramique devant une image figée qui précède un drame mais plutôt comme dans le feu d'une action à la télé, si on avait soudain mis sur pause. Clic, arrêt sur image. La narration est différente.
Le paysage est sinistre, il n'y a qu'un tronc d'arbre décharné.
En bas, une étrange bande brune qui fait penser qu'on assiste à une scène de théâtre, qu'on serait assis dans le public (voyez toujours tous les détails avant les acteurs - les mains, les pieds, les objets autour)
A gauche, Alexandre s'avance, lance à la main, un Perse se sacrifie pour retenir ce tir. Du côté droit la débâcle commence, quelques javelots au milieu sont encore tendus vers les grecs, ceux de droite sont déjà en train de se mélanger et de se retirer. Dans sa fuite, Le cocher du roi va l’œil déterminé écraser avec son char l'un de ses soldat pour sauver son monarque, Darius reste la main tendue qui semble éperdu. Ces œuvres furent découvertes bien après le triptyque de Paolo Uccello sur la bataille de San Romano divisé entre Londres, Paris et Florence, vous saurez trouver sur la toile, le jeu des lances est ressemblant, tel un mouvement démultiplié au ralenti, une image de BD.
Les autres points dramatiques du panneau sont le sacrifice du Perse pour sauver son roi (déjà mentionné) et devant le char, un guerrier qui voit son reflet dans le bouclier de bronze qu'il tient encore. Déjà une représentation de vanité, pas au sens de l'orgueil, mais l'imago de celui qui va disparaitre, le miroir de la vie.
Un tout petit détail en bas à gauche, près des armes jetées au sol, un compas, signe de la mesure du temps et de l'espace. Un tout petit objet important.
C'est une des plus belles mosaïques antiques et Naples ou Rome nous offriront bientôt d'autres mystères, certains que Sosryko a déjà explorés.
Silmo
ps : et sinon j'aime bien le film d'Oliver Stone sur Alexandre (une terrifiante hypothèse est venue il y a quelques temps sur son trépas

