Cette même année, un de ses collègues du même âge que lui, mais d'origine américaine, prit également sa retraite.
Qualifié de généreux et excentrique par ceux qui l'ont connu, Homer Hasenpflug Dubs (1892-1969) est sans doute moins connu que son illustre collègue britannique.
Bien que né dans l'Illinois, cet homme d'esprit universel a été élevé en Chine (dans le Hunan) par ses parents missionnaires avant de retourner vivre aux Etats-Unis. D'abord attiré par la philosophie (qu'il a enseigné notamment à l'université du Minnesota dans les années 20), sa spécialité résidait dans l'étude du chinois et de la Chine ancienne (en particulier la dynastie des Han, au pouvoir entre la fin du IIIè siècle av JC et le IIIè siècle ap JC)).
Grand voyageur, il fit plusieurs déplacements (missions, études...) en Chine avant la Seconde guerre mondiale.
En 1947, il se voit confier la jeune chaire de chinois de l'université d'Oxford (qui s'installera au collège Saint Antony à son ouverture en 1950).
Ces durant ces années oxfordiennes que Dubs approfondit un travail sur les relations entre la Chine ancienne et l'Empire romain et qu'il avance en 1955 une thèse aussi intéressante que curieuse au sujet de l'établissement des restes des légions de Crassus (général romain contemporain de César et Pompée) dans une région reculée du Gansu, dans le nord de la Chine.
Un village appelé Zhelaizhai, dans la province de Yong Chang, était autrefois appelé Liqian, un nom que Dubs rattache au latin legio (légion). Les populations qui y vivent détiennent depuis toujours de nombreuses caractéristiques physiques propres aux européens (cheveux bouclés, yeux clairs...) assez éloignées des profils habituels de cette région aux confins du désert de Gobi. Ces habitants seraient les descendants de prisonniers romains issus des errances des légions "perdues" de Crassus après leur défaite contre les Parthes en 53 av JC (Bataille de Carrhae).
C'est en confrontant Le Livre des Han postérieurs et La Vie de Crassus de Plutarque que Dubs est arrivé à cette théorie qui a été rejetée par les chercheurs chinois. Son article A Roman City in Ancient China (1957) a été à l'époque largement critiqué.
Toutefois, au milieu des années 2000, cette thèse digne des mystères de la Terre du Milieu a été reprise par d'autres chercheurs et, à la lumière d'indices complémentaires, Richard Spencer ou l'américain Rob Gifford, ont poursuivi avec le plus grand sérieux les travaux de l'illustre sinologue d'Oxford.
Après sa retraite, Dubs reprit ses voyages (Hawaii, Australie) puis se retira définitivement à Oxford jusqu'à sa mort en 1969.
Un hommage au professeur Dubs (1969) par un de ses anciens élèves.
I.

