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Critique thématique : le cas Faramir
#9
PJ et Philippa Boyens s'expriment entres autres sur Faramir!<p>Dans le premier vous aviez été très fidèle au livre… <p>Peter Jackson : Pas vraiment. C'est une illusion ! (Rire) Non, non, vous avez raison, je sais ce que vous voulez dire. <p>Dans le livre, par exemple, Faramir est très pur et très noble, mais dans le film, il a un aspect mauvais, il est même tenté par l'anneau. <p>Peter Jackson : Pendant un court instant, oui. Nous avons fait ce changement, pour prendre un exemple - et c'est vraiment là que le travail de réalisateur diffère de celui d'écrivain. Vous devez prendre des décisions en tant que réalisateur et, à tort ou à raison, vous changez les choses si vous pensez qu'elles doivent être changées. Nous voulions que l'épisode avec Faramir soit assez tendu, Frodon et Sam ont été capturés, leur voyage est compliqué par le fait qu'ils soient prisonniers, ils le sont d'ailleurs aussi dans le livre pendant un bref moment, mais assez rapidement Tolkien part de cette situation et révèle que Faramir est très pur, à un moment il dit " Je ne toucherais même pas l'anneau si je le voyais par terre sur la route. ". Pour nous, en tant que réalisateurs, ce genre de choses crée des problèmes parce que nous avons passé beaucoup de temps dans le premier film a expliquer que l'anneau est incroyablement puissant. Nous ne pouvons arriver soudainement à un personnage qui dit " Oh, je ne suis pas intéressé par ça ", ça va à l'encontre de tout ce que nous avions établi. Nous étions d'accord sur le fait que Faramir ne ferait pas ce que Boromir a fait et qu'il aurait finalement la force de dire " Non, allez votre chemin, je comprends ", nous voulions juste que ce soit un peu plus dur, qu'il y ait plus de tension que dans le livre. C'est de là que vient ce genre de décisions. La réalité est que Les Deux Tours est le plus léger des livres, je pense. Nous avons à peu près tous les éléments importants du livre dans le film, et ce que nous avons fait est d'étoffer et de rajouter quelques moments d'histoire qui n'étaient pas dans le livre. Par exemple, Frodon et Sam se disputent à un moment dans le film de manière à ce que vous voyez la difficulté de leur tâche déteindre sur eux. Ca n'était pas dans le livre, mais nous voulions développer un peu plus les personnages. <br>Philippa Boyens : C'est le livre sur lequel la plupart des gens ont trébuché, beaucoup ont abandonné la trilogie en lisant Les Deux Tours, je pense que Tolkien s'est un peu égaré, on y voit beaucoup de sa passion pour les grandes histoires épiques, les codes guerriers, et il y a de longs passages sur ce sujet. C'était son droit de le faire dans le livre, en tant qu'inventeur de l'histoire, mais ça ne rend rien dans un film. Surtout dans l'histoire d'Aragorn. <p>Est-ce que le succès du premier film vous a permis de prendre ces libertés plus facilement ? <br>Philippa Boyens : Je pense que le film commence à avoir sa propre identité. Peter dit toujours que ce n'est pas le livre, c'est Le Seigneur des Anneaux en tant que film. Vous ne pouvez pas filmer ça mot à mot, ça n'aurait jamais marché, les gens commencent à accepter ça, et ça a été intéressant pour nous de voir à quel point les gens se sont impliqués dans ce processus. Le public doit s'approprier le cinéma, on voit vraiment ça maintenant, j'ai senti cet investissement quand nous avons rencontré les fans qui sont venus voir le film à New York par exemple, ils ne sont plus seulement fans du livre, ils sont aussi fans du film, ils sont intéressés par les raisons des changements pas parce que " Vous n'aviez pas le droit de faire ça ! ", mais parce qu'ils s'investissent dans le processus global de création. Est-ce que vous voyez un aspect politique à ce film ? <br>Peter Jackson : Politique. Et bien, je ne sais pas vraiment en quoi la politique a quelque chose à voir avec ça. Il y avait certainement des thèmes que Tolkien trouvait très importants. Nous nous sommes fait la promesse au début du processus de ne pas introduire nos propres convictions politiques, nos propres messages ou nos propres thèmes dans ces films. Ce que nous avons tenté de faire est d'analyser ce qui était important pour Tolkien et d'honorer ça. Dans un sens nous avons essayé de faire ces films pour lui, pas pour nous. Tout ce qui est dedans y est parce que nous l'avons interprété comme quelque chose qu'il trouvait important. Il a écrit ces livres entre 1937 et 1949, sur une période de douze ans, une décade de grands tourments dans le monde. Ses thèmes sont nombreux et variés, vraiment. En tant que professeur, il était intéressé par toutes sortes de choses et a introduit toutes sortes de choses dans les livres. La haine des usines qui engloutissaient la campagne. Il y a beaucoup de choses sur la liberté et l'esclavage. Tolkien était très, très passionné par le droit des gens à vivre leur vie comme ils l'entendent et leur droit à vivre libre. Le thème des usines - ce n'est pas simplement sur la destruction des campagnes, ce n'est pas simplement un message écologiste - c'est plus sur le fait que les usines nous asservissent, qu'elles annihilent notre libre volonté. L'existence des usines vous asservit aux machines, vous arrivez à huit heures du matin et vous n'avez plus de liberté jusqu'à ce que sonnent dix-huit heures, une si grande proportion de votre vie est asservie aux machines. L'anneau parle de la perte de la liberté, la menace et le danger de l'anneau est que si vous le possédez, il va lentement annihiler votre capacité à penser par vous-même. Frodon fait ce qu'il fait, il part pour son voyage parce qu'il est terrifié à l'idée que son cher pays, la Comté, soit asservie. Vous pouvez appeler ces choses de la politique ou non, je n'en sais rien, mais il y a certainement des messages que Tolkien nous délivre. <br>Philippa Boyens : Il aurait détesté ça comme étiquette, je pense. Il était humaniste. Je pense que l'une des grandes leçons du Seigneur des Anneaux est que vous pouvez regarder toutes les ères de l'histoire humaine et trouver un grand mal. Ce qu'il dit c'est que c'est une universalité qui nous dépasse, le monde entier est menacé, la Terre du Milieu est menacée ; c'est pourquoi il dit : unissez-vous ou vous échouerez. C'est ce dont il parle. <br>Peter Jackson : Il avait aussi un grand pessimisme, ou plutôt, une grande mélancholie le concernant et concernant son manque de confiance dans l'humanité. C'est vraiment une partie de son message, il était alarmé et frustré par tous nos défauts, il a crée la race elfique comme sa vision d'êtres parfaits, ils sont sages, artistes, nobles, sensés. Ils sont pleins de bon sens, si vous voulez décrire les Elfes d'une autre manière (rire). Ils incarnent le bon sens. Le monde allait bien aussi longtemps qu'il était géré par les Elfes, mais bien sûr, le Seigneur des Anneaux parle d'une époque où les Elfes s'en vont. Et qui va prendre leur suite ? Et bien, ça va être les hommes, et les hommes se querellent, ils se tuent les uns les autres, ils sont attachés à leurs possessions territoriales, ils sont mesquins, avides. Le livre est une sorte de réfléxion triste sur le fait que ce qui était avant grand, pur et noble va tomber entre les mains de ces gens appelés les " hommes " ou " l'humanité ". Et je pense que Tolkien avait raison, je pense que tout ce que nous faisons aujourd'hui, hier ou demain prouve que Tolkien avait complètement raison. Les Elfes devraient revenir et reprendre le contrôle ! Alors le monde serait un endroit meilleur. <p><br>
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