03-01-2003, 19:29
C’est une réelle question que tu poses, Gil Galad, dans ce fuseau et je te remercie de l’avoir ouvert car l’exemple des <i>Deux Tours</i> se prête très bien à ce genre de réflexion sur l’humour.<p>Personnellement l’emploi du comique dans ce deuxième opus ( ;-)) m’a énormément gênée voire choquée à certains moments. Il s’agit particulièrement de tout ce qui se rattache au personnage de Gimli. La profusion de répliques ou de situations traduisant le handicap et l’absence de finesse du nain me paraît d’une lourdeur insupportable. Je m’explique :<p>- La chasse des Orcs est censée est une poursuite insensée et désespérée pour retrouver les hobbits, chaque personnage décuple ses capacités et oublie sa fatigue dans un ultime effort pour trouver Merry et Pippin ; si Gimli a du mal à suivre le rythme de ses compagnons, c’est qu’il est obligé de se dépasser physiquement, de se « sublimer » en quelque sorte ! Rien de tout cela dans le film de Jackson, cette « chasse » devient une banale course de demi-fond à laquelle un seul athlète n’est pas entraîné et le fait savoir. C’est ce que j’appellerai une parodie ou pour reprendre un terme de Gil Galad du burlesque : une situation « tragique » qui bascule dans le comique.<p>- Le manque d’éducation de Gimli à la table du Roi Théoden : bien plus que du burlesque (la conversation des autres personnages est très sérieuse puisqu’il s’agit de décider de l’action à entreprendre), cette situation relève du cliché. Le nain est un être rustre donc il boit salement et rote à table. Je ne sais pas vous, mais j’ai personnellement horreur des clichés surtout lorsqu’il s’agit de prendre pour tête de Turc une population donnée ! :-((((<p>- Gimli au gouffre de Helm : le plan cadre les remparts du gouffre, l’attente de l’ennemi est insoutenable, la tension à son comble et une voix jaillit de derrière le mur pour rappeler que les nains sont définitivement trop petits pour contempler le spectacle ! Idem pour la cotte de mailles trop grande ou le lancer inévitable d’Aragorn. Là je suis affligée de constater que la petite taille de Gimli, loin de constituer un atout (comme c’est la cas pour les hobbits quand il peuvent se cacher facilement aux yeux des Grandes gens), est systématiquement utilisée comme un ressort du comique ! Tout cela est à mes yeux extrêmement lourd et affligeant !<p>Maintenant envisageons le problème autrement : l’humour doit-il être absent d’un récit d’héroïc-fantasy ? Je ne le crois pas : Tolkien a dit lui-même qu’il y avait recours dans des moments dramatiques pour faire contre-poids à la tension de l’action. Un des personnages emblématiques de ce type d’humour, c’est Sam qui fonctionne comme un contre-poids au tragique vécu par Frodo. On pourrait citer aussi les personnages de Merry et Pippin dont les « bêtises » font sourire à de multiples reprises. Mais peut-on pour autant parler de burlesque à propos de ces personnages ? Je ne crois pas : l’humour est une caractéristique de leur personnage de hobbit et surtout cet humour va peu à peu s’estomper au fur et à mesure de leur « annoblissement » (cf. l’étude de l’évolution des personnages dans le livre de Vincent Ferré). Le cas de Gilmi est tout à fait différent : il n’est pas un personnage comique de nature qui est amené à s’améliorer, du moins, je doute que Jackson ne le fasse quitter le registre comique dans <i>Le Retour du Roi</i> après ce festival dans les <i>Deux Tours</i> ! Le SDA n’est pas le récit de l’initiation de Gimli mais bien des hobbits, en particulier de Frodo. Si l’on devait trouver une autre référence dans la littérature qui a pu influencer Tolkien, on pourrait citer le savoureux début de <i>Perceval le Gallois</i> où ,avant de devenir le preux chevalier que l’on connaît, Perceval commet un nombre de bourdes incalculables !<p>Autre remarque, le SDA emprunte énormément au genre de l’épopée, genre sérieux et tragique par excellence. C’est pour cela d’ailleurs qu’il a été tant parodié, de <i>Don Quichotte</i> à <i>Monty Python, sacré Graal</i>. Or, il me semble, que l’on ne peut parodier à moitié une œuvre ! L’humour burlesque de Jackson dans <i>Les Deux Tours</i> coupe à mes yeux son souffle épique et je trouve cela dommage pour un film qui se réclame justement de l’épopée !<p>NIKITA<br>

