11-03-2011, 18:40
Hello Bertrand, heureux de te lire ici :).
C'est vrai qu'il s'agit d'être nuancé. Sans vouloir (trop :)) entrer dans ce débat, les schémas de la Modernité que tu présentes dans ton article ne me gênent pas du tout. Ainsi que l'un de mes enseignants aime à le citer : [emphase]« toutes les idées simples sont fausses, mais les autres ne servent à rien »[/emphase]. (9) Certes, pour prendre par exemple l'élément central de la Modernité (sa révolution scientifique et sa volonté de maîtrise technologique), il ne s’agit pas d’imaginer qu'il surgit du néant. Si rupture il y a, elle ne s'origine pas en rien, elle s’inscrit en particulier dans la mentalité de l’Occident, dont le principe de pensée (le concept), son expression (analytique) et sa médiation (la raison, l’outil, l’efficacité), ont conditionné cette révolution (10) (sans même parler de la prégnance de la théologie chrétienne, qui seule pouvait faire affirmer à Galilée que c'est [emphase]« le livre de la nature [qui] est écrit en langue mathématique »[/emphase] ...). Pour autant, il y a bien une véritable révolution théorique et pratique quant à la compréhension du monde et donc à la manière d'y vivre, radicalement étrangère à la compréhension du Cosmos léguée par les Grecs ...
Je dois pour ma part faire attention si j'ai laissé confondre la recherche d'authenticité tolkienienne avec celle des Grecs. Bien que l'on puisse tisser des liens me semble-t-il assez évidents. Ainsi — et pour faire aussi bien écho à ce que sont les Elfes — de l'opposition (toute heideggérienne il me semble) entre poiesis et technique (moderne) : en effet, l'Art des Elfes, le Carmë (11) est-il bien celui de Tolkien [emphase]« qui se contente de créer en pensée un nouveau monde secondaire »[/emphase] à l'opposé de la Machine [emphase]« [qui] essaie de concrétiser le désir, pour ainsi générer du pouvoir en ce Monde »[/emphase] (JRR Tolkien, Op. Cit.).
C'est dans Home X justement, et ce que l'on peut y découvrir, pour répondre à ta question, ce sont justement la plupart des thématiques philosophiques et théologiques des haut-Elfes. Mais je n'avais évoqué ce passage que pour distinguer entre « chute (romantique) » (que Sosryko reformule plus justement en l’« incapacité » de nos moyens modernes à atteindre ce que Tolkien appelle « l’authentiquement terrestre ») et « Chute (biblique) ». je précisais que ce n'était pas vrai « à strictement parler » parce que les Elfes peuvent eux aussi Chuter ... Mais cela Sosryko nous l'a parfaitement bien expliqué — merci ! ;).
[small]Gasp. Je m'arrête là. Je crois que j'avais terminé de toute façon. Je viens de lire le message de Cédric. La tête me tourne, mon ventre se noue, mes mains sont froides et se couvrent de sueur. Je tremble et, avant de faire mon malaise vagal, je valide ce post devenu si précieux ...[/small]
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(9) Paul Valéry.
(10) Cf. Jean Brun, Le rêve et la machine, qui montre par exemple que les caricatures qui ont pu être faites d’Aristote à l'époque de la révolution scientique (par l’École d’un côté, par les cartésiens de l’autre) ont occulté l’Aristote duquel Descartes a directement tiré ses concepts et sa philosophie (que l’on songe seulement au modèle technologique du corps par Aristote …). Le même Jean Brun qui montre comment [emphase]« nous [sommes] pass[és] inévitablement de Dédale et Icare au Bombardier Géant »[/emphase] (JRR Tolkien, Op. Cit. — ce qui est bien (entre autre) avec Sosryko dans un fuseau c'est qu'on n'a plus besoin de faire soit même des recherches :)).
(11) Contes et Légendes Inachevés, Les Istari — cf. l'essecarmë : la « confection du nom » et la cérémonie eldarine où le père annonce à l'intention des deux parentés le nom paternel de son enfant (Home X, 214).
Bertrand Wrote:La perte d'une certaine authenticité par rapport au réel est bien au coeur de l'article. Je crois que cette authenticité regrettée était celle du monde "paysan" plus que de celles des Grecs. j'ai d'ailleurs de plus en plus l'impression que les philosophes grecs étaient des hommes modernes... Je ne crois pas par ex. qu'ils aient eu un rapport différent au réel ou à la nature que nous. En fait, j'ai de plus en plus de mal à comprendre cette notion de modernité (et j'ai évolué depuis que j'ai écrit l'article!). Mais c'est sans doute un autre débat, un autre problème...
C'est vrai qu'il s'agit d'être nuancé. Sans vouloir (trop :)) entrer dans ce débat, les schémas de la Modernité que tu présentes dans ton article ne me gênent pas du tout. Ainsi que l'un de mes enseignants aime à le citer : [emphase]« toutes les idées simples sont fausses, mais les autres ne servent à rien »[/emphase]. (9) Certes, pour prendre par exemple l'élément central de la Modernité (sa révolution scientifique et sa volonté de maîtrise technologique), il ne s’agit pas d’imaginer qu'il surgit du néant. Si rupture il y a, elle ne s'origine pas en rien, elle s’inscrit en particulier dans la mentalité de l’Occident, dont le principe de pensée (le concept), son expression (analytique) et sa médiation (la raison, l’outil, l’efficacité), ont conditionné cette révolution (10) (sans même parler de la prégnance de la théologie chrétienne, qui seule pouvait faire affirmer à Galilée que c'est [emphase]« le livre de la nature [qui] est écrit en langue mathématique »[/emphase] ...). Pour autant, il y a bien une véritable révolution théorique et pratique quant à la compréhension du monde et donc à la manière d'y vivre, radicalement étrangère à la compréhension du Cosmos léguée par les Grecs ...
Je dois pour ma part faire attention si j'ai laissé confondre la recherche d'authenticité tolkienienne avec celle des Grecs. Bien que l'on puisse tisser des liens me semble-t-il assez évidents. Ainsi — et pour faire aussi bien écho à ce que sont les Elfes — de l'opposition (toute heideggérienne il me semble) entre poiesis et technique (moderne) : en effet, l'Art des Elfes, le Carmë (11) est-il bien celui de Tolkien [emphase]« qui se contente de créer en pensée un nouveau monde secondaire »[/emphase] à l'opposé de la Machine [emphase]« [qui] essaie de concrétiser le désir, pour ainsi générer du pouvoir en ce Monde »[/emphase] (JRR Tolkien, Op. Cit.).
Quote:Je n'ai pas lu Home X et me demande ce qu'il y a à y découvrir... [...] Je n'avais pas "vu" que pour Tolkien, les Elfes était le peuple qui n'avait pas chuté. Je serais très intéressé de connaître les passages où il parle de cela.
C'est dans Home X justement, et ce que l'on peut y découvrir, pour répondre à ta question, ce sont justement la plupart des thématiques philosophiques et théologiques des haut-Elfes. Mais je n'avais évoqué ce passage que pour distinguer entre « chute (romantique) » (que Sosryko reformule plus justement en l’« incapacité » de nos moyens modernes à atteindre ce que Tolkien appelle « l’authentiquement terrestre ») et « Chute (biblique) ». je précisais que ce n'était pas vrai « à strictement parler » parce que les Elfes peuvent eux aussi Chuter ... Mais cela Sosryko nous l'a parfaitement bien expliqué — merci ! ;).
[small]Gasp. Je m'arrête là. Je crois que j'avais terminé de toute façon. Je viens de lire le message de Cédric. La tête me tourne, mon ventre se noue, mes mains sont froides et se couvrent de sueur. Je tremble et, avant de faire mon malaise vagal, je valide ce post devenu si précieux ...[/small]
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(9) Paul Valéry.
(10) Cf. Jean Brun, Le rêve et la machine, qui montre par exemple que les caricatures qui ont pu être faites d’Aristote à l'époque de la révolution scientique (par l’École d’un côté, par les cartésiens de l’autre) ont occulté l’Aristote duquel Descartes a directement tiré ses concepts et sa philosophie (que l’on songe seulement au modèle technologique du corps par Aristote …). Le même Jean Brun qui montre comment [emphase]« nous [sommes] pass[és] inévitablement de Dédale et Icare au Bombardier Géant »[/emphase] (JRR Tolkien, Op. Cit. — ce qui est bien (entre autre) avec Sosryko dans un fuseau c'est qu'on n'a plus besoin de faire soit même des recherches :)).
(11) Contes et Légendes Inachevés, Les Istari — cf. l'essecarmë : la « confection du nom » et la cérémonie eldarine où le père annonce à l'intention des deux parentés le nom paternel de son enfant (Home X, 214).

