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Les Deux Tours : Jackson vs Tolkien
#91
Salut à toutes / tous<p>J'interviens pour la première fois sur un forum de cet excellent site qu'est JRRVF, découvert il y a peu.<br>J'hésitais à le faire, tant la culture de l'oeuvre de Tolkien sont impressionnantes chez beaucoup d'entre vous. J'ai lu de très nombreuses contributions concernant la critique des "Deux Tours" et finalement la tentation est devenue trop forte ; je me mêle enfin à cette joute où l'on rivalise d'arguments, d'intelligence, d'émotions, de sincérité, et parfois d'un peu de provocation mâtinée de mauvaise foi.<p>Bon. Je vais simplifier en affirmant sereinement que ce que j'ai ressenti à la vision du film et ce que j'en ai pensé par la suite est très proche de ce qu'en a dit doc_m et je tiens à soutenir résolument son analyse (même si elle n'a pas besoin de moi pour tenir debout, cette analyse ;-).<p>Je suis un fan enthousiaste et reconnaissant de Tolkien, mais je crois savoir faire la part des choses quand il s'agit d'adaptation cinématographique.<br>J'ai adoré littéralement le premier opus de Peter Jackson, malgré ma crainte préalable presque totale (irrationnelle) d'être déçu, parce qu'au delà de tous les détails que l'on peut discuter et critiquer, j'y avais retrouvé l'esprit de l'oeuvre (non pas l'esprit-en-soi, mais celui qui a enflammé ma jeunesse puis ma maturité). A quoi cela tenait-il ? A l'équilibre je crois de tous ces détails, justement : choix scénaristiques, traitement visuel, jeu des comédiens, bande-originale etc... Il me semble, subjectivement, que tout se tenait, que tout était cohérent et que donc cela faisait un EXCELLENT FILM, fidèle à sa manière.<br>Mon plaisir et mon respect ont encore été largement accrus grâce à la version longue en DVD et les nombreux bonus qui l'accompagnent. Sans préjuger de la qualité des "produits finis" (les films tels que les perçoivent les spectateurs), je crois en effet qu'on ne peut que reconnaître, objectivement cette fois, le travail fantastique réalisé par Peter Jackson et son équipe en termes de temps et d'efforts investis, avec un enthousiasme réjouissant et un souci certain d'essayer de ne pas trahir Tolkien, tout en faisant le meilleur film possible pour le plus de monde possible. Mission accomplie ? A chacun de voir (et c'est pourquoi ce forum existe :-).<p>Mission parfaitement accomplie donc pour mon tout petit cas personnel en ce qui concerne "La Communauté de l'Anneau". MAIS pas pour les "Deux Tours" ! Beaucoup d'arguments très pertinents ont été avancés ici par doc_m et qui expliquent parfaitement ma réaction. Je ne dirais pas mieux que lui.<p>Pour résumer, je pense que 3 problèmes majeurs m'ont empêché radicalement de retrouver mon bonheur éprouvé lors de l'opus 1. Je les passe en revue successivement :<p>(PS : si vous vous en fichez de ma critique, c'est pas grave, zappez ; allez juste lire s'il vous plait la conclusion, ce serait sympa ;-)<p> 1/ Premier problème affligeant, les insertions de répliques et situations comiques /burlesques (Gimli, surf, flamme olympique...) à L'INTERIEUR MEME des scènes dramatiques (la poursuite des Uruks-haï au début ; la bataille finale), ce qui eut pour effet de casser mon émotion, de me SORTIR du film, de m'arracher à la Terre du Milieu (genre, vous savez, le clin d'oeil "réveille toi bonhomme, t'es dans un film, c'est juste du spectacle, détends-toi").<br>Dans la Communauté de l'Anneau, il me semble que les ressorts plus légers et comiques aéraient l'action et libéraient agréablement de la tension ENTRE les scènes capitales pour l'émotion du récit, et pas en plein milieu (sauf Gimli sur le pont de Kazad-Dum, déjà, mais l'exception confirmant la règle, ça m'avait réjoui au fond :-). Et donc, c'était parfait, cohérent, infiniment agréable à suivre (selon moi).<br>Je ne prétends pas que ce défaut (à mes yeux) des 2T soit rédhibitoire pour tous les spectateurs. Beaucoup de mes ami(e)s ont apprécié et souri/rigolé à ces détails devenus si courants dans le cinéma d'aujourd'hui, comme s'il fallait absolument "rire" pour que le spectacle soit total. Ben non, pas pour moi, enfin, pas comme ça.<br>[Attention, ce qui suit est assez intello, genre culture classique ; alors si ça vous gonfle - c'est réellement votre droit :-) - sautez au point 2/ ] S'il existe déjà tant de block-busters qui détendent, pourquoi ne pas s'autoriser à respecter la tension noire et sublime qui règne souvent au coeur du récit originel du SdA et qui font des moments de délivrance de cette tension des souvenirs extraordinaires, qui nous élèvent au-dessus de nous-même pour atteindre les sphères tragiques de la condition humaine ? Trop risqué commercialement ? Sans doute, mais cela n'en valait-il pas la peine ? Dans l'Athènes Antique, TOUTE la Cité faisait un triomphe aux pièces comiques géniales d'Aristophane, mais TOUTE la Cité se pressait aussi pour se laisser envoûter par les tragédies terribles d'Eschylle ou de Sophocle ! Mélanger les deux artificiellement, c'est absurde. Et pourtant, il y a des moment soù l'on rit aux pièces de Sophocle, et celles d'Aristophane laissent percer des vertiges sous le burlesque. Cherchez l'erreur... (un indice : plus la Cité est devenu caricaturalement démocratique, moins on a joué les pièces tragiques)<p> 2/ Deuxième problème, totalement subjectif, je n'ai pas "cru" à l'aspect visuel de certains lieux ou personnages. Et là, Peter Jackson n'y est pour rien. En quelque sorte, c'est "pas de chance" pour moi. Ainsi, les ents de Jackon n'en étaient pas du tout pour moi, ou Edoras était ridiculement sous-dimensionnée, les plaines du Rohan bien peu "chevauchables" ou le gouffre d'Helm trop modeste.<br>Sur Edoras, la lecture de quelques critiques ici m'ont fait réviser mon jugement. Pour les ents, je reste déçu. Mais bon, finalement, c'est là une critique très mineure car j'avoue bien volontiers que beaucoup d'autres "produits" de l'imagination des concepteurs du film m'ont conquis, comme le sublime Gollum ou la Porte Noire.<br>Dans la Communauté de l'Anneau, chance étonnante, quasiment TOUT m'avait conquis, j'avais CRU à tout, visuellement parlant (parfois plus encore qu'à la lecture du livre !!). Alors je me dis que selon les spectateurs, selon la richesse de notre imagination, la loterie est bien incertaine. Il faut l'accepter. Ceux qui disent "magnifique" ont REELEMENT été comblés ; ceux qui disent "désolant" ont REELEMENT été affligés. Je crois que personne ne peut prétendre avoir davantage tort ou raison sur les points "d'esthétisme".<p> 3/ Troisième et dernière classe de problèmes : les choix de scénario. Domaine de réflexion très complexe ici, puisque se posent à la fois la question de l'adaptation et la question de savoir si le scénario est bon en lui-même.<br>Tant de choses ont déjà été dites... Mon avis est que l'adaptation est très honorable et le scénario en lui-même plus faible. Autrement dit, Jackson devait nécessairement adapter, s'approprier, "cinématographier" et il l'a fait avec de vrais partis pris d'artiste, de conteur. Seulement il me semble que le résultat est moins bon que dans la Communauté de l'Anneau, moins bon que ce que l'on pouvait espérer. Il ne s'agit pas de dire que soi-même on aurait pu faire mieux, ou qu'un autre réalisateur aurait fait mieux. Je pense simplemente que c'est Jackson lui-même et ses scénaristes qui n'ont pas été à la propre hauteur de leurs talents (démontrées dans l'opus 1, ou évidentes vues de nombreux très bons passages, comme tous ceux qui concernent Frodon, Gollum et Sam qui me semblaient paradoxalement les plus délicats).<br>Bref, les 2T ne me semblent pas raté, là, mais moyen, donc forcément décevant, puisque Jackson lui-même en plaçant la barre très haut nous a très courageusement invités à être particulièrement exigeants et attentifs. Evidemment, on est terriblement plus critique si l'on connaît le livre, mais c'est normal ; ça ne veut pas dire qu'on exige de la transcription littérale à l'image, ça veut juste dire que le livre brosse des personnages et des situations incroyablement fascinantes et puissantes ; les "manquer" ou les "gommer", ce n'est pas de la trahison, c'est affreusement dommage. Ca ne tue pas forcément le film, ça l'amoindrit (en cause ici : Faramir peu "exceptionnel" ou la personnalité "faiblarde" des Ents par exemple).<p>Je m'arrête volontairement avec la conscience que j'ai simplifié et raccourci beaucoup ce que je voulais dire, mais il me paraît plus sympathique et plus intelligent de continuer à discuter à partir de vos remarques, réflexions, contradictions, critiques.<p>J'aimerais BEAUCOUP cependant que chacun prenne profondément acte d'une vérité ABSOLUE (= un fait de réalité) toute simple qui devrait nous amener à davantage d'humilité dans nos attaques les uns envers les autres. Voici : quelque soit la totalité des critiques qui pourront être écrites, quelque soit la qualité de leurs arguments, la pertinence de leur propos, l'intelligence de leurs vues, l'encyclopédisme de leurs références, la foi enflammée de leur point de vue, il est et restera que des spectateurs, tous également dignes de respect, ressortent de ce film en ayant passé pour les uns 3 des meilleures heures de cette année et pour d'autres 3 des pires.<br>Dans les deux cas, ce sentiment est authentique.<br>Dans les deux cas, personne n'y pourra rien changer rétrospectivement.<br>Dans les deux cas, il est passionnant d'en discuter, à condition d'accepter la réalité des sentiments irréductibles de chacun au moment du film.<br>Dans les deux cas, il est possible de revoir (ou non) le film un jour sous des angles nouveaux.<p>Bref, on n'est pas chez Jacques Martin, tout le monde n'a pas gagné, continuons à ferailler, mais avant tout, respectons nous.<br>
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