08-03-2004, 19:26
Semprini,<p>Tu vois, je suis on ne peut plus d'accord avec toi lorsque tu te mets à parler de diversité du cinéma et des auteurs que tu cites (même si je n'ai pas vu les films de cetains d'entre eux, mais l'idée globale y est, la plupart font partie de mes réalisateurs préférés, d'autres moins). Et ce qui me "choque" (relativement ! ;-) ), c'est que tu te permets de (si j'étais de mauvais poil, je dirais que "tu as le culot de") dire que tu ne peux t'empêcher de penser que ceux qui voient dans le SdA un grand film de l'histoire du cinéma (i) ou bien connaissent mal le cinéma dans sa diversité (ii) ou bien sont dotés d'un discernement sujet à caution.<br>J'aurais pu me contenter d'une diversité de jugement entre deux personnes d'un forum aux goûts opposés, cela arrive tous les jours, mais lorsque tu cites une bonne partie de mes auteurs préférés, là, je me dis qu'il y a deux solutions, à ton point de vue global :<br>1) soit tu es victime d'un aveuglement négatif sans borne envers un réalisateur dont tu as ouvertement décidé que ses méthodes de "montrer" les choses étaient maladroites<br>2) soit tu fais de la provocation, mais d'après la petite vie de ce bon vieux forum, je doute que ce soit le cas. ;-)<p>Je pense donc qu'il s'agit du 1). Lorsque PJ force justement la lumière pour approfondir une émotion visuelle (Arwen qui arrive à Frodon blessé, l'aura autour de Galadriel, etc, etc), tu en déduis qu'il s'agit d'un point faible, que PJ est incapable de laisser penser seul le spectateur : si je te suis, on en viendrait à dire qu'un chef d'oeuvre du cinéma se doit d'être sobre et visuellement repoussant de sorte que le spectateur puisse (non : plutôt "doive") faire l'effort de se dire : "ok, je déteste ça, mais si je me force à apprécier l'inverse, alors ce sera un grand film" (je sais que tu n'as pas sous-entendu cela, mais il y a tout de même un peu de cela). PJ utilise la lumière saturée pour faire passer une émotion. Oui. Cela fonctionne ? Oui. Donc, c'est réussi (caricatural, mais en gros, c'est ça). La sublime scène du Mont Venteux en est un autre exemple lorsque les Nazgûls sont face aux Hobbits. Alors, ceci correspond à une majestueuse mise en scène (la suite un peu moins : lorsqu'Aragorn arrive et se bat contre les Spectres, cela laisse à désirer). Mais cela ne correspond pas à la charte des critères du cinéma classique, donc je suis un ignare pour avoir trouvé cela du grand cinéma. Mais il faudrait que tu te demandes aussi pourquoi ces techniques (qui ont déjà été utilisées dans d'autres films) sont particulièrement efficaces ici. Pourquoi surexposer un visage (chose qui existe depuis toujours) est TANT efficace ici ? C'est ça aussi, le génie : avoir le culot d'utiliser une technique déjà épprouvée, mais taper juste, trouver le pur instant dans lequel cet effet va trouver toute sa valeur. Autre exemple : utiliser la "technique Hitchcock" pour appréhender la première confrontation entre Frodon et les Nazgûls. Pourquoi cela fonctionne ici ? Pourquoi cela se révèle-t-il un instant magique alors que la technique a déjà été éprouvée ?<p>Alors les défauts de ces films, je les ai maintes fois soulevés, selon mon point de vue. Et s'il y a un point où on est d'accord, c'est sur la lourdeur des "fausses morts". Mais pose-toi cette question : comment se fait-il que j'accepte ces lourdeurs tout en affirmant que c'est un chef d'oeuvre ? Comment ce fait-il que je DETESTE l'arrivée d'Aragorn sur les bateaux des Corsaires (mon passage spectaculaire préféré du livre de Tolkien) alors que j'estime que ce film est un chef d'oeuvre ? Pose-toi cette question. Pose-toi cette question : comment peut-on élever un film au plus haut niveau sans qu'il soit parfait...<p>Semprini, j'ai un peu peur lorsque je vois un tel enfermement, un tel potentiel à affirmer qu'une technique EST mauvaise, qu'un avis sur un film élaboré ne peut être valable que s'il est conforme à ton cahier des charges du cinéma. Honnêtement, et PJ n'a rien à voir là-dedans, tu sembles afficher une grande connaissance cinématographique et avoir un grand "palmarès" de films de qualités regardés (je n'en doute pas une seule seconde, les auteurs que tu affiches en sont la preuve), mais je me demande si, derrière cette façade de diamant, tu as vraiment compris ce qu'est le cinéma...<br>

