18-01-2004, 15:21
Un peu gênée d'être partie sans rien développer de ma pensée la dernière fois que je suis passée par ici, je vais essayer de rattraper ça... J'espère, avec toute l'humilité qu'on peut attendre de moi qui me permet de donner mon avis d'amatrice, que ceci ne va pas déclencher un tonnerre de "tous les goûts sont dans la nature (sous-entendu : alors tu n'as pas à critiquer)", et autres. Je ne cherche à imposer mon point de vue <u>à personne</u>, je pense que cela va de soi. Et je garde bien sûr en tête qu'il y en aura qui ne seront pas d'accord, on peut toujours ne pas être d'accord, je me demande pourquoi on nous le rappelle si souvent ;-)... <p>Je n'ai pas grand chose à dire de <i>La Communauté...</i>, le plus réussi selon moi, sur tous les plans : d'abord, un Boromir dont je garde un bien meilleur souvenir qu'Isengar, et qui trouve nettement mieux sa place que tous les personnages secondaires dont PJ a cherché à s'accomoder (j'allais dire tant bien que mal, mais finalement on se demande souvent où est le bien ;-)... j'y reviendrai), un ensemble cohérent (et je précise que comme Isengar, j'essaie de perdre de vue le seul point de vue de la fidélité de l'adaptation), sur l'ensemble une bonne surprise concernant les acteurs, si on excepte une Liv Tyler parfaitement transparente... Bon, je ne vais pas m'étendre beaucoup plus, je veux dire que si le premier volume n'avait rien pour devenir le film du siècle, il se tient tout de même au-dessus d'un certain nombre de blockbusters de la même veine, et aussi, je pense, que les deux épisodes qui ont suivi... encore que <i>Le retour du roi</i> a été une plutôt bonne surprise, vu le souvenir qu'il me restait du précédent numéro.<p>Les choses se gâtent à partir des <i>Deux tours</i>. Un premier point de désaccord avec Isengar : le début, avec la folle cavalcade d'Aragorn, Legolas et Gimli à la poursuite des Orcs, est justement un moment à oublier de toute urgence ; les filmer pendant dix minutes en train de courir, pourquoi pas, mais PJ aurait pu reconnaître qu'il y a des jours où le silence est d'or :-)). Pourquoi, mais pourquoi se sentir obligé de nous imposer ces dialogues grotesques ("Ils sont là ! - Et ils courent ! -Ah ouais, tiens, ils courent ! - Et ils courent vite avec ça ! - Bouge-toi, Gimli ! ...), est-ce que le spectateur n'est pas capable de voir tout seul qu'il y a de l'action, qu'il faille que les personnages eux-mêmes le lui rappellent ? Reproche que je ferais assez souvent ; visiblement, la subtilité, ce doit être trop dur pour le spectateur néo-zélandais moyen. <font size=1>Soit dit en passant, tout de même, Isengar...;-) j'admire ta conscience professionnelle, mais aller t'infliger l'épreuve du visionnage en VF d'un film dont il y a déjà pas mal à redire, y a-t-il une vocation de martyre de la science là-dessous ? ;-D))</font> Et malgré ce que je m'étais promis, c'est vachement dur de ne pas réfléchir à toute la nuance qu'on rencontre, justement, dans le livre, quand on voit Sam transformé en lourdaud à répétition ou Faramir en froid opportuniste... Mais je ne m'étend pas en détails. Je ne veux pas déplorer les approximations du scénario (un grand nombre d'approximations étaient, à mon avis, souhaitables pour faire un film convaincant), c'est juste que de connaître la situation dans le livre me fait plutôt penser à ce que PJ aurait pu faire, en consacrant dix minutes en plus à son scénario. <p>Enfin, c'est quand même difficile de ne pas parler d'adaptation quand on voit que c'est visiblement là que PJ a rencontré les plus gros écueils : je veux dire l'abondance de personnages, d'allusions, de références qui, si elles passent très bien chez Tolkien, sont visiblement beaucoup plus difficile à entasser dans un film. <br>Un exemple au hasard : la scène suivant les retrouvailles de Gandalf le Blanc avec Aragorn, Legolas et Gimli, et l'arrivée tonitruante de Shadowfax. Bon, je sens qu'on va passer sur le blanc éclatant de la robe dudit Shadowfax (Gripoil pour les intimes...), un grand moment de comique involontaire, hélas... Ce qui me dérange le plus, c'est la manière dont il est introduit. Le voilà qui s'amène dans une lumière éclatante, violons à l'appui, tout le kitsch de rigueur, et Legolas qui s'exclame, béat d'admiration : "C'est un des Mearas, si mes yeux ne me trompent pas !" ???? Grande perplexité chez le spectateur non averti... C'est quoi, un Mearas ??? Bon, pour que tout le monde fasse une tête pareille, il faut bien que ça soit quelque chose de spécial, mais à part ça... Et puis ce sera tout. Après cette arrivée tout en finesse et cette allusion sybilline, non seulement on n'apprendra jamais ce que ce canasson a de si extraordinaire, mais il ne va même pas jouer un rôle particulier, ni même plus particulier que les autres chevaux, rien. Un lecteur de Tolkien peut boucher les trous, mais les autres ? PJ n'aurait-il pas mieux fait de refiler à Gandalf la première bourrique qui lui serait tombée sous la main, sans rentrer dans les détails ? On n'y aurait pas perdu grand chose, finalement. Et cela s'étend à tous les niveaux. D'où sortent ces aigles qui viennent sauver la mise aux Hommes à la fin du dernier film ? On a bien l'apparition fugace d'un papillon qu'on avait déjà vu tourner autour de Gandalf quand il était prisonnier en haut de la tour de Saruman, apparition qui, la première fois, avait été suivie de l'arrivée d'un aigle, mais ça ne nous en dit pas plus. Alors je sais qu'un bon nombre de fans ont été scandalisés par les nombreuses entorses à l'histoire d'origine ; non seulement ce n'est pas mon cas, mais je vais même aller plus loin : il aurait dû en faire plus. Simplement, il aurait dû y réfléchir un peu mieux. L'arrivée des Efles à Helm n'est, en ce sens, pas si malvenue que ça : c'est un des rares passages qui restitue la dimension de "passage de témoin" que présente le livre, la fin d'un monde elfique et mythique et l'avènement des hommes. Dans cette scène, les Elfes, qui apparaissaient dans les premières secondes comme des sauveurs providentiels, se font malgré tout massacrer les uns après les autres ; même, il me semble que la mort d'Haldir, qui tombe sous le regard vide d'un de ses soldats tué juste avant lui, veut suggérer au spectateur qu'ils se seront sacrifiés, peut-être pas jusqu'au dernier mais presque, pour rien ; et ce sera finalement l'arrivée des Hommes, menés par Eomer, qui retourera la situation. Bon, cette scène n'a pas que des bons côtés, bien sûr : je me place toujours au point de vue d'un spectateur qui n'a pas lu Tolkien, et plusieurs d'entre eux m'ont dit qu'ils ne comprenaient pas pourquoi, pour aider une race avec laquelle ils ne semblent pas en si bons termes que ça (cf le mépris d'Elrond à l'égard des Hommes dans le premier volume) fasse l'immense sacrifice d'une vie éternelle pour les aider. Voilà encore un problème avec lequel PJ ne s'est pas trop embêté. Encore une fois, bien que ses efforts pour restituer certains thèmes importants soient louables, il n'est pas allé jusqu'au bout. <p>Là où cela devient franchement gênant, c'est dans la tentative de restituer une foule de personnages dont chacun arrive à se tailler une place dans le roman, et que PJ s'est senti obligé (il était très difficile de faire autrement sans se faire écharper par les fans, je sais) de tous faire tenir dans le film. Bon, je suppose qu'il était possible de le faire avec un peu plus d'adresse. L'impression qui reste le plus souvent est celle d'un type qui a oublié comment on fait rentrer le tangram dans la boîte et qui empile les morceaux en espérant que ça ira. Voilà comment on se retrouve avec un Saruman redoutable dans les deux premiers épisodes, et purement et simplement expédié dans le troisième, au point qu'on se demande si cela valait vraiment la peine de faire tout ce foin pour un vieux timbré dont les Ents se débarassent en deux temps trois mouvements. Même réflexion pour Denethor. A quoi a-t-il servi, si ce n'est à envoyer ses soldats se faire massacrer, chose qui de toutes façons leur arrive continuellement dans le film ? Je n'ai pas le souvenir d'avoir ressenti quoi que ce soit de particulier en voyant Faramir revenir exsangue, et seul survivant de sa troupe. La boucherie se fait à trop grande échelle pour qu'on y fasse attention, arrivé à ce stade. Parfois, devant les nuages d'orcs décimés sous les remparts, on repense à ce que les Ecossais disent des moucherons des Highlands : "Vous en tuez un, et il y en a trente qui viennent à son enterrement". Bref, le nombre finit par anesthésier un peu. Alors, introduire Denethor en ne sachant visiblement pas quoi en faire, pour le montrer en tyran et en fou et le faire mourir trois scènes plus loin (je passerai sur le meurtre froid et calculé par Gandalf, qui le pousse dans les flammes et le regarde sans broncher courir se fracasser en bas ; de toutes façons le Denethor du film est tellement odieux qu'on comprend presque son attitude), et chercher malgré tout à donner l'impression qu'il s'agissait d'un personnage majeur, je me demande un peu quel était l'intérêt. On pourrait citer d'autres exemple : Fangorn, le palantir trouvé par Pippin dont on cessera assez vite de parler... Arwen aussi, à laquelle PJ, visiblement trop inquiet de ce que pouvaient penser ceux qui accusaient déjà Tolkien de misogynie, a voulu donner toutes les occasions possibles de montrer son joli minois. Il y avait quand même des manières plus fines de montrer qu'Aragorn est obnubilé par elle. Et pourquoi un tel traitement de son renoncement à l'immortalité ? On jugeait peut-être que l'intensité dramatique du film n'était pas assez forte ?? A ce prix-là, on pouvait s'abstenir d'épiloguer. D'autant plus que ce n'est pas à Liv Tyler que je remettrais le prix de la meilleure interprétation, pour le coup. <p>Et puis un point dont je persiste à dire qu'il demeure pour moi particulièrement douloureux : la musique. Désolés pour ceux qui jugent qu'on ne rattrappe pas un film uniquement avec la bande originale, ou qui trouvent celle de Shore sensationnelle. Ce n'est pas mon cas. D'abord, si je n'irais pas jusqu'à la qualifier d'immonde, que je la trouve même plutôt plaisante et que je lui sais gré d'avoir enfin changé le thème pour le dernier épisode, je ne vois toujours pas ce qu'elle apporte. C'est de la grosse fanfare, de l'émotion télécommandée. D'accord, cela peut avoir des côtés impressionnants par endroits. Mais c'est très facile d'être impressionnant. Il y a des mécanismes qui vont vous faire fondre en larmes la moitié du public, c'est de l'ordre de l'arithméique, pas de l'art. Cela reste, dans une certaine mesure, agréable, c'est certain. Paradoxalement, cela permet parfois des passages à couper le souffle, lors des rares moments de silence. Le reste du temps, c'est du bruit de fond. Rien à en dire de plus.<br>Et c'est là que je vais insister : à mon avis, bien sûr que la musique a son rôle à jouer dans un film. Je suis même convaincue qu'elle peut le faire changer réellement. Par exemple, la scène de la sortie de Moria gagne à mon avis toute son intensité grâce au silence. C'est la musique, également, qui a failli faire de l'ascension de Mount Doom une grande scène, et qui a finalement tout gâché. Mes excuses, je vais encore me référer au livre, mais c'est que c'est un de mes passages favoris... Pendant les premières secondes, le contraste entre une musique douce et cette ascension visible au-delà de l'imaginable a retenu mon attention : enfin, PJ avait saisi l'occasion de restituer un peu de la subtilité du livre, peut-être allait-on même avoir une version mémorable de ce passage magnifique, où c'est lorsqu'ils ont perdu tout espoir que Frodo et Sam se décident à aller jusqu'au bout, où le désespoir de Sam lui donne une force qu'il n'a jamais eu jusqu'alors. Et puis non. Ce n'était pas pour montrer que la plus grande force leur vient d'avoir tout perdu, et de n'avoir plus aucune raison de se lamenter sur eux-mêmes, que PJ avait choisi cette musique : c'est parce que Sam allait parler de son Comté natal, de ses souvenirs d'enfance, de tout ce qu'il porte encore d'agréable en lui... Aïe ! Et quand Frodo avoue qu'il ne parvient plus à se souvenir de tout ça, ça y est, revoilà la contrebasse sinistre qui vient tout gâcher. Je m'étais réjouie trop tôt. <br>Bref, un petit exemple pour montrer comment l'ami Shore a systématiquement traqué toute nuance, toute originalité, toute recherche dans ses compositions. Ce qu'il a fait, à peu de choses près, un ordinateur aurait pu le faire. C'était pourtant un aspect à ne pas négliger, surtout dans un film où la musique est si omniprésente. Ben, ils l'ont négligé. On peut même dire que l'idée n'a même pas dû les traverser que la musique peut faire passer quelque chose, pas seulement souligner une scène de bataille à grand renfort de cuivres. <p>Bon. Avec tout ça, vous allez certainement penser que je me compte parmi les détracteurs farouches de la version cinéma du SdA. Eh bien cela va peut-être vous surprendre, mais ce n'est pas le cas. Je ne me suis pas ennuyée et ce n'est déjà pas si mal. Mais peut-être PJ, en vrai fan, aurait pu passer quelques jours de plus à revoir son scénario, remercier gentiment Howard Shore pour ses services et aller se trouver un autre compositeur et se casser un peu plus la tête sur la mise en scène. Je ne suis pas certaine que les profits auraient forcément été moindres. Et je regrette que pour ceux qui ont travaillé sur le film, un personnage "soigné" soit un gus avec un particulièrement joli costume... Je n'invente rien, c'est précisément ce qui se disait des Nazguls ! Un peu plus d'audace, un peu plus de prise de risque, certains archi-puristes auraient peut-être hurlé (on fait toujours hurler un puriste ou deux... ne serait-ce parce que certains, par principe, semblent farouchement opposés à l'idée même d'une interprétation de leur bouquin favori), mais on s'y serait peut-être retrouvés, au bout du compte. Quant à la "prétentieuse réécriture" don parle Isengar, elle était à mon avis nécessaire. Isengar, c'est à l'écrivain en toi que je m'adresse ;-)) : as-tu déjà essayé d'imaginer une adaptation de tes textes au cinéma ? Sans doute arriverais-tu à la conclusion que pour la cohérence de l'ensemble, l'essentiel est de définir l'esprit derrière la lettre, et de lui être fidèle quitte à sacrifier ou à rajouter un certain nombre de détails. Le problème de PJ, c'est qu'il a passé la lettre à la trappe sans vraiment s'attarder sur l'esprit non plus ;-))<p>Et maintenant je vais à mon grand regret repartir pour une longue période d'absence de JRRVF, ou ma prof d'anglais va me tuer ;-))

