05-01-2004, 22:01
Précision préalable : c'est la version originale que j'ai vue. Heureusement ?<p>Sauron le Grand :<br>> De mon point de vue la scène n'est pas si mauvaise. Cela peut toujours être pire...<p>Il est évident que cet argument permet de justifier n'importe quoi, ce qui le vide de toute valeur dans une discussion critique :-P<p>Merci SméagolGollum (!) pour ta propre explication sur... sur... eh bien, disons, ta présence dans ce prologue :-)<p>J'avais remarqué la similarité des trois films à cet égard, et il est vrai que pour ce volet la confrontation Sméagol / Déagol n'était pas un mauvais choix en soi. Tu as raison de rappeler que Tolkien fait usage des remémorations, ce qui rend caduque mon argument "tout était déjà dit", quoique d'un strict point de vue interne au film le temps soit chichement mesuré... mais assurément deux minutes de "gagnées" n'aurait guère amélioré ce <i>Retour du Roi</i>. D'autre part, cette scène nous est bel et bien présentée clairement dans le livre, fût-ce sous la forme d'un récit rapporté par Gandalf. Dont acte, donc, sur la présence même de ce prologue.<p>Maintenant, il faut voir comment il a été réalisé, et là, c'est affligeant ! Je constate que je n'ai pas été le seul à voir dans les deux personnages qui nous sont présentés deux beaux spécimens de crétins : outre les voix, les grimaces grotesques et les roulements d'yeux absurdes y suffisent amplement. Pour ma part, je ne lis pas ainsi le texte d'origine, qui ne me laisse pas l'impression que nous ayons affaire à des attardés.<p><i> "Longtemps après, mais c'était encore dans un temps très lointain, vivait près des rives du Grand Fleuve, à la lisière du Pays Sauvage, un petit peuple à la main habile et au pied silencieux. Je pense qu'ils étaient du genre hobbit, apparentés aux pères des pères des Forts, car ils aimaient le Fleuve; ils y nageaient souvent et confectionnaient des petites embarcations de roseaux. Il y avait parmi eux une famille de grande réputation, car elle était nombreuse et plus fortunée que la plupart; elle était gouvernée par une grand-mère sévère et versée dans ce qui restait de la tradition ancienne. Le membre le plus inquisiteur et le plus curieux de sa famille s'appelait Sméagol. Il s'intéressait aux racines et aux origines; il plongeait dans les étangs profonds; il fouissait sous les arbres et les plantes en croissance; il creusait dans les monticules verts; et il cessa de lever le regard sur le haut des collines, les feuilles sur les arbres ou les fleurs s'ouvrant dans l'air : sa tête et ses yeux étaient dirigés vers le bas.<br> "Il avait un ami nommé Déagol, du même genre, à l'oeil plus perçant, mais moins rapide et moins fort. Un jour, ils prirent une embarcation et descendirent jusqu'aux Champs aux Iris, où il y avait de grands parterres d'iris et de roseaux fleuris. Là, Sméagol débarqua pour aller fureter sur les rives; mais Déagol resta dans la barque et se mit à pêcher. Soudain, un gros poisson mordit à son hameçon et avant d'avoir pu savoir où il était, il fut entraîné dans l'eau, jusqu'au fond. Puis il lâcha sa ligne, car il crut voir briller quelque chose dans le lit de la rivière; et, retenant son souffle, il saisit l'objet.<br> "Il remonta ensuite, tout crachant, avec des algues dans les cheveux et une poignée de boue; et il regagna la rive. Et voici qu'après avoir fait partir la boue, il avait dans la main un splendide anneau d'or; celui-ci brillait et scintillait au soleil, de sorte qu'il eut le coeur content. Mais Sméagol l'avait observé de derrière un arbre, et tandis que Déagol contemplait l'anneau, Sméagol s'avança doucement derrière lui.<br> - Donne-moi cela, Déagol, mon cher, dit Sméagol par-dessus l'épaule de son ami.<br>- Pourquoi ? demanda Déagol.<br>- Parce que c'est mon anniversaire, mon cher, et je le veux, dit Sméagol.<br>- Ça m'est égal, répondit Déagol, je t'ai déjà fait un cadeau, un cadeau au-dessus de mes moyens. J'ai trouvé ceci, et je vais le garder.<br>- Ah oui, vraiment, mon cher ? dit Sméagol.<br> "Et il saisit Déagol à la gorge et l'étrangla, parce que l'or avait l'air si brillant et si beau. Puis il passa l'anneau à son doigt.</i><p>L'écriture de Tolkien n'est pas sans humour, mais celui-ci n'est pas malveillant, tandis que Jackson en fait une charge pleine de dérision et presque de mépris en appuyant trop ses effets, chose que l'on retrouve largement ailleurs dans les trois films. Est-il besoin de citer des exemples ?<p>Sur la question bien plus profonde de la suggestion contre la démonstration, il y aurait beaucoup à dire. Je ne suis pas d'accord avec ceci :<br>> Le Seigneur des Anneaux est un livre extrêmement descriptif et donc potentiellement visuel. Il s'agit d'une oeuvre où plus on montre, plus c'est bien, dans la mesure où on ne montre pas la mythologie (principe du livre)<p>Quand même, il est patent que Tolkien ne montre jamais Sauron même avant sa fin, et ne fasse que l'évoquer, et combien puissamment, par la bouche des divers protagonistes ! De même Saroumane n'est présenté en personne que défait ; auparavant c'est essentiellement des propos de Gandalf que dépend son évocation (nettement plus explicite que celle de Sauron, il faut bien l'admettre). Beaucoup de liberté d'imagination est ainsi laissée au lecteur.<p>De Haleth fils de Háma :<br>> je pense que le but d'un film qui se respecte,outre de rendre sensible les idées qu'il deploie est bel et bien de monter les choses.<p>Je suis en grand désaccord. Montrer ou ne pas montrer ? La possibilité n'implique pas l'efficacité, bien loin de là. Il suffit de penser à l'usage qu'est fait de la suggestion et de la dissimulation dans l'érotisme. Quand on montre, on obtient très vite de la pornographie, ce qui n'est plus du tout la même chose.<p>Évidemment qu'il est des scènes qu'il faut mettre directement devant les yeux. Il y a beaucoup de paysages magnifiques dans ces trois films, des passages drôles, des émouvants. Mais Jackson ne sait pas s'arrêter, il manque manifestement de retenue dans la réalisation, trop souvent d'un niveau primate... euh, je veux dire, primaire. L'impression qui ressort est celle d'un pénible gâchis. Si je voulais résumer mon sentiment en quelques mots : tant de beaux plans pour si peu de bonnes scènes ! Hélas, je ne m'étais pas rendu au cinéma que pour voir de jolies images, sans quoi je me serais contenté de l'exposition John Howe - Alan Lee à la Bibliothèque Nationale de France. Et peut-être aurais-je bien fait.<p>Moraldandil<br>

