25-06-2003, 11:23
Edoras>>>"Il me semble que dire que PJ s'est trop focalisé sur les détails ou le réalisme et aurait mieux fait de se concentrer sur le tournage ou le scénario n'a pas de sens. Parce que le scénario est écrit bien avant de tourner, dans une phase de tournage de préproduction où ni les costumes ni les accessoires ni les décors n'ont été réalisés. Et parce que la création des costumes et accessoires fait en général partie intégrante dela préproduction. Les costumes et accessoires sont déjà prêt bien avant le premier coup de manivelle."<p>Si je puis me permettre de répondre avant qu'Alfonso ne le fasse. :)<p>Edoras, je ne vois pas où tu veux en venir ici. La question pertinente n'est pas de savoir quand a été écrit le scénario où créés les costumes (en l'occurence le scénario a évolué jusqu'au dernier jour du tournage, comme souvent au cinéma, mais aussi du montage puisque c'est ce dernier qui détermine la narration finale du film). La vrai question qui se pose procède de la constatation qu'un soin particulier a été apporté aux détails, alors que c'est moins vrai du traitement de certains thèmes tolkieniens. Ce n'est donc pas le souci du détail en lui-même qui est criticable. Mais on peut simplement constater que ce souci est insuffisant, parce que le détail exact n'est pas gage de fidélité et surtout, ce qui est essentiel car on devrait pouvoir appréhender et aimer le film sans devoir se référer au livre, ne suffit pas à créer le sentiment d'un ensemble cohérent et clair. Je te renvoie sur ce point à mon édito Du détail et de l'Ensemble, dont Alfonso a aimablement donné le lien. <p>>>>Le choix de PJ ici n'est pas de dénaturer les Ents, mais de redynamiser le film afin de ne pas perdre la tension installé durant le siège de fort le cor. Tout ça à cause des différences entre rythme litéraire et rythme filmique...<p>Il existe bien un rythme propre à la littérature et un livre propre au cinéma, mais la conclusion que tu en tires me semble inexacte. S'il est vrai que du fait de l'entrelacement filmique qu'il a choisi à juste titre, PJ a dû "dynamiser" comme tu l'as dit, les passages avec les Ents, montés en parallèle avec la bataille du Gouffre de Helm, il n'en demeure pas moins que les Ents du film sont bien creux à côté de ceux du livre. PJ devait faire un choix: supprimer les Ents, et porter par là un dur coup au thème tolkienien de la Nature contre la Machine, ou leur donner plus de temps. Il a préféré rester au milieu du gué, en conservant certes la ligne narrative des Ents mais les ridiculisant en faisant de la marche des Ents une décision soudaine relevant du rebondissement censé dynamiser le film. Il aurait du, je crois, placer la marche des Ents après Helm et non pendant, mais le choix était difficile et je n'ai personnellement qu'un reproche à lui faire ici: avoir remplacé la décision mûrement réfléchi de Sylvebarbe par cette scène ridicule où le vieil Ent découvre soudain le déboisage de Saroumane et rameute les autres Ents en l'espace de 5 secondes. Un dernier point sur cette histoire de lenteur: Il est faux de croire que le sentiment de la lenteur vient du rythme d'une scène. Ce sentiment ne vient de l'inadéquation entre cette scène et le reste du film. Les grands films de Tarkovski et de Mizoguchi sont très lents dans leur ensemble. Mais le spectateur ne ressent aucun sentiment de lenteur parce que les réalisateurs parviennent à créer une temporalité propre à leur film où la notion de rythme n'a pas de sens. Bref, les scènes avec les Ents n'apparaissent lentes que parce que ratées, mises en parallèle avec le rythme imprimé au film dans ses autres parties narratives.<p>Pour terminer, je voudrais revenir sur le crédit que l'on doit porter à Peter Jackson. Tu as dit plus haut que je n'ai retenu tantôt que certaines "informations" qui vont dans le sens de ma critique des Deux Tours. Je ferai deux commentaires. Premièrement, j'ai donné à PJ tout le crédit qui lui est dû au gré de mes divers édito, et en particulier dans l'édito 6, Adaptation, et dans l'édito 10, critique de la Communauté de l'Anneau, où je souligne les difficultés qu'il y a à adapter le Seigneur des Anneaux. Merci de t'y reporter. Mieux, je t'invite à lire l'intégralité des éditos pour savoir de quoi je parle. :) Deuxièmement, on ne peut éternellement rappeler les circonstances atténuantes de la réalisation d'un film. Le rôle d'une critique est de reflèter le sentiment du spectateur avec le plus de sincérité possible en s'efforçant de comprendre ce qui a suscité ce sentiment, ce qui a engendré l'insatisfaction ressentie. Je n'ai pas eu autant de plaisir que je l'aurais souhaité en regardant les films de PJ, certains passages, traits comiques, montages saccadés, m'ont sorti du film. Je suis bien obligé de le dire. <p>A propos, il est essentiel de comprendre que ceci n'est pas un débat entre puristes tolkieniens et amateurs de cinéma. On est beaucoup plus proche ici d'un débat entre cinéma classique et cinéma grand public moderne, sans y être tout à fait non plus puisque le montage et les mouvements de caméra gratuits de PJ, c'est-à-dire ne créant pas du sens, sont parfois objectivement criticables (Les Deux Tours sont un vrai progrès de ce point de vue là ceci dit; ce qui en fait un meilleur film que le premier). Bref, je connais sans doute mieux le cinéma que Tolkien, et les gens de mon entourage qui n'ont pas aimé les films de PJ sont des gens qui ne connaissent pas Tolkien et n'y ont vu qu'une grosse production américaine pleine de rebondissements par trop explicites.

