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L'Arc et le Heaume - Hors-série n°2: Conversations avec J.R.R. Tolkien
#11
[small]Pour les deux derniers points, ce sont des débats récurrents de traduction, de verre coloré ou transparent ... Je n'aurais pas fait de même, d'autres si (d'ailleurs, pour Roman catholic / catholique romain, la traduction des Lettres a procédé comme toi p.362 ;)).

Merci pour ton retour.[/small]

Interview de J.R.R. Tolkien par Henry Resnick (1966)

À nouveau, le touchant souvenir d'enfance de Tolkien qui avait [emphase]« pour la campagne d'Angleterre à la fois le sentiment natif et l'émerveillement personnel se quelqu'un qui y arrive »[/emphase].

Avec, cette fois, le lien fait directement avec sa mythopoésie. Il répète en effet : [emphase]« cela me semblait merveilleux »[/emphase] et enchaîne aussitôt : [emphase]« Si vous voulez vraiment savoir sur quoi se fonde la Terre du Milieu, c'est sur mon émerveillement et mon plaisir de la terre telle qu'elle est, en particulier la terre naturelle ... et je suis né aussi avec un grand amour des arbres »[/emphase] (p.42). J'oserai, d'autant plus facilement que Tolkien nous y invite lui-même, dire que le lien est établi dès son plus jeune âge avec la portée philosophique de son œuvre [small](en effet, [emphase]« cet état qui consiste à s'émerveiller est tout à fait d'un philosophe ; la philosophie en effet ne débute pas autrement »[/emphase], Théétète, trad. de la Pléiade, cf. ce lien pour la traduction du grec qui varie entre « s'étonner » et « s'émerveiller »)[/small].

À nouveau aussi, des éléments sur la conception qu'il avait de sa mythopoésie :
- le rejet des recherches sur son œuvre qui sont déconnectées de son auteur : [emphase]« après tout, je détiens la clé »[/emphase] (p.36) comme de celles [small](« carnassières » ? ;))[/small] qui sont [emphase]« des analyses psychologiques »[/emphase] ou qui le testent [emphase]« sur les sources, l'allégorie et tout ce genre de choses »[/emphase] (p.36) ;
- le rejet des influences que je qualifierais de directes : [emphase]« après que quelqu'un m'a critiqué, j'ai juste continué à ma manière et je n'en ai pas tenu compte »[/emphase] (p.39) ;
- le rappel du point de départ philologique : [emphase]« la graine est linguistique, bien entendu. [...] tout est linguistique »[/emphase], là encore relié à son enfance : [emphase]« la vraie graine commença quand j'étais encore enfant et que j'ai inventé des langues [...] et que j'ai finalement fait la découverte que la langue ne peut pas exister dans le vide [...] elle doit prendre vie — si véritablement que les langues vinrent en premier et le pays ensuite »[/emphase] (p.41) ;
- son désir de [emphase]« faire des choses mythologiques comme les mythes grecs ou nordiques »[/emphase], en essayant [emphase]« de les améliorer et de les moderniser »[/emphase] c'est-à-dire [emphase]« de les rendre crédibles »[/emphase] (p.41) ;
- la précision que nous ne sommes pas exactement dans le Quatrième Âge : [emphase]« Ce que vous avez, c'est une période imaginaire dans laquelle la mythologie existait toujours véritablement dans le monde réel. Disons que vous avez ... des figures abstraites — [en fait] pas des figures abstraites, plutôt des mythes incarnés ; mais une fois finis, éparpillés, dispersés, tout ce qu'il vous reste est l'histoire des êtres humains — le jeu entre le bien et le mal dans l'histoire. [...] C’est ici le début de l'histoire, quand on ne voit plus de démons ou d'anges se promenant [sur terre] »[/emphase] (pp.43-44).

Et des choses nouvelles :
- l'engouement pour le SdA vu comme [emphase]« un jeu »[/emphase] dû en partie à [emphase]« une influence réactionnaire »[/emphase] : comme [emphase]« une part d'amusement après tant de choses plutôt tristes »[/emphase] (p.35) ;
- ce jeu [emphase]« ne [l']obsède pas »[/emphase] (p.35) [small](il fait ici référence à l'engouement qui prend la proportion d'« une sorte de culte » d'après l'interviewer ; plus loin, il répète [emphase]« qu'il] n'[est] pas obsédé par [sa] propre œuvre »[/emphase], p.37 ... hum, là par contre, à strictement parler, c'est peut-être à nuancer ;))[/small] ;
- la Terre du Milieu [emphase]« est destinée à plaire ; elle n'horrifie pas »[/emphase] (p.35).

Enfin, concernant son rapport au Monde :
- Tolkien explicite [emphase]« tant de choses plutôt tristes »[/emphase] par une courte référence : [emphase]« Sa Majesté des Mouches »[/emphase] (p.35), cf. infra ;
- l'histoire débutée de « La Nouvelle Ombre » fait référence au fait que les hommes ne supportent pas la paix, et qu'[emphase]« il existe d'autres sortes de maux tout aussi néfastes [que la guerre] »[/emphase] — cette dernière en étant [emphase]« seulement l'explosion »[/emphase] (p.44) ;
- le parallèle dans notre monde moderne au [emphase]« fait que ceux les dieux veulent détruire, ils les rendent d'abord fous »[/emphase] peut être trouvé dans [emphase]« la Tour de Babel [:] Tout est bruit et confusion »[/emphase] (p.44) ;
- avec la difficulté particulière de notre époque : [emphase]« la pression des nombres rend tout plus grand »[/emphase] (p.44).

L'interview s'achève par le rejet strict de l'identification de Frodo au Christ, en soulignant que l'héroïsme, le patriotisme et le sacrifice ne requièrent pas d'[emphase]« être chrétien »[/emphase] — écho à ce partage de Tolkien à Christopher pendant la Guerre : pour faire face au Mal, il y a certes [emphase]« toute notre foi religieuse »[/emphase], mais aussi [emphase]« tout le courage et le cran humains qui nous sont innés (la vaste somme de courage et d'endurance existant chez l’homme est formidable, tu ne crois pas ?) »[/emphase] (Lettres, p.114).

[séparation]

Pour les remarques / questions :
- une typo : [emphase]« Cela ne me dérange pas [normal][oubli][/normal], aussi longtemps que ... »[/emphase] (p.35).
- la référence à [emphase]« Sa Majesté des Mouches (Lord of the Flies) »[/emphase] (p.35) : ce titre, moqueur, de Belzébuth, est aussi celui d'un livre (puis d'un film) ; pensez-vous que Tolkien ait voulu insister sur ce dernier ou qu'il se soit contenté de partager sa métaphore ? [small](je dis ça je ne dis rien, mais on a une note pour Underground, juste avant, et pas pour Sa Majesté des Mouches ... ;))[/small] ;
- je ne suis pas sûr de bien suivre le Professeur quand il dit : [emphase]« je suis un peu effrayé que les Grecs n'aient pas eu leur mot à dire sur le fait que ceux que les dieux veulent détruire, ils rendent d'abord fous »[/emphase] (p.44). Il me semble dire que leur mythe devrait être amendé sur ce point. Pourtant, avant et après, il me semble s'y accorder ?

Encore et toujours bien des remerciements à Druss et Forfirith.

[espacement]

Jérôme
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