21-05-2003, 23:53
Sosryko :<p><i>Comme elles sont fragiles, les défenses que la fiction écrite oppose à ces images substituées qui la violent – et combien leur résistance, pour s’organiser, a besoin, d’abord, très largement, de céder du terrain ! Les droits de l’image cinématographique, par rapport au texte littéraire, sont à peu près ceux que la présence « qui ne laisse jamais proscrire ses droits immenses » exerce dans la vie aux dépens des irréels à la fois flous et tenaces que sont l’anticipation, le regret et le souvenir.</i><p>Je ne peux pas croire qu’on puisse s’attarder sur cette citation pessimiste de Julien Gracq .Pouvons-nous vraiment abonder dans son sens et admettre l’idée qu’un film peut absorber aussi durablement notre propre perception d’une œuvre littéraire ? et à fortiori s’il s’agit d’un film médiocre !<br>Devons nous vraiment attendre que « le peuple des mots viennent ronger et digérer les images péremptoires et périssables qui l’offusquaient ? »<br>Serions nous à ce point vulnérables , influençables? Serions nous à ce point passifs?<br>Restons plus confiants dans notre sens de l’esthétique et en notre esprit critique.<p>Même si l’espace d’une séance de cinéma nous laissons complaisamment notre imaginaire s’effacer devant le pouvoir des images, notre esprit vigilent ne réagira-t-il pas au même moment où les lumières viendront à nouveau éclairer la salle obscure pour chasser les images dérangeantes?<p>Un sentiment d’insatisfaction souvent légitime, je te l’accorde ne te poussera-t-il pas au plus vite vers ton ouvrage préféré pour de te délecter de sa prose ou de sa spiritualité et balayer l’image indésirable ? Si tu as l’esprit plus ludique ne feras –tu pas un jeu de la recherche des anachronismes .<p>Cela suppose évidemment une parfaite connaissance de l’œuvre et une adhésion totale !<br>La démarche sera peut-être plus complexe, si la lecture intervient en second lieu ; mais ce n’est pas le propos.<p>J’ignore si à l’époque où Julien Gracq visualisait la Chartreuse de Parme et le Rouge et le noir, il était suffisamment imprégné de l’esprit stendhalien mais je peux cependant parier sur sa jeunesse d’alors et sur une certaine vulnérabilité,. Ce qui me paraît dommage et attristant c’est qu’il ait cru judicieux d’utiliser ce lointain souvenir pour illustrer sa pensée. N’a-t-il pas trouvé plus récent pour sa démonstration ?(1) les adaptations n’ont pas manqué depuis . Faut-il croire qu’il n’a jamais failli à son mépris des adaptations cinématographiques ? Que sa seule curiosité ne l’a jamais plus poussé à franchir la porte d’une salle de cinéma pour juger ce qu’avait pu faire d’une œuvre sacrée, un réalisateur téméraire ?<br>Peut-être ! Mais peut-on dans ce cas attribuer à son jugement une grande valeur . La future expérience littéraire qu’il devait acquérir par la suite ne pouvait que le garantir contre des substitutions intempestives et son manque de curiosité ne s’apparente-t-elle pas à de tristes préjugés .<br>D’autres mobiles moins louables peuvent aussi expliquer son choix de même qu’un certain snobisme peut ne pas être étranger à son jugement.<p>On peut par contre s’interroger sur des images, des impressions qui effectivement perdureraient . Ne trahiraient-elles pas d’obscures préférences ? Et en quoi serait-ce condamnable ? Si Fabrice Del Dongo et Julien Sorel s’accommodent dans notre esprit du visage de Gérard Philippe sans pour autant troubler notre entendement du récit pourquoi devrions nous bannir cette image ? Ne devons-nous pas lutter contre toute forme d’idolâtrie ? et ne point supporter la moindre altération si bénigne soit-elle, n’est- ce pas faire preuve d’idolâtrie ?<br>Mj<p>(1) nous sommes peut-être en présence d’un ancien texte ?<p><br>

