26-10-2011, 05:24
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Au final, Shippey constate l’échec de Tolkien à instaurer un cursus de philologie attractif et pérenne dans les universités anglaises :
[citation=Shippey, p. 139]« I am sure that if Tolkien had been asked for a one-word description of himself, he would have said, “I am a philolo¬gist,” which he might have qualified by saying, as he did on at least one recorded occasion, “I am a pure philologist” (Letters, 264). His aim throughout his professional life was to establish a successful philological curriculum in British universities, and in this he failed. »[/citation]
Drout se veut un peu moins sombre :
[citation=Drout, p. 145]« Unfortunately (…), Tolkien’s argument, as tangled up with technical Oxford syllabus terms as it is, could not make much of an impact outside of Oxford. »[/citation]
Mais même dans le cadre restreint de l’université d’Oxford, l’amertume de Tolkien en 1959, après une nouvelle réforme, confirme le point de vue de Shippey :
[citation=MCE, p. 282]« Si la réforme qui m’a toujours tenu à cœur… si, comme je l’espérais jadis, on avait pu modifier les conditions de la licence de Littérature afin de permettre une autre approche par voie d’examen et de récompenser la lecture et la culture au moins autant que la recherche mineure, j’aurais quitté l’École d’anglais le cœur plus léger. »[/citation]
[citation=MCE, p. 283-284]« Il est en tout cas évident, je suppose, que notre programme de licence est surchargé et que, pour diverses raisons, les changements qui entrent en vigueur l’année prochaine n’ont pas fait grand-chose pour y remédier. D’ailleurs, concernant la situation du Master of Arts, on suppose dans ce pays qu’une durée de trois ans est largement suffisante pour s’amuser avec des livres dans une université, et quatre ans, une durée excessive. Mais alors que la vita académique se réduit, l’ars s’allonge : nous avons maintenant sur les bras mille deux cents ans de lettres anglaises attestées, une longue lignée ininterrompue, indivisible, dont aucune partie ne peut être ignorée sans dommages. Aux revendications du grand XIXe siècle vont bientôt succéder les bruyantes réclamations du XXe. Qui plus est, tout à l’honneur de l’anglais mais non du goût de ceux qui organisent les programmes, certains des tout premiers écrits font preuve d’une vitalité et d’un talent qui les rendent dignes d’être étudiés pour eux-mêmes, tout à [284] fait indépendamment de l’intérêt particulier que présente leur caractère ancien. Ce qu’on appelle l’anglo-saxon ne saurait être considéré seulement comme une racine : il est déjà en fleur. Mais c’est une racine (…) »[/citation]
Année 1967
[citation=Fitzgerald, p. 44 ; cf. introduction Lettre n.295 et Hammond & Scull, Reader's Guide, p. 321 : « ["For W.H.A."] is a 'tardy tribute and token of thank's' to W.H. Auden on his sixtieth birthday, praising his poetry, his learning, and his friendship»]« In later years he became less adamant and, in 1967, Tolkien wrote a poem commending W. H. Auden [1907-1973], one of his eager pupils who received terrible grades for Lang., but excelled in and felt more comfortable with Lit. Although Tolkien did not shy away from taking a side in the Lit. and Lang. debate, it is also evident that he perceived much of the quarreling as counterproductive, and felt bewilderment over how the two came to be divided in the first place. »[/citation]
Et de vous quitter sur cette belle citation de Tolkien qui dépasse même le cadre de notre sujet :
[citation=MCE, p. 290, 293]« Certaines divisions au sein de notre École sont inévitables, parce que la longueur même de l’histoire des lettres anglaises rend leur maîtrise difficile de bout en bout sur toute la ligne, même quand on jouit du soutien et des goûts les plus vastes, ainsi que d’une longue vie. Ces divisions ne devraient pas se faire en fonction de la Langue et de la Littérature, l’une excluant l’autre : elles devraient se faire avant tout en fonction des périodes. Dans les limites de la période à laquelle ils se consacrent, tous les érudits devraient être à la fois Linguistes et Littéraires à un degré raisonnable, c’est-à-dire à la fois philologues et critiques.
(…) bien que je ne prétende pas être le plus savant de ceux qui sont venus jusqu’ici depuis l’autre bout du continent noir, (…) j’ai dans le sang la haine de l’apartheid et je déteste par-dessus tout la ségrégation et la séparation entre langue et littérature. Peu m’importe laquelle, d’après vous, est blanche. »[/citation]
Belle mise en abyme donc que ce fuseau, puisqu'on y trouve, selon les interventions, aussi bien de de la linguistique que de la critique littéraire "à un degré raisonnable" (je l'espère :-))
S.
Au final, Shippey constate l’échec de Tolkien à instaurer un cursus de philologie attractif et pérenne dans les universités anglaises :
[citation=Shippey, p. 139]« I am sure that if Tolkien had been asked for a one-word description of himself, he would have said, “I am a philolo¬gist,” which he might have qualified by saying, as he did on at least one recorded occasion, “I am a pure philologist” (Letters, 264). His aim throughout his professional life was to establish a successful philological curriculum in British universities, and in this he failed. »[/citation]
Drout se veut un peu moins sombre :
[citation=Drout, p. 145]« Unfortunately (…), Tolkien’s argument, as tangled up with technical Oxford syllabus terms as it is, could not make much of an impact outside of Oxford. »[/citation]
Mais même dans le cadre restreint de l’université d’Oxford, l’amertume de Tolkien en 1959, après une nouvelle réforme, confirme le point de vue de Shippey :
[citation=MCE, p. 282]« Si la réforme qui m’a toujours tenu à cœur… si, comme je l’espérais jadis, on avait pu modifier les conditions de la licence de Littérature afin de permettre une autre approche par voie d’examen et de récompenser la lecture et la culture au moins autant que la recherche mineure, j’aurais quitté l’École d’anglais le cœur plus léger. »[/citation]
[citation=MCE, p. 283-284]« Il est en tout cas évident, je suppose, que notre programme de licence est surchargé et que, pour diverses raisons, les changements qui entrent en vigueur l’année prochaine n’ont pas fait grand-chose pour y remédier. D’ailleurs, concernant la situation du Master of Arts, on suppose dans ce pays qu’une durée de trois ans est largement suffisante pour s’amuser avec des livres dans une université, et quatre ans, une durée excessive. Mais alors que la vita académique se réduit, l’ars s’allonge : nous avons maintenant sur les bras mille deux cents ans de lettres anglaises attestées, une longue lignée ininterrompue, indivisible, dont aucune partie ne peut être ignorée sans dommages. Aux revendications du grand XIXe siècle vont bientôt succéder les bruyantes réclamations du XXe. Qui plus est, tout à l’honneur de l’anglais mais non du goût de ceux qui organisent les programmes, certains des tout premiers écrits font preuve d’une vitalité et d’un talent qui les rendent dignes d’être étudiés pour eux-mêmes, tout à [284] fait indépendamment de l’intérêt particulier que présente leur caractère ancien. Ce qu’on appelle l’anglo-saxon ne saurait être considéré seulement comme une racine : il est déjà en fleur. Mais c’est une racine (…) »[/citation]
Année 1967
[citation=Fitzgerald, p. 44 ; cf. introduction Lettre n.295 et Hammond & Scull, Reader's Guide, p. 321 : « ["For W.H.A."] is a 'tardy tribute and token of thank's' to W.H. Auden on his sixtieth birthday, praising his poetry, his learning, and his friendship»]« In later years he became less adamant and, in 1967, Tolkien wrote a poem commending W. H. Auden [1907-1973], one of his eager pupils who received terrible grades for Lang., but excelled in and felt more comfortable with Lit. Although Tolkien did not shy away from taking a side in the Lit. and Lang. debate, it is also evident that he perceived much of the quarreling as counterproductive, and felt bewilderment over how the two came to be divided in the first place. »[/citation]
Et de vous quitter sur cette belle citation de Tolkien qui dépasse même le cadre de notre sujet :
[citation=MCE, p. 290, 293]« Certaines divisions au sein de notre École sont inévitables, parce que la longueur même de l’histoire des lettres anglaises rend leur maîtrise difficile de bout en bout sur toute la ligne, même quand on jouit du soutien et des goûts les plus vastes, ainsi que d’une longue vie. Ces divisions ne devraient pas se faire en fonction de la Langue et de la Littérature, l’une excluant l’autre : elles devraient se faire avant tout en fonction des périodes. Dans les limites de la période à laquelle ils se consacrent, tous les érudits devraient être à la fois Linguistes et Littéraires à un degré raisonnable, c’est-à-dire à la fois philologues et critiques.
(…) bien que je ne prétende pas être le plus savant de ceux qui sont venus jusqu’ici depuis l’autre bout du continent noir, (…) j’ai dans le sang la haine de l’apartheid et je déteste par-dessus tout la ségrégation et la séparation entre langue et littérature. Peu m’importe laquelle, d’après vous, est blanche. »[/citation]
Belle mise en abyme donc que ce fuseau, puisqu'on y trouve, selon les interventions, aussi bien de de la linguistique que de la critique littéraire "à un degré raisonnable" (je l'espère :-))
S.

