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Les Deux Tours : Jackson vs Tolkien
#89
Bien cher Edoras, <p>Je ne peux m'empêcher, à la lecture de ton message, de t'inciter à mon tour à la modération. Selon toi, le fait de dénigrer le film dans son ensemble est le fait de (je te cite) "...soi disant fan de Tolkien qui ne tolère aucune autre vision de la leur...", ou bien de personnes qui n'ont pas "la moindre idée de comment ce passe le travail d'un cinéaste", et également d'individus qui "...se prennent pour des pseudos cinéastes capable d'analyser un film...".<p>Saches qu'il n'est nul besoin d'invective pour défendre son point de vue. Discuter le point de vue opposé au sien est une chose, dénigrer celui qui l'emet en est une autre, et je souhaiterais qu'à ce stade le modérateur modère.<p>Tu ne peux en effet nullement préjuger des connaissances des autres intervenants. Tout au plus peux-tu contredire ou compléter leurs propos. En effet, il n'est nul besoin d'être fan de Tolkien (existe-t-il un examen pour le devenir? A quoi reconnaît-on le pseudo-fan-imposteur du vrai-fan-estampillé-pur-porc?) ou professionnel de cinéma pour porter un jugement global sur un film. Il suffit pour cela d'être spectateur, d'avoir de la sensibilité, l'esprit critique, et une place de cinéma. En l'occurence, je constate que le film "Les Deux Tours" n'a pas fonctionné sur moi, mais également sur d'autres spectateurs, et que les avis négatifs se recoupent de manière troublante. En comparaison, et pour illustrer ma bonne foi et mon absence d'animosité envers Peter Jackson, je répète que "La Communauté de l'Anneau" m'avait bien plus enthousiasmée. Tout avait disparu, écran, sièges, spectateurs, pour laisser place à un très bon moment, que je qualifiai ensuite de très bon film (oups, de film qui m'a donné de grandes satisfactions).<p>Je comprends que tu tentes a posteriori de justifier chacune des infidélités commises par PJ dans "Les Deux Tours". Tu peux même, si tu le souhaites, y passer des jours, le problème est bien plus grave: le film ne fonctionne tout simplement pas. L'esprit du livre, fait de lyrisme, de contemplation, de féerie, de tension et d'obscurité en est absent. Cette atmosphère, ce parfum indescriptible était présent dans le premier opus (même en version courte avec plein d'infidélités). Là, non. Peu importe qu'il y ait passé cinq jours ou cinq ans ou une vie: le spectateur, lui, n'y passera que le temps du film. Je ne vais pas au cinéma pour mesurer le travail de l'équipe, mais pour voir un spectacle. En l'occurence, je m'étais obligé à ne regarder aucun site, à ne lire aucun article, à ne voir aucune photo des Deux Tour, pour y aller le plus naïf possible. Ils ont beaucoup travaillé, et le film ne m'a pas plu.<p>Ce n'est ni du cynisme, ni du mépris (pour reprendre tes termes), simplement un certain dépit de s'être crû si près du but et de voir le bonheur total nous glisser des doigts, probablement à cause d'une approche volontairement trop "grand public" et potache. La faute aux studios, selon toi. Je crois au contraire qu'il s'agit là des "travers" habituels de Peter Jackson. Comment imaginer qu'il ait pu obtenir tant de moyens et de liberté, pour ravager son film à cause d'une multitude de détails ? Les suppléments du DVD version longue de "La Communauté de l'Anneau" sont éloquents à ce sujet: Peter Jackson avait le contrôle sur tout, acceptait ou refusait les concepts qui lui étaient présentés, et disposais même du luxe de pouvoir retourner des scènes. Son épouse travaillait sur le script. Il est donc, selon moi, le SEUL RESPONSABLE de l'echec du film à mes yeux.<p>Je pense, pour parler clairement, qu'il s'est vautré de ne pas insufler dans son film la qualité littéraire et la remarquable tenue stylistique du bouquin. En d'autres termes, en faire un film plus sombre, plus sobre et plus sérieux, quitte à déplaire aux 12-15 ans. C'est de toutes façons un trop jeune âge pour profiter pleinement du livre (cette affirmation n'est ni méprisante, ni sectaire. Nous pouvons en discuter ailleur). Il me sera répondu que faire un film plus accessible peut amener cette tranche d'âge à s'interresser au livre. Mais cela réduit le film à une vague publicité pour l'oeuvre de Tolkien, à destination des pré-adolescents. C'est une façon bien curieuse de traiter l'adaptation d'un livre au cinéma, non? Si. Même commercialement, le film aurait été ultra-rentable même avec une interdiction aux moins de seize ans. C'est donc à vouloir ratisser tout le monde que le réalisateur s'est fourvoyé, réalisant une farce et non une oeuvre. J'en entends déja qui saisissent bruyamment leur claviers pour faire remarquer qu'on va au cinéma pour s'éclater, pas pour s'emmerder.<p>Pourtant, je me suis emmerdé.
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