17-01-2003, 23:50
Réflexion sur le box-office, la qualité et les "recettes du succès" .<p>J'ai réalisé, notamment après lecture de l'édito, qu'une des réponses classiques aux récriminations contre tel ou tel choix de PJ, c'est "tu comprends, il n'aurait pas attiré tant de public sinon". ça finit par m'inspirer ces quelques réflexions: <br>- d'abord, cette remarque sous-entend que le public est une entité sotte, préférant un midinet blondinet filiforme faisant du surf en tirant plus vite que son ombre à une construction scénaristique sans faille. <br>- ensuite, cela sous-entend que PJ est un vil commercial, sacrifiant son art à la gloire "facile". <br>Je ne souscris à aucune de ces deux opinions dans cette forme caricaturée, mais partiellement, oui. Par rapport à la durée éventuelle du film, l'argumentation la plus simple est : PJ n'aurait pas pu faire 3h30 pour cause d'impératifs économiques, cela fait sauter une séance, et pour ne pas décourager un public pas prêt à rester 3h30 dans une salle de cinoche, ce qui impliquerait de perdre encore plus de public qu'à cause de ladite séance en moins. <br>Tout cela me semble une logique discutable. Je suis tout à fait d'accord que les investissements de départ étaient tels que PJ n'avait guère le droit de se planter. Cependant, il me semble que cela ne justifie pas de faire des choix basiques, comme l'équilibre action/pause qu'il justifie dans des interviews ou l'introduction de ce fameux "élément comique" sur lequel on a tant débattu. Le SDA avait pour lui un public "donné d'office" à cause du background que représente le livre, d'une part; d'autre part, PJ a suffisamment de talent et l'histoire est suffisamment fascinante pour attirer un public "neuf". Le succès de la Communauté permettait également à PJ d'être plus exigeant pour les Deux Tours. Peut-être aurait-il perdu quelques millions de spectateurs : cela n'aurait pas rendu son entreprise déficitaire. <br>De plus, je signale que le n° 1 des recettes mondiales est l'indétrônable Titanic, abondamment décrié par certains ici, mais c'est un autre problème. Je n'ai pas outre mesure aimé le film, pour ma part, mais James Cameron a eu à l'époque le culot de faire un film de 3h20 avec des acteurs principaux tout juste connus et un scénario connu d'avance : son film est cohérent et dire qu'il cède aux sirènes commerciales me paraît absurde à cause des trois éléments évoqués. Donc, on peut faire le plus gros succès de l'histoire du cinéma en prenant des risques (dire que le film-catastrophe était un succès garanti est une absurdité aussi, nombreux sont les échecs commerciaux de ce type). <br>Tout ceci pour dire que justifier certains choix douteux de PJ par l'argument économique ou du box-office est dommage : on a tous aimé des dizaines de films qui n'ont pas été des succès mondiaux. Quand on voit la liste des 20 plus gros succès, la qualité intrinsèque ne semble pas l'argument principal : Independence Day ou Armageddon, par exemple... En revanche, on trouve aussi ET ou Forrest Gump : il faut donc clairement cesser de considérer les "recettes indispensables" comme argument de défense des films de PJ. <br>Je préférerais pour ma part un moindre succès public si la qualité y gagne, mais surtout je crois que le succès n'aurait pas été moindre en proportion réellement importante (je fais des plans sur la comète, là ). En gros, dans les gens qui ont aimé le film, personne n'en garde Legolas surfant sur les escaliers, par exemple. la scène n'aurait pas manqué à grand monde et ce n'est pas elle qui attire le public. Exemple parmi d'autres, évidemment. <br>On ne saura jamais comment PJ aurait pu faire autrement, mais ça n'empêche pas de trouver un certain gâchis dans son travail (dont je rappelle que je l'aime beaucoup quand même). <p>pour la durée des deux films de PH: 2h48 pour FOTR, 2h58 pour TTT, si ma mémoire est bonne. <p>

