16-01-2003, 14:08
Un fois encore, je suis impressionné par la précision avec laquelle, Semprini, tu décris les lacunes des Deux Tours. En sortant du film, j’avais la même impression que toi, mais sans réussir à la formuler vraiment. Et je te rejoins parfaitement en affirmant que la scène de l’envol de la bannière et celle du recueillement sur la tombe de Théodred sont les plus belles du film. Pourquoi ? Parce que Jackson s’y laisse aller à une certaine confiance dans la force évocatrice de l’abstraction (ces scènes n’ont aucune « réponse » narrative, échappant à la logique « équilibriste » de P..J) et dans la beauté purement « graphique » d’images dont le but n’est pour une fois ni d’impressionner, ni de secouer, ni de déclencher un déversement lacrymal de rire (les scènes avec gimli) ou de peine (la mort d’Arargorn), ce que P.J sait faire, d’habitude avec la subtilité d’un metteur en scène de comédie musicale à succès- a quand, d’ailleurs la version scénique et chantée du roman de Tolkien ? <br>J’ajouterais à ces deux scènes deux autres, qui m’ont également transporté : celle ou Gollum se rémémore son ancien nom, que Frodon vient de prononcer. Je trouve que Jackson parvient à éviter totalement à ce moment le piège de l’idée « symbolique », donnant l’impression de n’enregistrer qu’un moment profondément humain ( !) et finalement assez mystérieux. A ce moment, j’ai ressenti toute la complexité des sentiments qui traversent Gollum, de la tristesse mélée d’émerveillement au contact de l’humanité du Hobbit, et de la sienne, sur laquelle Frodon lève un instant le voile posé par le pouvoir de l’anneau.<br>Et plus loin, pendant les préparatifs au gouffre de Helm, un plan très simple, mais absolument bouleversant dans sa force synthétique : deux mans d’adulte posent un casque de soldat trop grand sur la tête d’un garçonnet. Je trouve que cette image raconte bien mieux que les plans de grue tournicotants autour des milliers de figurants numériques toute l’horreur de la guerre que prépare Sauron.<p>Je voudrais terminer par un reproche qui a été très peu fait à Jackson, et qui à mes yeux rends les Deux Tours un peu plus bête, sinon méchant. Je veux parler de la « conception graphique » des Hommes du Sud, ralliés à Sauron et qui bien sûr amalgament les caractéristiques orientales et moyen-orientales : turbans, longues tuniques, peaux basanées, yeux cernés de Khôl…c’était prévisible, par opposition au bon monde celtique de forces du bien et de nos héros, et on m’opposera que les Elfes eux aussi ont été conçus sous influences japonisantes…Peut-être, mais malgré l’hallucinant travail de recherche effectué pour créer l’identité visuelle du monde de Tolkien, j’aurais apprécié que Jackson se dégage des images d’épinal celtico-rances. On cite bien peu souvent le travail de Phillippe Munch, qui a illustré l’édition Folio Junior du Seigneur des anneaux, mais je le trouve très original et interessant…On y voit notamment un « château d’Or » surmonté de bulbes rappelant les églises orthodoxes…<br>Et dans le même ordre d’idées, le traitement que Jackson fait subir aux orques, impossibles à considérer autrement que comme des super-zombies d’héroïc-fantasy est vraiment caricatural. Impossible de coire que ces créatures possèdent une civilisation, des maisons, des femmes et des enfants, malgré tous les efforts des concepteurs visuels…<p>J’ai bien apprécié, aussi, Semprini, ton effroi devant les choix de montage de Peter Jackson, au vu de la version longue de la Communauté de l’Anneau.<br>Tu verras, dans les Deux Tours, on découvrira que P.J à coupé le monologue de Faramir sur l’ennemi tombé à ses pieds au profit des galipettes de Sam devant la Porte Noire…<p>Pierre Brrr.<br>

