03-01-2003, 17:24
Mais où est donc les cinéphiles ? Il me semble qu’il avait déjà été question de la technique cinématographique lors de la sortie de La Communauté de l’Anneau, dans je ne sais plus quel fuseau. Semprini y détaillait très clairement et de manière tout à fait objectivable les procédés mis à l’œuvre qui faisait du film de Jackson un objet assez éloigné du chef d’œuvre.<br>Qu’est-ce qu’un très grand film ? Pourquoi toutes les critiques sont-elles plutôt bonnes ? La première question suppose de s’interroger sur le cinéma car est chef d’œuvre l’œuvre qui s’arrache aux conventions pour devenir LE Cinéma dans sa manifestation la plus éclatante, c’est à dire réfracter à travers le Beau, le Vrai. <br>Par le Beau, je n’entends pas forcément la beauté visuelle du film, mais aussi et surtout la force de vision qui l’a accouché. En d’autres termes, la mise en scène. Or des règles président à la mise en scène, avec ses effets et ses trouvailles. Jackson livre une trouvaille pour 3 effets. Les cadrages ne font preuve d’une faible inventivité et encore, cela pourrait se concevoir si Jackson faisait œuvre d’un certain classicisme mais les sempiternels mouvements de caméra latéraux sacrifient à une conception faussement dynamique de la mise en scène soi-disant moderne (quand elle n’est pas ringarde avec sa flopée de ralentis nunuches). Bref, une « bouillie visuelle » comme le disaient les Cahiers du cinéma à propos de la Communauté. J’ajouterais « à certains moments », pasque bon tout de même, dans les moments d’action le PJ il fait craquer le slip ! Mais bon qu’apportent ces films au Cinéma ? Font-ils avancer l’histoire de ses formes (hormis la surenchère digitale) ? Plutôt bof.<br>J’en viens à la deuxième question, concernant les critiques positives. Pourquoi sont-elles toutes plus ou moins unanimes sur la qualité du film - hormis ceux qu’ils veulent se démarquer à tout prix, style les Inrocks l’année dernière, et les critiques qui vont pas chercher plus loin que le bout de leur nez et se ridiculisent eux même par leur ignorance (Libé cette année) ? Si l’appréciation est plutôt bonne c’est que ces médias non exclusivement dédiés au cinéma s’adressent au grand public, qui n’en a pas une vision trop intellectualisante. <br>Les critiques délaissent l’aspect purement structurel des films pour s’attacher essentiellement au fond (le discours du cinéaste, les émotions qu’il procure), car la critique structurelle invoque nécessairement l’histoire du cinéma, et donc des connaissances spécifiques des lecteurs. Cependant, pour faire bonne mesure paske hein on est critique tout de même et que ça a du cachet m’sieurs dames, ils y vont toujours de leur petit avis sur les acteurs, la musique ou le montage, mais où est l’analyse dans ces formulations souvent lapidaires ? Les deux Tours est un film bien emballé, avec son lot de grandes scènes, de gageure technique (Gollum, Helm’s Deep) et de grands sentiments (Théoden). Oui, malgré tout, il fait souffler l’Aventure (à défaut de rêve) dans les salles obscures. Et la critique standard n’ira pas plus loin. Les deux tours est un film divertissant, qui montre un savoir-faire collectif évident. <br>Mais bon, qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas un chef d’œuvre (à cause justement du caractère collectif dont le tempérament de PJ metteur en scène ne parvient pas véritablement à émerger), juste un grand film d’aventure (exactement ce qu’avait dit Positif pour la Communauté). Que le matériau d’origine, aussi riche soit-il, ne vous abuse pas. Avant d’être l’adaptation du Sda, il s’agit d’un film dont les errements stylistiques le condamnent, à l’aune de l’histoire du cinéma, à rester parmi les grands films populaires de qualité, mais non comme une œuvre décisive du 7ème art. <br>J’espère Lambertine que tu comprends mieux ce que sont les grands films et peut-être pourquoi tu y es restée insensible ; tout est question de mise en scène, et de mise en perspective dans une continuité.<br>Enfin, pour Serudalf : Apocalypse Now, Citizen Kane, deux exemples parmi tant d’autres.<br>

