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Les 3 Péchés de P. Jackson
#1
Salut,<p>Je suis nouveau sur le forum et je précise tout de suite que je suis un parfait béotien en matière cinématographique tout à fait incapable d’analyser, si ce n’est d’apprécier, les subtilités de la technique de cet art.<p>J’ai lu beaucoup de choses intéressantes sur ce forum mais j’ai l’impression certains points à mes yeux fondamentaux n’ont pas été suffisamment abordés. Merci de bien vouloir me pardonner si tel n’est pas le cas.<p>Si je n’ai pas « détesté » les films de PJ, qui contiennent tout de même certains morceaux de bravoure, je dois bien dire qu’ils ont un peu laissé sur sa faim le fanatique de Tolkien que je suis. Je suis sorti de la salle (suite au visionnage des 3 films d’affilée) avec la désagréable impression de n’être jamais vraiment « rentré » dans l’histoire. Plus encore, les gens que j’avais « trainés » à la projection sont sortis en disant « ouais bof », sensation d’autant plus désagréable que j’étais incapable de leur objecter quoi que ce soit. Pour parler franc les films de PJ ne m’ont pas vraiment fait « rêver », particulièrement les deux derniers opus (la communauté est à mon avis, et de très loin, le meilleur film des 3).<p>Ma dernière lecture du SDA datant de quelques années déjà, j’ai été pris d’un doute : mon souvenir aurait-il « idéalisé » l’œuvre ? Pour régler la question, j’ai procédé à une relecture fiévreuse du SDA. Cette relecture a posteriori m’a permis de constater :<br>1. Que l’œuvre de Tolkien était encore plus belle que dans mon souvenir ;<br>2. Que décidément, il devait y avoir qque chose de pourri au royaume de la New Line<p>Ne reculant devant aucun sacrifice (compte tenu du prix délirant qu’ont atteint les places de cinéma s’entend), je suis retourné voir le film (le 3e seulement) et j’en ai tiré quelques conclusions que je souhaiterais partager avec vous.<p>Sans revenir sur les innombrables incohérences qui émaillent le film (fort bien décrites par ailleurs dans le forum), il me semble avant tout que PJ a « péché » sur trois points fondamentaux qui ont dans une certaine mesure dénaturé l’œuvre du maître. <p>J’emploie le terme « péché » non seulement parce que cela me permet une « accroche », mais aussi et surtout parce que l’œuvre de Tolkien possède à mon sens une dimension chrétienne fondamentale qui a été méconnue par Jackson. Ces trois « péchés » concernent :<br>- le point de vue utilisé ;<br>- la gestion du (des) temps du récit<br>- le traitement des notions de bien et de mal<p>I. Le point de vue utilisé ;<p>Le SDA est, comme PJ ne manque d’ailleurs pas de le montrer, issu d’un livre écrit par des Hobbits, sur la base de leur propre expérience ou de ce qu’on leur a rapporté. Vivant à l’écart, ces derniers n’en connaissent au départ pas beaucoup plus long que le lecteur sur la « grande histoire » de la Terre du milieu. Ce dernier peut donc la découvrir progressivement à travers leurs yeux et partager leur émerveillement.<p>Si ce point de vue est parfois respecté par PJ (cf. la scène de la salle commune à l’auberge du poney fringant qui compte selon moi parmi les meilleures de la trilogie), il s’en écarte bien trop souvent et malheureusement de plus en plus au fur et à mesure que le temps passe. J’en veux pour preuve les trop fréquentes références au Silmarillion et le trop grand recours aux prises de vue d’hélicoptère (d’accord c’est joli, mais est ce que ça ne casse pas un peu la magie du récit ?). Par exemple, qu’est ce que la vue du ciel d’un masse de cavaliers au galop générés par ordinateur ajoute à la harangue de Théoden pour motiver ses troupes avant le combat ? On pourrait multiplier les exemples de ce type….<p>Du coup le spectateur, bombardé de retours en arrière et de références diverses, est pris dans un tourbillon d’informations qu’il a du mal à digérer d’un seul coup. Le résultat est que souvent il n’y comprend goutte (au mieux) ou il a l’impression que l’histoire est « bricolée » (au pire). C’est en tout cas ce que m’ont dit ceux qui n’avaient pas lu le livre, et je dois bien avouer que j’étais moi même un peu perdu (ma dernière lecture avant le visionnage datait comme je l’ai dit de quelque temps…). <p>II. La gestion du (des) temps dans le récit<p>Un des points les plus remarquables du roman est pour moi la réflexion qu’il induit sur le temps qui passe et sa relativité. Ce point participe largement à l’évasion qu’il procure. L’anneau lui même est d’ailleurs directement relié à cette notion de temps puisqu’il allonge la vie de son porteur et le place du même coup dans un « autre temps » <p>Si le récit lui même est assis sur le calendrier de la Comté (cf. point 1), véritable référentiel qui lui donne sa vraisemblance, la relativité du temps qui passe est consubstantielle aux personnages puisque chacun vit dans un temps qui dépend de sa nature et de l’histoire de son peuple : le temps des elfes (qui se termine), le temps des Ents, le temps des Maia, le temps des Dunedains, le temps des hommes du commun, le temps du Balrog (« l’ancien temps ») etc.<p>Ce qui est « ancien » pour un homme n’est pas la même chose que pour un elfe, un Ent, ou un nain. Continuellement, le roman va de la description de l’événement ponctuel à la mise en perspective dans une histoire plus vaste qui lui donne une ampleur magnifique.<p>De ce que j’ai vu, PJ laisse largement ce point de côté (à défaut de clins d’œils mais qui, sortis de leur contexte paraissent décalés) pour se concentrer sur l’histoire factuelle de la guerre de l’anneau ( ce qui ne l’empêche d’ailleurs pas de multiplier les incohérences spatio-temporelles largement dénoncées par ailleurs et sur lesquelles je ne reviendrai pas). J’avais de grands espoirs en voyant le tout début du 1er volet (cf. « le monde a changé etc. »), force est de constater qu’ils ont été déçus.<p>Je ne sais pas s’il était possible de rendre ça dans un film (encore une fois, je ne suis pas cinéaste…) mais c’est à coup sûr quelque chose qui fait cruellement défaut.<p>III. Les notions de bien et de mal<p>On touche là au point qui m’a le plus déplu. Les 3 films tombent en effet volontiers dans un manichéisme bon teint, selon moi totalement étranger à l’œuvre de Tolkien, mais qui donne du grain à moudre à ses détracteurs. Combien, sans avoir lu le livre, sont sortis du film en disant : « finalement, Tolkien, c’est bien ce que je pensais : les gentils aryens contre les méchants métèques » Scrogneugneu !!!!!!<p>Si les notions de « Bien » et de « Mal » sont présentes dans l’œuvre, elles ne sont en effet pas directement attachés à des personnes « concrêtes » (je n’aime pas ce terme mais n’en trouve pas de meilleur). Suivant en cela la tradition chrétienne, Tolkien montre que la frontière entre le bien et le mal traverse le cœur de chaque être libre de la Terre du Milieu qui bascule tantôt d’un côté, tantôt de l’autre en fonction des circonstances. Le rapport Bien/Mal est ainsi remplacé par le rapport corruption/ rédemption, beaucoup plus riche à mes yeux.<p>Au contraire, PJ nous donne à voir un monde dans lequel (en caricaturant un peu quand même) s’opposent « l’axe du mal » Isengard-Mordor contre les « Alliés » du bien Rohan-Gondor-Lorien….<p>C’est faire bon marché de la double nature de la quasi totalité des personnages : cf par exemple Saroumane (que Gandalf essaiera d’ailleurs de ramener à la raison jusqu’au dernier moment), Galadriel (la « terrible enchanteresse » devenue la sainte vierge en personne), Frodon, Boromir/Faramir (qui ne sont que l’endroit et l’envers d’une même médaille), les hobbits "collabo" de la Comté, les hommes de Sauron (dont Tolkien nous montre la bravoure dans la scène superbe devant les portes noires après la destruction de Sauron :<br>« Et ceux qui étaient le plus profondément et depuis le plus longtemps en mauvaise servitude, haïssant l’Ouest, mais qui étaient des hommes fiers et hardis, se rassemblèrent pour une ultime résistance et une bataille désespérée » ) etc. etc. etc.<p>Les lieux décrits dans le livre sont eux mêmes empreints de cette ambivalence bien/ mal : cf par exemple la Moria, l’Ithilien, la vielle forêt, Fangorn, les marais des morts…<p>La lecture simplificatrice de PJ explique sans doute son incapacité à traiter les personnages qui sont le plus difficile à ranger d’un côté ou de l’autre. Ils sont soit passés sous silence (Tom Bombadil, …) soit « massacrés » (Denethor, Sylvebarde). A noter toutefois une exception qu’il faut souligner 3 fois : le personnage de Gollum, absolument magnifique. Rien que pour ça, le film vaut la peine d’être vu et j’aurais aimé que tous les personnages aient cette présence.<p>D’une manière générale, la « projection » des personnages sur un axe Bien/Mal est un obstacle au processus d’identification dont j’ai fait l’expérience dans le livre.<p>Cette lecture simplificatrice explique peut être aussi la représentation de Sauron qui est sans doute le ratage le plus retentissant de l’adaptation cinématographique. Outre le caractère à mes yeux très inesthétique de ce phare/projecteur qui illumine le pays de Mordor (au fait, je croyais que c’était le pays « où s’étendent les ombres » …), il a pour défaut de focaliser la perception du Mal sur un « super méchant ».<p>Voilà. Il reste que les 3 films représentent une prouesse qu’il convient de saluer et qu’ils auront au moins pour mérite de faire parler de l’œuvre de JRRT.<p>Bon réveillon à tous<p>Elros<br>
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