28-07-2012, 23:10
[espacement][espacement]
Ce n'est pas une question piège ;)
La « part de la recherche tolkienienne » à laquelle je faisais référence est celle que tu évoquais : celle « prétendant tout expliquer par la religion » (Hyarion, le 27-07-2012 à 20:09, je souligne). Une telle « recherche » serait en effet absurde. Ça existe peut-être, mais j'aimerais bien savoir à quelle(s) étude(s) tu penses.
En attendant (car j'attends ;)) ...
Ta réflexion nous conduit de façon très intéressante à nous demander :
Il y a là toutefois me semble-t-il un parti pris philosophique (marqué par l'empirisme) si n'importe quelle méthode d'étude n'est qu'une grille de lecture : sous-entendu la réalité (ou la vérité, l'essence) des choses (ici des œuvres) ne peut être connue ; on ne peut connaître que certaines propriétés des choses — à l'aide de "grilles" issues de notre seule subjectivité. L'impérialisme scientifique ... :) La science expérimentale, qui informe l'essentiel de l'intelligence moderne, fonctionne en effet en tant que grille de lecture (c'est son principe et son efficacité : elle fabrique un modèle d'après lequel elle oblige l'objet d'étude à répondre). À ce titre, la théologie a, comme toutes les disciplines non mathématiques, souffert elle aussi de cet impérialisme, et en effet il peut arriver qu'elle serve de grille de lecture. Mais ce n'est pas son rôle.
Je suis bien d'accord que la connaissance commune progresse d'après une articulation harmonieuse entre les disciplines (cela n'implique pas nécessairement que les disciplines en question soient des grilles de lecture ; on peut (philosophiquement) prétendre étudier objectivement quelque chose : la chose étudiée nous précède, elle préexiste objectivement à notre conscience, ce n'est pas notre conscience qui la détermine). Et alors, selon l'objet d'étude, toutes les façons ne seront pas équivalentes : à chaque matière son art. [emphase]« Verrait-on, en effet, le forgeron agir comme le charpentier et le charpentier comme le tailleur de pierre? Dans chacun de ces métiers, le mode de faire est commandé par la matière sur laquelle l'homme agit. Or, nous oublions parfois qu'il en est de même pour l'intelligence. C'est la matière qui doit commander la méthode [...] »[/emphase] (André Clément, revue Crisis, 1975). La dimension philologique de l'œuvre tolkiénienne appelle pour son étude une intelligence philologique. La dimension spirituelle une intelligence spirituelle. Etc.
Les articulations sont ensuite forcément possibles (sinon il y a nécessairement une erreur) puisqu'il s'agit de la même œuvre. Nous avons eu la joie, Isengar et moi, de voir ainsi se rejoindre à la perfection, et se renvoyer l'une à l'autre, nos dernières études, qui partaient chacune avec certaines méthode de différentes, et pour cause car chaque méthode était commandée par le thème étudié. Nous n'y avons vu aucune exclusion. Au contraire : il en allait comme d'une « architectonique » globale des thèmes et des disciplines.
Mais je ne vois pas en quoi :
L'accessibilité d'une étude dépend à la fois de l'intelligence (et de la curiosité) du lecteur à rejoindre ce qu'il ne connaît pas, et du talent de l'auteur à lui faciliter la tache. Cela ne réussit pas toujours, et d'ailleurs n'a pas vocation à toujours réussir. Ainsi que Cédric l'a constamment répété pour JRRVF, ce dernier n'a pas vocation au nivellement par le bas ... Pour autant, je suis bien d'accord que cela ne doit pas être prétexte à se faire un plaisir d'être hermétique ! À chacun de faire un effort pour lire comme pour pouvoir être lu.
[séparation]
Je n'en ai pas après l'appareillage de la psy, mais après cet anglicisme affligeant de « sécure » — d'où ma citation des Lettres. Pour commettre pareille atrocité, il faut vraiment avoir perdu tout sens esthétique (ça me rappelle un passage des Notion Club Papers ... :)). C'est aussi risible que d'essayer d'êre « aware » (pour ceux qui se souviennent :)), mais beaucoup plus laid.
[espacement]Amitiés,
Yyr — qui vous a épargné CS Lewis qu'il affectionne pour cette fois ; pourtant, le sujet est tout-à-fait celui de L'abolition del'homme ;)
Hyarion Wrote:S'agissant de cette question, cher Yyr, que suis-je censé comprendre ? :-)
Ce n'est pas une question piège ;)
La « part de la recherche tolkienienne » à laquelle je faisais référence est celle que tu évoquais : celle « prétendant tout expliquer par la religion » (Hyarion, le 27-07-2012 à 20:09, je souligne). Une telle « recherche » serait en effet absurde. Ça existe peut-être, mais j'aimerais bien savoir à quelle(s) étude(s) tu penses.
En attendant (car j'attends ;)) ...
Ta réflexion nous conduit de façon très intéressante à nous demander :
Quote:Pourquoi, dès lors, ne pas envisager simplement une approche inter-disciplinaire globale, où les grilles de lectures seraient utilisées comme de simples outils ne s'excluant pas les uns des autres et contribuant simplement à une progression de la connaissance commune ?
Il y a là toutefois me semble-t-il un parti pris philosophique (marqué par l'empirisme) si n'importe quelle méthode d'étude n'est qu'une grille de lecture : sous-entendu la réalité (ou la vérité, l'essence) des choses (ici des œuvres) ne peut être connue ; on ne peut connaître que certaines propriétés des choses — à l'aide de "grilles" issues de notre seule subjectivité. L'impérialisme scientifique ... :) La science expérimentale, qui informe l'essentiel de l'intelligence moderne, fonctionne en effet en tant que grille de lecture (c'est son principe et son efficacité : elle fabrique un modèle d'après lequel elle oblige l'objet d'étude à répondre). À ce titre, la théologie a, comme toutes les disciplines non mathématiques, souffert elle aussi de cet impérialisme, et en effet il peut arriver qu'elle serve de grille de lecture. Mais ce n'est pas son rôle.
Je suis bien d'accord que la connaissance commune progresse d'après une articulation harmonieuse entre les disciplines (cela n'implique pas nécessairement que les disciplines en question soient des grilles de lecture ; on peut (philosophiquement) prétendre étudier objectivement quelque chose : la chose étudiée nous précède, elle préexiste objectivement à notre conscience, ce n'est pas notre conscience qui la détermine). Et alors, selon l'objet d'étude, toutes les façons ne seront pas équivalentes : à chaque matière son art. [emphase]« Verrait-on, en effet, le forgeron agir comme le charpentier et le charpentier comme le tailleur de pierre? Dans chacun de ces métiers, le mode de faire est commandé par la matière sur laquelle l'homme agit. Or, nous oublions parfois qu'il en est de même pour l'intelligence. C'est la matière qui doit commander la méthode [...] »[/emphase] (André Clément, revue Crisis, 1975). La dimension philologique de l'œuvre tolkiénienne appelle pour son étude une intelligence philologique. La dimension spirituelle une intelligence spirituelle. Etc.
Les articulations sont ensuite forcément possibles (sinon il y a nécessairement une erreur) puisqu'il s'agit de la même œuvre. Nous avons eu la joie, Isengar et moi, de voir ainsi se rejoindre à la perfection, et se renvoyer l'une à l'autre, nos dernières études, qui partaient chacune avec certaines méthode de différentes, et pour cause car chaque méthode était commandée par le thème étudié. Nous n'y avons vu aucune exclusion. Au contraire : il en allait comme d'une « architectonique » globale des thèmes et des disciplines.
Mais je ne vois pas en quoi :
Quote:une approche inter-disciplinaire globale [...] permet[trait] la participation du plus grand nombre, au-delà d'un petit cercle d'"initiés sachants", et donc sans perspectives ni élitiste à la C.S. Lewis, ni excluante au nom d'un droit à diverses captations d'une œuvre perçue improprement comme "propriété publique"...
L'accessibilité d'une étude dépend à la fois de l'intelligence (et de la curiosité) du lecteur à rejoindre ce qu'il ne connaît pas, et du talent de l'auteur à lui faciliter la tache. Cela ne réussit pas toujours, et d'ailleurs n'a pas vocation à toujours réussir. Ainsi que Cédric l'a constamment répété pour JRRVF, ce dernier n'a pas vocation au nivellement par le bas ... Pour autant, je suis bien d'accord que cela ne doit pas être prétexte à se faire un plaisir d'être hermétique ! À chacun de faire un effort pour lire comme pour pouvoir être lu.
[séparation]
Hyarion Wrote:L'outillage conceptuel des uns et des autres est ce qu'il est... ;-)
Je n'en ai pas après l'appareillage de la psy, mais après cet anglicisme affligeant de « sécure » — d'où ma citation des Lettres. Pour commettre pareille atrocité, il faut vraiment avoir perdu tout sens esthétique (ça me rappelle un passage des Notion Club Papers ... :)). C'est aussi risible que d'essayer d'êre « aware » (pour ceux qui se souviennent :)), mais beaucoup plus laid.
[espacement]Amitiés,
Yyr — qui vous a épargné CS Lewis qu'il affectionne pour cette fois ; pourtant, le sujet est tout-à-fait celui de L'abolition del'homme ;)

