18-01-2004, 12:44
Coincoin, je pense que tu évoques -fort justement- l'air éperdument ravi de Merry quand Eowyn lui pose son casque sur la tête. Effectivement, les Hobbits ne sont pas des enfants et c'est également un peuple foncièrement pacifique (au moins jusqu'à la Libération -je déteste le terme de "nettoyage"- de la Comté). Pourtant, celui-ci rayonne de joie comme un gosse ouvrant ses cadeaux de noël quand il revêt sa panoplie guerrière.<br>A la réflexion, je crois quand même que certains éléments viennent tempérer le malaise fugitif que j'ai également ressenti lors du visionnage de ce passage.<br>En effet, si les Hobbits de la Communauté ne sont pas des enfants, ils n'en sont pas moins issus d'une race singulière, préservée jusqu'alors du monde et des horreurs de la guerre. Ils ont donc conservé une forme d'insouciance (particulièrement Pippin et Merry) et d'innocence, ce qui les rend un peu enfantins à nos yeux (et à ceux des grandes gens qui croisent leur passage). Même le vieux Bilbon a conservé quelque chose d'espiègle. C'est sans doute ces caractéristiques qui les rendent si chers au coeur de leurs amis (et du lecteur / spectateur) et qui permet à Frodon de résister au pouvoir corrupteur de l'anneau.<br>A mon sens, la scéne aurait peut-être été plus digeste sans trois défauts propres à Jackson, et que l'on retrouve hélas à trop d'autres moments, laissant comme un goût de regret pour ce qui aurait pu être une très grande oeuvre. Je profite de ce post pour les résumer :<br>- le jeu de l'acteur incarnant Merry est par trop forcé (on dirait un mime);<br>- Jackson force un peu trop le trait pour différencier enfin Merry de Pippin à l'écran, l'élan guerrier du 1er s'opposant à distance des doutes du second au moment d'enfiler, à Minas Tirith, la livrée des gardes de la citadelle;<br>- Les coupes effectuées pour délivrer la version cinéma nous ont ici manifestement privé de la scéne où Merry prête allégeance à Théoden, laquelle explique seule la transformation de Merry;<br>- Le barbu shortophile (sans allusion à la taille des hobbits ;-)) est tellement empressé de nous guider à chaque pas et à tout montrer, tout expliquer, qu'il a jugé qu'une scéne impliquant Eowyn et Merry était nécessaire afin de justifier pourquoi elle (ou plutôt Dernhelm) l'emporte à la guerre;<br>- Enfin, n'y-a-t'il pas quelque incohérence entre l'inexpérience militaire totale de Merry et les moulinets très assurés qu'il fait de son épée en sortant de la tente ?<p>Dommage que ces défauts, présents dans cette scéne relativement secondaire, se retrouvent également dans certains passages clé du (des) films. Ils sont d'autant plus frustrants qu'ils eussent sans doute pu être évités avec plus de réserve, de retenue, de suggestion, bref une gestion scénaristique et de mise en scéne plus juste, le "gros oeuvre" (décors, costumes, son, casting, effets spéciaux) étant magnifiquement réalisé. Du coup, production Jacksonienne alterne hélas frénétiquement entre fausses notes, passages qui sonnent creux ou tombent à plat, et de grands moments, voire de vrais éclairs de génie.<br>Ainsi, je me trouve, au bout de ces trois années, partagé entre deux sentiments : j'ai pris beaucoup de plaisir à voir ces films, que j'attendais depuis 20 ans, qui matérialisaient enfin la Terre du milieu et je suis en même temps désolé qu'ils ne soient pas ce qu'ils auraient pu être, au vu de toutes les bonnes choses qu'ils renferment. Comme une promesse non tenue...

