06-02-2004, 00:07
Cher Semprini,<p>J'ai mis un certain temps avant de répondre à ton édito, mais il est tellement riche qu'il est difficile d'y réagir du tac au tac.<br>J'ai été déçue par le Retour du Roi. Je m'attendais à mieux. Ou à autre chose. Cependant, je me permets de réagir à certains de tes arguments.<p>je fais partie de ceux qui ont une expérience sensorielle du cinéma. Ou plutôt, de ceux qui ne peuvent s'ouvrir à la réflexion que si l'expérience sensorielle a eu lieu. Je l'avoue : je n'aurais pas pu reconnaître le SdA dans une histoire tronquée, ou dans une non-représentation du monde issu des livres. Je n'aurais pu regarder un tel film que d'une façon externe, sans connaître l' "enchantement" qui fait rentrer le spectateur dans l'histoire. Et j'avoue qu'un film que je regarde de façon externe, je l'oublie très vite.<p>Le SdA, dis)tu, a été traîté comme un simple récit d'aventures. "Simple" n'est pas le mot que j'utiliserais, car il reste complexe, même dans les films. Mais récit d'aventures, certainement. Et le SdA est un récit d'aventures. On a parfois tendance à l'oublier à force d'y voir tout le reste, de découvrir la richesse et la profondeur de l'univers tolkiennien, mais la première lecture du Seigneur est en général celle-là : une belle histoire d'aventures, palpitante, angoissante.<p>Au sujet de la surenchère dans les batailles : surenchère dans une bataille, dirai-je, celle des Champs du Pellenore, à partir de l'arrivée des Oliphants. Mais ce qui m'a touchée ( eh oui ! ) dans les scènes de bataille, c'est l'impression de fouillis, de désordre qui était représenté. Pas de belles batailles bien rangées, non : l'horreur et la confusion. Ce qui est à mon avis une bonne chose.<p>Manichéisme : je ne suis pas d'accord non plus. C'est vrai que les plus belles scènes de compassion sont absentes. Mais le Gollum du film est bien un être troublé, déchiré. Sa scène de repentance est bien dans le film et, à mon humble avis, bien plus forte que dans le livre ( je sais, je radote, mais malgré tous les arguments que l'on a pu m'avancer, je n'ai jamais pu voir de repentance chez Gollum avant Cirith Ungol. Juste un certain attachement pour Frodo ).<br>De même : Gandalf n' "envoie" pas Denethor ( un Denethor franchement raté ) à la mort : Grispoil bouscule un Denethor imbibé d'huile, et il tombe sur le bûcher qu'il a lui-même allumé. Je n'aime pas la scène, mais n'arrive à y voir ni meurtre, ni exécution.<br>Je n'ai pas vu non plus de pathos aux Havres Gris, mais passons...<p>Je ne parlerai pas de technique. Je n'y connais rien, bien que j'aimes beaucoup le cinéma. J'avoue ne pas comprendre ce qui peut choquer dans la façon de filmer de PJ et de ses acolytes, ni ce qui rend la scène du mont venteux calamiteuse ( ce qui la rend calamiteuse pour moi, c'est l'attitude de Frodo ). Par contre, je suis d'accord sur le montage ( ou plutôt le démontage ) du film que j'appellerais "massacre à la tronçonneuse" tant il est visible que ce que nous avons vu n'est qu'une oeuvre tronquée.<p>Au point de vue émotionnel : j'avoue encore une fois être tombée dans le piège du film, particulièrement, justement, au moment du "je peux vous porter vous", ou après la destruction de l'Anneau, lorsque Frodo et Sam sont seuls "à la fin de toute choses".<p>"Essai fictionnel en mouvement" : je ne crois pas qu'il eut été bon de faire du SdA un essai fictionnel en mouvement, parce que, justement, je n'arrive pas à voir dans le Seigneur un essai fictionnel, mais plutôt un roman mythologique inclassable, dans lequel on trouve,et retrouve, et retrouve encore des choses nouvelles à chaque lecture.<p>Adapter le SdA en étant moins "fidèle" aux événements ? Franchement, je doute que celà eut pu apporter quoi que ce soit au film. je ne parle pas des "petites" scènes ajoutées à la Eldarion, qui sont effectivement bienvenues. Je crois au contraire que si l'auteur a décrit ces événements-là, c'est qu'il avait ses raisons de les décrire. C'est pourquoi ce qui m'a le plus dérangé dans cette ébauche de film, c'est bien plus ce qui ne s'y trouvait pas ( je pense en particulier aux maisons de Guérison, ou à la fin de Saruman ) que ce qui s'y trouvait ( mis à part ce dont j'ai déjà parlé dans d'autres fuseaux ) ( HS : en voyant le Guépard, je n'ai jamais pu envisager une seconde que le prince Salina survive au générique de fin. Je dirais que sa mort est là sans y être ).<p>L'influence de Star Wars : est effectivement ridicule lors de la charge des Olifants, mais pourquoi la voir dans la scène - très belle à mon goût - de la mort de Theoden. Le "Tu l'as déjà fait" est une phrase assez classique, et plutôt bien venu à cet endroit là ( sans oublier que ce ne serait qu'un "renvoi de ballon", Lucas ayant allègrement pioché dans Tolkien pour écrire son épopée )<p>Hiératisme des personnages : pourquoi aurait-il fallu les rendres hiératiques ? les personnages du SdA sont, si on peut dire celà d'êtres de fictions, des êtres de chair et de sang, terriblement humains ( non-humains compris ). je ne peux parler que pour moi, mais jamais je n'ai admiré "de loin" Frodon ou Aragorn, quel que soit leur rôle dans le dessein du monde. J'ai au contraire tremblé, souffert, pleuré, ri, fumé, mangé, aimé avec eux. Et je dirais que le seul moment ou le Roi m'ait jamais paru hiératique, c'est dans le film, justement. En gisant de pierre. Un de mes plus grands chocs au cinéma.<br>Et je ne vois pas non plus en quoi le Legolas du film est plus "humain" et moins archétypal (?) que celui du livre. J'avoue que parfois il m'ennerve, mais pas par son "humanité".<p>Voilà. J'espère ne pas attirer sur moi les foudres du Forum pour avoir émis ces quelques bémols concernant ta critique...<p>Michèle<p>PS : au sujet de longs plans-séquenses, as-tu vu "L'Arche Russe" ?

