26-03-2002, 16:27
Tu as raison, il faut être prudent. Le dialogue fait que nous avons tendance à schématiser pour convaincre l'autre. Je ne crois pas que Sam soit un demeuré, loin de là. Et Tolkien estimait Sam, qui représentait peu ou prou les poilus de la grande guerre qu'il a cotoyé pendant la bataille de la Somme.<p>Quant à la réceptivité plus grande de Sam au pouvoir de l'Anneau, à moins que ma mémoire ne me joue des tours, je crois l'avoir lu dans une lettre de Tolkien. Je crois bien qu'il y parle également de la compréhension plus vaste de Frodon.<p>En outre, je crois que la non-reconnaissance de la valeur de Frodon par les siens quand il revient dans la Comté est moins symptomatique de sa condition d'anti-héros (réelle) qu'elle n'a valeur de tragédie au sein du texte. Tolkien me semble regretter cette non récompense des services rendus pas Frodon plus qu'il ne suit une catégorisation prédéterminée héros (Sam)/anti-héros (Frodon) je crois. Et puis Frodon est presque dans l'"unseen world" à la fin, déjà arraché au monde. Quant à la grandeur païenne nordique de Sam, j'avoue voir plus en lui un pragmatique qu'un Sigurd mais je ne me risquerais pas sur ce terrain avec toi si c'est plus ou moins le sujet de ton mémoire (tu le donneras à lire ici j'espère! :) ). <p>Quoiqu'il en soit, je trouve ton idée très intéressante et dumézilienne en diable. En somme tu tentes de retrouver dans cette division Sam-Aragorn-Frodon un exemple supplémentaire, au niveau des personnages, de pont jeté entre les mythes païens et le christianisme chez Tolkien, un reflet de la structure et des thèmes de l'oeuvre entière, en suivant le principe que "l'ensemble conditionne les détails"; tout comme les personnages légendaires de la fondation de Rome (Romulus-Numa, Tullus Hostilius, Ancus) correspondent aux fonctions triparties de Dumézil. Je suis un chaud partisan de l'idée de syncrétisme chez Tolkien alors tout cela me va très bien. :)

