03-01-2004, 23:33
Le plan d’ouverture du <i>Retour du Roi</i> nous gratifie de la vue exaltante d’un lombric en gros plan. La séquence qui suit est d’un intérêt tout aussi considérable. On y voit deux semi-débiles s’ébattre dans une piscine bleu-néon au fond bourbeux – manifestement non curée depuis bien longtemps – puis se disputer un objet rond, poli et doré à grand renfort d’étranglements mutuels, sur fond sonore entêtant. Le plus sibilant des deux l’emporte. Bouh, le vilain. Vilain, il le devient d’ailleurs de plus en plus. Ah tiens, c’est le futur Gollum ? Curieux, il m’avait donné auparavant le sentiment d’être moins abruti ; la Chose stimulerait-elle les facultés intellectuelles de son porteur ?<p>Trêve de plaisanterie. Outre m’avoir presque fait sortir dès le début de la projection, cette scène d’une bêtise consternante m’a fait m’interroger. En particulier, à quoi sert-elle au juste dans l’économie générale de ce... de cette... disons affaire ? Qu’apporte-t-elle exactement, à part bien entendu une scène de verminoscopie dont Peter Jackson semble friand ?<p>Le plus plausible est qu’il s’agit d’évoquer l’origine lointaine et para-hobbitale dudit Gollum alias Sméagol. Assurément, le point ne manque pas d’intérêt. Mais était-il bien nécessaire d’en passer par là, je me le demande. <i>Les Deux Tours</i> n’avaient déjà pas manqué de faire allusion à plusieurs reprises au passé du personnage. Nous avions déjà appris son premier nom et sa parenté par la bouche de Frodon dans les Marais des Morts. Le débat nocturne schizophrène entre Sméagol et son double Gollum dans l’Ithilien avait laissé entrevoir qu’il s’agissait d’un meurtrier, et l’on avait déjà pu voir à l’œuvre à plusieurs reprises sa tactique préférée… Quant à la longévité surnaturelle apportée par l’Anneau, elle avait déjà été exprimée et montrée plusieurs fois. Bref, tout était déjà dit, non ?<p>Apparemment non, puisqu’il a été jugé nécessaire de tout remontrer. Il faut croire que les spectateurs ont été considérés comme incapables de faire le lien entre toutes ces allusions, incapables de penser par eux-mêmes et reconstituer par là le parcours de Gollum. C’est décidément une caractéristique de ces trois films de vouloir montrer, montrer, montrer à toute force et sans nuance au lieu de suggérer et laisser aux spectateurs une certaine liberté d’imagination. Dommage de se priver ainsi d’un chemin sûr pour amener l’émotion.<p>Ah, mais... spectateurs, ai-je dit ? Quelle erreur ! Que nenni, il s’agit bien entendu de consommateurs de pop-corn à usiner. Tout s’explique.<p>Moraldandil<br>

