16-12-2003, 04:25
<font color=blue><u><I>Compte Rendu de la soirée précédent la séance:</i></u></font><br><br><br><br><p>Cette journée qui s’annonçait magnifique débuta donc par la visite de l’exposition de Messieurs Howe et Lee à la Bibliothèque Nationale de France.<br>J’avais rendez-vous avec un de mes amis spécialiste en création de dragons (et autres machines infernales) pour aller rencontrer les illustrateurs en questions.<br><br><br>A peine fûmes-nous entrés dans les sous-sols des tours de la connaissance (côté soleil levant), que j’entraperçus John Howe qui déambulait placidement le hall, tel le pèlerin gris. La conférence se déroula à merveille et Howe et Lee eurent la patience et l’amabilité de répondre aux hordes de questions qui les assaillaient de toutes part. <br><br>L’exposition est quant à elle vraiment superbe, pour une fois qu’il y a ce genre d’évènements dédiés à Tolkien, je ne peux assez vous recommander de vous y rendre sans tarder.<br><br>Je ferai un compte-rendu ce cette conférence un peu plus tard.<br>Pour l’heure je m’attacherai à décrire un début de soirée plus que mouvementé.<br>En effet, le soir tombé (et après une périlleuse mais infructueuse expédition pour tenter de récupérer mon palantir magique qui, merveille de la technologie mordorienne, capture désormais le mouvement ), je me rend à nouveau à la BNF (côté soleil couchant, cette fois) et attend patiemment le discours d’ouverture sensé précédé le vernissage de l’expo.<br><br>Comme pour toute avant-première, l’ambiance est ultra guindée et la moyenne d’âge, à ma grande surprise, plutôt jeune, quand je pense au mal que j’ai eu à avoir ma place, je me demande comment cette pelletée de minets (et minettes) de moins de dix huit a pu obtenir les leurs, et mon naturel sarcastique me fait vite pencher vers l’hypothèse de fils de stars, PDGs ou autres privilégiés de notre belle société. Mais je ne saurais sauter aux conclusions hâtives, les apparences sont souvent trompeuses et en ayant été moi-même bien souvent victime, il serait fort inconvenant d’en devenir le bourreau (quoique… ;)).<br><br>Bref, je m’égare, le public attendait donc bien sagement la présentation de l’expo et du film par un « invité surprise » (avec des bouclettes et des shorts ?? ), quand soudain, des bruits de pas résonnèrent bruyamment sur ma droite, et des exclamations étonnées s’élevèrent derrière l’estrade, l’espace d’un instant, je crus naïvement qu’il s’agissait peut-être d’une sorte de mise en scène (une troupe d’orcs envahissant la scène ??), mais je réalisais bien vite que quelque chose d’anormal se produisait.<br><br> Et en effet, des jeunes minets et minettes (un peu comme ceux qui étaient venus voir le film, mais en plus bruyants) , intermittents de leur état, défilèrent au milieu des costumes de galas très choqués et outrés qu’on viennent ainsi leur gâcher le spectacle (et on les comprend, c’est vrai qu’être privé des mollets gracieux de Monsieur Jackson soulève une frustration difficilement soutenable).<br><br>Les intermittents donc, revendiquèrent avec force véhémence leurs doléances dans une atmosphère des plus surréalistes, admonestant au passage un des « très important » personnages conviés à la soirée (ministre ? sous-ministre ??? Faut m’excuser je n’ai pas la télé) qui continue à parler à ses sbires avec un vrai sourire coincé du type qui sait pas trop quoi faire et qui donc fait comme si de rien était, ce qui bien sûr n’est pas une stratégie des plus fines pour apaiser de jeunes contestataires déchaînés (le pauvre avait du rater son jet de diplomatie niveau 1, ça arrive, même aux meilleurs).<br><br><br>Sans vouloir épiloguer plus longuement ou rentrer dans un débat politique que je ne saurais maîtriser, étant assez peu verser en la matière, et si tant est qu’on puisse se déclarer docte d’une science aussi confuse (un peu comme l’économie, quoi), je regrette que nos revendicateurs acharnés aient fait des amalgames entre la vocation de la BNF, avant tout culturelle, qui via l’exposition introduit un auteur anglais dans son panthéon, avec les sponsors présents lors de la soirée et le sillage mondialo-commercialo-américain (vous savez, le grand ennemi, quoi).<br><br>Hélas, la triste réalité des choses veut que l’état français, qui comme chacun le sait est fort endetté, ne peut pourvoir aux besoins financiers de ses piliers culturels qui se trouvent contraints et forcés de chercher les subventions où elles se trouvent, c’est à dire, pas dans le derrière d’une vache, mais chez le grand Ennemi, partenaire célèbre de la culture unique, sic !<br><br>Après une tentative de dialogue avec le président de la BnF, malheureusement hué et sifflé par les intermittent qui en appelaient à la discussion cinq minutes auparavant , les choses commencèrent à mal tourner quand on leur pria de bien vouloir se retirer, et, ces derniers forcèrent le mince barrage de l’exposition pour s’engouffrer dans le couloir de la galerie parsemée des illustrations.<br><br>Heureusement, il n’y eut pas de casse, la colère fut plus ou moins contenue, et les convives furent invités à admirer les œuvres après le passage fracassant des manifestants, tout en dégustant des petits fours, une coupe de champagne à la main et après une introduction inopinée. Surréaliste, je vous disais !<br><br><br>Quant aux intermittent, ils finirent la soirée à savourer les entremets au saumon confectionnés pour l’occasion, et quant aux « guest stars » tant attendus, il va sans dire qu’ils étaient repartis bien vite dans leurs hôtels de luxe (World Company tm), dès les premières échauffourées , sans avoir, paraît-il, manqué de saluer aimablement quelques fans chanceux qui se trouvaient « fortuitement » près d’eux (c’est à dire à l’endroit diamétralement opposé où les invités avaient été conviés à se rendre), ce qui n’est pas sans dénoté d’une bonne dose de courage et d’abnégation !<br><br><br><br><br><br><br><p><p><font color=red><u><font size=3>Critique du Retour du Roi (sans révélations)</font></u></font><br><br><br><p>Bien, passons aux choses sérieuses.<br><br>Il est assez malaisé de critiquer un film sans pouvoir s’appuyer sur les éléments précis qui le composent, j’essaierai toutefois de donner un court avis préalable, sans révélations, afin de ne pas gâcher la vision de ceux qui désirent voir le film sans en connaître les détails.<br><br>Pour commencer, je me porte à faux de toute cette vague de critiques qui supputent au RdR (Jackson-tm) des qualités tout à fait exceptionnelles et encore plus grandioses que les deux volets précédents. De manière générale, ceux qui ont été déçu jusqu’à présent continueront de l’être, et ceux qui ont été emballés, ne démordront toujours pas des « prouesses jacksonniennes » que j’ai, il semblerait, du mal à apprécier à leurs justes valeurs.<br><br>Pas de changements notables donc, tant en ce qui concerne le déroulement de l’action, le jeu des personnages, le découpage saccadé des scènes et l’intrusion intempestive d’éléments aussi lourds que stéréotypés, que je qualifierai quasiment de style. (vous savez, cette sorte de « touche » qu’on retrouve notamment lors de la fameuse scène de l’exorcisme de Theoden).<br><br>Bien sûr, esthétiquement, rien à redire, grâce aux travaux conjoints de Howe et Lee, l’univers visuel est la pluspart du temps impeccable, à part ces luminosités vertes et bleues fluo dont Jackson semblent raffoler et qui sont pas forcément du meilleur goût, il est par exemple intéressant de comparer la Minas Morgul du film qui rayonne d’un vert phosphorescent assez kitsch, avec l’illustration de J.Howe qui a servi de support et qui est beaucoup plus sobre, mariant les tons bleu-violacés de la roche environnante avec les tours blanches saupoudrées d’un noir ensanglanté de la citadelle de la lune, lui conférant par la même un aspect beacoup plus malsain.<br><br>Bref, un visuel impeccable, à quelques défauts prêts et qui constitu définitivement l’intérêt essentiel, pour ne pas dire unique (en ce qui me concerne) du film, c’est à dire la possibilité de voyager en trois dimensions à travers des scènes ou des paysages bien connus de notre imagination. L’arrivée des aigles à Orodruin, par exemple, est la réalisation vivante de l’illustration de J.Howe.<br><br>Hélas, je ne puis me contenter de voir un joli film, et comme dirait Cyrano « c’est un peu court, jeune homme » ! Car question profondeur, le film ne fait malheureusement qu’effleurer les thèmes que suscitent naturellement cette histoire, et si l’esprit spectaculaire et épique du récit a été plus ou moins justement conservé, je crois que Monsieur Jackson est totalement passé à côté de la profondeur des thèmes abordés, et de la symbolique de certaines scènes ou personnages clefs, et si il mentionne l’attraction face à la mort ou au pouvoir ce n’est que pour en garder les aspects spectaculaires au bénéfice d’une réflexion un peu plus poussée.<br><br>De grâce, épargnez moi les remarques du genre « ouiiii maiiiis le film il pouvait pas durer 24h non plus, fallaiit faiiire des coupes c’est une a-d-a-p-t-a-t-i-i-i-i-i-o-n !!!! », car je suis présentement entrain de mentionner l’esprit du film dans sa globalité, et non de tels ou tels points en particuliers qui sont fidèles ou non ; « l’infidélité » ne me gêne pas plus que cela quand elle est juste et les coupures ne sont pas ce qui m’agacent le plus, même certaines scènes « fidèles » textuellement, tombent plat, car manquant définitivement de lyrisme et de féerie.<br> <br>Bref, je pense qu’il est légitime de comparer les deux récits, car après tout, le film se nomme bien « le seigneur des anneaux » c’est donc bien du « seigneur des anneaux » qu’il s’agit et non d’une vague épopée qui se serait inspirée du livre. Ainsi, même si le changement de média peut éventuellement expliquer un minimum le décalage film-livre, (quoique l’argument soit assez difficilement recevable étant donné les prouesses techniques actuelles qui permettent, si on en a les moyens de montrer tout et son contraire à l’écran) ; il n’explique néanmoins pas l’énorme disparité de niveau spirituel. <br><br>Malheureusement, et c’est là la principale tare du film, une personne qui découvrirait la légende à travers le film seulement, serait en droit de constater qu’il s’agit d’une saga épique assez peu originale, avec ses scènes d’actions obligées, ses héros typiques et son dénouement sans surprises, bref, une jolie fable assez simpliste, fondamentalement plaisante, mais pas franchement transcendante.<br><br>Alors, certes on me rétorquera non sans mal, que faire passer des messages un peu subtils au cinéma, c’est plus difficile, bien sûr, mais aux vues de certaines scènes franchement réussies par Jackson, je regrette amèrement qu’il n’ait pas plus souvent suivi cette voix plutôt que de se complaire dans la facilité d’une trame narrative essentiellement manichéenne en accentuant grossièrement les traits des personnages, des émotions, plutôt que de les suggérer adroitement.<br><br>L’ art et la manière de la suggestion, ne sont a priori pas du ressort de ce cinéaste, ce qui, pour une légende comme le SdA, est fort dommageable. <br><br>Sinon, question technique pure, la version courte du retour du roi est saccadée comme ses prédécesseurs, et certaines scènes sont franchement ratées, comme Eowyn contre le nazgul, qui avait pourtant bien démarrer, mais qui finalement tombe à plat, par manque d’épisme, tout simplement, même chose pour pas mal de scènes d’actions que je vous laisse le soin de découvrir; les comabts sont toujours autant noyés dans un flou artistique qui en agacera plus d'un.<br><br><p>Pour conclure le SdA de jackson est certes un beau film, mais je ne saurai le qualifier de bon pour autant, étant donné les lacunes émotionnelles et abstraites qu’il comporte.<br><br>Pour les lacunes émotionnelles, elles viennent, me concernant, du fait que je n’apprécie guère le jeu des acteurs des principaux rôles comme Fodo, Aragorn, Gandalf ou Legolas, (Sam mis à part), et également du fait que j’ai en horreur les scènes dramatiques volontairement exagérées pour faire pleurer dans les chaumières et qui annihilent totalement en moi les émotions que la justesse d’une tragédie pourrait susciter, mais là encore cela dépend de la sensibilité de tout un chacun, la douleur ou la joie sont plus poignantes quant elles sont pudiques, j’ai toujours trouvé l’étalage des sentiments d’un mauvais goût certain, et on peut dire que j’ai été servi avec ce troisième opus, sic !<br><br><br><br><p><p><font color=red><u><i><font size=4>Suite de la critique avec révélations, (attention, vous êtes prévenus, ne lisez pas si vous ne voulez pas en savoir trop !!!!):</font></i></u></font><br><br><br><br><br>Je me pencherai essentiellement sur un point, qui m’a fortement scandalisé et m’a fait sortir de mes gonds, bondir sur mon siège et maudire Jackson à voix haute :<br><br>Il s’agit de la fin de la quête, mon passage préféré, lorsque Gollum, Sam et Frodo se trouve dans la Montagne du destin, et que Gollum, ayant saisi l’anneau du doigt de Frodo, tombe en dansant de joie, ce passage est particulièrement remarquable, car on ne peut être totalement sur que Gollum soit tombé accidentellement on peut justement se demander si il ne s’est pas plutôt jeté, pour que son précieux lui appartienne totalement jusque dans la mort, je pense que le passage est assez ambigu (d’ou son originalité!) pour permettre cette interprétation.<br><br>Et typiquement, c’est un des intérêts principaux d’une lecture du « seigneur des anneaux », à savoir que ce n’est pas un texte fermé, Tolkien laisse toujours de nombreuses portes ouvertes aux lecteurs et à son interprétation des faits qui peut se greffer sur l’écriture sibylline du Professeur, sans pour autant en altérer la symbolique, mais pourtant en y insérant un sens nouveau, propre à chaque lecteur. <br><br>Je vois déjà un contre argument, se profiler à l’horizon, aussi y répondrai-je par avance : ce n’est pas une particularité des livres que d’avoir un récit ouvert mais je peux par exemple cité un film comme ça qui me vient à l’esprit « Hana-bi » de Kitano, ou « Mulholland Drive » de Lynch dont les longs silences et les envolées lyriques permettent au spectateur de s’évader grâce au film, et de laisser libre cour à son imagination pour interpréter ou appréhender des évènements qui semblent déroutants au premier abord .<br><br>Mais chez Jackson, le spectateur ne saurait être actif une seule seconde, abasourdi qu’il doit rester par une surenchère de l’esthétisme. Aussi, un dénouement aussi atypique que Gollum se jetant dans le feu ne saurait être monté à l’écran, c’est donc Frodo qui dans un dernier élan de bravoure, pousse le malheureux dans la lave, rachetant par la même occasion son échec précédent, l’honneur et la morale sont saufs, amen !<br><br>Je crois que cette scène retranscrit parfaitement le reste du film, c’est à dire que le voyage visuel doit suivre son paisible cour, avec ces « oooh » (la belle bleue) et ces « aaahhhh »(la belle rouge), et à aucun moment, l’esprit du spectateur ne saurait être perturbé par des questionnements malvenus et futiles !<br><br>Dommage, le film en aurait certainement gagné en poésie et en féerie, et serait resté plus fidèle à « l’esprit » du seigneur des anneaux malgré les coupures ou éventuels changements, et j’aurai sans doute pardonné pas mal de manquements ou de raccourcis (par les chamoignons) à Jackson, s’il avait plus ouvert son film et s’il avait respecté cette scène fondamentale, riche en symbolique et primordiale, qu’est la destruction de l’anneau PAR Gollum.<br><br>Quant à la conclusion du film, elle est anecdotique, le mariage d’Aragorn (aux yeux de veau) avec sa belle Arwen(aux yeux de génisse), ressemble fort à un épisode de ce que pourrait être « Barbie in Wonderland » .<br><br>Le nettoyage de la comté est absent , heureusement les havres y sont, et le passage y est assez juste, quoique surement coupé dans mon élan par le massacre de l’Orodruin, je n’ai pu l’apprécier à sa juste valeur et je ne l’ai pas trouvé assez mélancolique (pourtant un bête truc comme, filmer une mer triste et calme déroulant ses vagues paisiblement sur un rivage grisatre avec le souffle d'un zéphyr chuchotant doucement sur l'écho des flots, pendant une minute, ça n’aurait pas été si compliqué, mais ça, le pouvoir évocateur des éléments naturels, on semble pas top connaitre :/)...<br><br><br> Et puis, finalement Sam rentre auprès de sa blonde, comme si de rien était, dans son trou de hobbit agréable est joyeux où tout est bel et bon dans le meilleur des mondes possibles, et l'aventure se clôt sur une porte fermée comme le film, du futur voyage de Sam on ne saura évidemment rien, cela aurait pu soulever des questions… <br><br><br>

