08-03-2004, 00:01
Lambertine>>>Par contre, je me demande jusqu'à quel point je me dois d'être masochiste afin de me pénétrer de l'univers de réalisateurs qui me rebutent, tel Almodovar, Bunuel, Fellini afin d'y devenir sensible. <p>Il n'y a pas lieu d'être masochiste, il suffit d'être curieux. :) Personnellement, c'est la curiosité qui guide mes choix. J'aime découvrir des réalisateurs que je ne connais pas, de tous pays, de tous styles. Il arrive parfois qu'un univers cinématographique particulier me rebutte. Je prends alors soin si j'en ai la possibilité de voir au moins trois films du réalisateur en question pour pouvoir porter un jugement moins hâtif (après la curiosité, vient la volonté de juger en connaissance de cause, de ne pas être injuste) et pour comprendre ce qui me déplait. Il m'arrive parfois de revoir mon jugement initial (car chaque réalisateur signe des films différents, même si la marque de fabrique reste la même; as-tu vu par exemple les deux derniers Almodovar? Ils sont très beaux). Si je persiste dans mon rejet, je n'insiste pas. Je n'aime ni le Dogme, ni les films récents de Lars Von Trier par exemple (la caméra à l'épaule me rend malade). Je me souviens de mon premier Bunuel, que je n'ai pas aimé, Le Fantôme de la Liberté. Mais j'en ai aimé d'autres ensuite (L'Ange exterminateur, Le vie criminelle d'Archibaldo de la Cruz, Viridiana, etc...), même si on y trouve toujours cette noirceur dérangeante. Je me souviens de Cris et Chuchotements de Bergman avec sa violence psychologique inouïe, du Miroir de Tarkovsky, dont je n'ai compris que des bribes (quelle splendeur visuelle par contre), de l'Année Dernière à Marienbad de Resnais, qui ne s'est éclairé pour moi que lorsque j'ai appris plus tard qu'il s'inspirait de L'Invention de Morel de Bioy Casarès, de La Nuit d'Antonioni qui m'avaient un peu ennuyé, de tous ces films qui ne s'apprivoisent pas facilement. Là aussi d'autres films de ces réalisateurs devaient éclairer rétrospectivement ces premières rencontres.<p>Je crois beaucoup à l'accoutumance, aux vieilles habitudes. Lorsque l'habitude d'une narration filmique classique ou des films d'actions à l'américaine est prise, il est possible qu'au premier abord, des univers aussi particuliers que celui de Cassavettes ou que celui de Fellini se montrent impénétrables aux spectateurs. Pour la même raison mais en sens inverse, les films de PJ feront figure d'insurpassables chef-d'oeuvres à qui les compare en limitant son horizon aux films d'action produits par Bruckheimer. Dans ce cas, gare à la sclérose. Le cinéma permet de voyager, tout en se distrayant, dans des univers mentaux différents. Il est normal que certains d'entre eux nous apparaissent plus proches que d'autres. L'humeur du jour compte aussi. Mais découvrir ces univers, c'est aussi permettre au nôtre de se construire dans l'ouverture, de se forger en connaissance de cause, et non plus sur la seule base de films dont la vision nous est parfois imposée, même si l'on s'en défend, par des campagnes publicitaires. C'est se faire son propre goût à partir de comparaisons et d'éclectisme. Le goût s'enrichit et se développe au contact de la diversité et de ce qui nous est étranger.<p>Pardon pour ce long détour Lambertine, mais tout cela pour te dire qu'il est normal et sain d'avoir des préférences et des rejets. Par exemple, je sais que mon goût me porte davantage vers la narration du cinéma classique et que ma préférence ira toujours du côté de Kurosawa, Ford et Hitchcock plutôt que du côté de Godard ou du Tarkovsky du Miroir (j'ai déjà parler ailleurs des modernes). <br>

