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Le Tournage - Edito n°14 - Vos réponses
#10
Merci pour cet excellent article, développé avec finesse, clarté, a-propos (et élégance stylistique). L’analyse de la construction du film et de son fil conducteur m’est apparue très juste (ou en tout cas, formule de manière limpide le sentiment que, pour ma part, j’en avais. J’y souscrit donc entièrement !)<p>… et j’en profite pour mettre mon petit grain de sel.<p>Indépendamment des remarques déjà longuement répétées au sujet des ajouts et modifications au récit de Tolkien, de la lourdeur et de la place d’humour qui casse la trame tragique ou des altérations des personnages de Théoden et surtout de Faramir ;-( je voulais noter un point qui, me semble-t-il n’a pas été souvent mentionné, mais qui m’a personnellement attristé au même titre que ces habituelles critiques :<p>Il me manque beaucoup, ce moment où Sam ne s’aperçoit pas du changement qui s’opère en Gollum et, en le rabrouant, réduit à néant l’effet de la compassion dont Frodo fait preuve à son égard. Tolkien lui-même considérait ce passage comme l’un des plus tragiques du récit (Cf Letter 246 : « For me perhaps the most tragic moment in the Tale, comes in II 323 ff. when Sam fails to note the complete change in Gollum’s tone and aspect »)<p>Je « prie avec ferveur » ;-) pour que le dernier opus cinématographique rende enfin justice au caractère de Frodo.<p>- Ce n’est pas l’apparente « trahison » à laquelle Faramir contraint Frodo, qui précipite définitivement Gollum du côté obscur. Mais bien la tragique incompréhension de Sam (non, non, Sam n’est pas parfait non plus). Ce qui montrait bien la distance entre les perceptions de Sam et de Frodo.<p>- Frodo est bien-sûr miné et altéré parle pouvoir de l’Anneau, mais il lui résiste, avec une volonté et un courage sans égal, et avec succès. Cette constatation évidente est-elle si difficile à montrer ? Pourtant Tolkien l’avait bien fait un quelques lignes simples et claires. L’épisode où les armées du Mordor s’en vont en guerre sous la direction du Roi Sorcier décrivent de manière si poignante, la formidable tension de cet instant, la fragilité de la Quête, et surtout, ce qui se passe alors dans l’esprit de Frodo, résistant à l’Anneau et décidant irréversiblement de poursuivre, malgré sa souffrance, son épuisement et son désespoir. Au vu des « Deux Tours », il me semble clair que ce passage ne figurera pas au 3e film, la plupart des éléments ayant été détricotés et inclus dans d’autres scènes. (Enfin, je peux me tromper… on peut rêver !). Pourquoi donc les 2 films sortis nous montrent-ils sans cesse Frodo succombant à l’Anneau et Sam venant à la rescousse…<p>- D’accord avec toi, Semprini, pour dire que le passage où Frodo caresse l’Anneau dans les Marais des Morts fait clairement ressortir sa dualité avec Gollum. Mais, en n’en montrant que ça, en sous-entendant que la compassion de Frodo à l’égard de Gollum n’est motivée que par le besoin de Frodo de croire qu’il peut lui-même s’en sortir (ça même si le bref dialogue entre Sam et Frodo à ce sujet est particulièrement touchant), PJ dénature le caractère de Frodo et lui retire une grande partie de sa sagesse, de son altruisme et de sa spiritualité. (Tiens, c’est aussi c’est aspect qui est « sucré » chez Faramir…)<p>- D’ailleurs, Frodo ne subit pas son destin, il l’assume volontairement et, à ce moment du récit, tout espoir évanoui pour lui-même voire pour la réussite de sa mission, il fait consciemment le sacrifice de sa propre vie pour la Quête. <br>Ceci dit indépendamment du jeu d’acteur d’E. Wood, qui, de mon point de vue, défend fort bien le personnage, dans sa vision imposée)<p>Ainsi, de mon point de vue personnel, la prédominance de l’action sur la profondeur, la rupture de la tension tragique, l’altération et la simplification des caractères de Faramir mais aussi de Frodo (et dans une moindre mesure de Sam) ainsi que la redondance dans ce qui en est montré, sont autant de point de déception.<p>Ces aspects me paraissent d’autant plus tristes que, d’une manière générale, j’ai trouvé la plupart des acteurs « collant » parfaitement au rôle qui leur était donné, décors et costumes époustouflants, effets spéciaux toujours utiles à la trame narrative choisie et d’une manière générale, fort bien fondus au décor naturel (PJ doit beaucoup aimer son pays pour le mettre en valeur de la sorte), certaines photos d’une beauté formelle sidérante…<p>Mais, <soupir> où se trouve la formidable profondeur du récit de Tolkien et des personnages qui y évoluent ? dommage, dommage, dommage…<p><br>Ylem - qui ne se manifeste guère mais promène toujours avec grand plaisir, son appétit de lecture entre les lignes de ce forum.<br>
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