02-10-2005, 18:31
mmh, je n'avais pas réfléchi à l'option animation pour le Silmarillion. Pourtant j'y avais pensé pour le Seigneur des Anneaux, caressant même le rêve que quelqu'un de la trempe de Miyazaki (voir lui-même, na) s'en charge. Après tout il a déjà pas mal d'adaptations à son actif. <p>Mais le Silmarillion, c'est quand même un gros morceau, non? A vrai dire, concernant Tolkien, je trouve presque plus judicieux de l'évoquer que de l'adapter, à savoir d'essayer de manifester la Faërie aux récepteurs (il me semble que c'est bien de cela qu'il s'agit). Je ne suis pas sûre que raconter à nouveau l'histoire en image soit la meilleure solution, parce que le piège est de prendre le récit au pied de la lettre, alors que Tolkien s'attachait surtout à l'esprit, et plus encore à l'Esprit (voir saint Paul : la lettre tue, l'esprit vivifie). <p>Qu'il s'agisse d'adaptation ou d'art portant sur un sujet 'tolkienien' je crois qu'il est impératif d'avoir à l'esprit le commentaire de Tolkien sur les illustrations de Pauline Baynes : "c'est un thème en contrepoint!" Hors, un thème en contrepoint n'est pas une reprise littérale du thème principal, ni un décalque, mais une remodulation propre, en harmonie avec la mélodie initiale, la complétant et l'enrichissant en général d'un autre regard, ce qui implique de capter l'idée (ou l'esprit) de la mélodie plutôt que la note simple. <p>C'est le reproche que je fais aux illustrateurs 'officiels' Lee, Nasmith, Howe, qui appliquent dans leur dessin la lettre du texte alors qu'il faut en capter l'essence profondément faërique. Pour soutenir cet argument, je constate que Tolkien lui-même dans ses illustrations s'accordait volontiers des licences par rapport à ses propres textes. Cependant, en dehors des illustrations de Pauline Baynes, justement, je n'ai vu aucun dessin qui parlent aussi bien du Royaume Périlleux. <br>Tout cela pour dire (pardonnez la longueur, pour une fois que j'ai un peu de temps) que je ne suis pas sûre qu'il faille adapter à tout prix, ni même qu'il faille illustrer Tolkien. A mon avis (mais ce n'est que mon avis) il faudrait l'enluminer, au sens premier de le mettre en lumière, comme on éclaire un joyau sous différents angles, et comme on révèle par une clarté différente, différents aspects contenus intrinsèquement dans une même chose. <p>Je fais là un petit parallèle avec les vitraux d'église : ils sont colorés non tant pour eux-mêmes que pour les variations de lumière qu'ils donnent au choeur et dans la nef : une lumière différente donne une impression différente. De même, les illustrations (ou les enluminures) sont les fenêtres colorées du récit. Non seulement cela concerne l'appareillage propre au livre en tant qu'objet mais aussi l'ensemble des oeuvres graphiques existantes s'y rapportant (pour Tolkien, les manuscrits, les calligraphies, les blasons etc...) ce qui englobe ce qu'on appelle adaptation. Question : avant de s'attaquer à l'expression de l'oeuvre la plus délicate puisuq'elle nécessite une compréhension plénière du texte, ne vaut-il pas mieux faire jouer la lumière à différents endroits, de manière justement à mieux saisir la densité de l'écriture? <p>Le Silmarillion, comme il a été dit, a beaucoup de matière. Il me semble que quand on commence à préparer une symphonie, on l'étudie pas à pas, thème par thème (sans perdre l'ensemble bien sûr).

