27-03-2004, 01:46
En laissant traîner mes oreilles dans le train, ce matin, j’ai eu l’occasion d’entendre une édifiante discussion entre plusieurs spécimens de ce qu’il conviendrait d’appeler des « d’jeuns », à défaut de trouver d’autres qualificatifs plus adéquats. La conversation portait bien entendu, sur une certaine trilogie cinématographique (si tu ne sais pas de quoi je parle, cher(e) lecteur(trice), permet-moi de te souhaiter la bienvenue sur Terre, ô voyageur(geuse) extraterrestre.). D’ailleurs, si cette joyeuse et intelligente assemblée avait parlé d’autre chose que des lamentables productions jacksonoïdes, c’est sans aucun doute dans le forum <I>Beyonce T d’la balle</I> ou dans le chat <I>Vive le Rauque’n’raule familial avec Kyo</I> que je me serais (improbablement) rendu.<p>Bref.<br>La conversation était fort inintéressante (ça vous étonne ?) bien qu’instructive concernant l’étendue du désastre que représente la vision –déformée par le nauséabond et simpliste truchement jacksonien– du Légendaire Tolkienien chez les jeunes.<br>Mon oreille fut toutefois attirée par une phrase que je prends la peine de vous traduire du langage « d’jeuns » en français courant pour plus de facilités :<br>« <I>Les Nazgûl ? Ah oui, ces cinq </I>(sic)<I> charlots </I>(sic)<I> en noir qui veulent voler l’Anneau à Frodon avec leurs dragons volants </I>(re-sic)<I> et qui se plantent tout le temps ! Ils sont aveugles ou quoi ?! Trop marrants !</I> (re-re-sic)»<p>Voyons voir. Plusieurs éléments sont intéressants à plus d’un titre dans cette lamentable évocation des Cavaliers Noirs.<br>Leur nombre tout d’abord.<br>« 5 » évoquait approximativement l’énergumène dans le train qui le menait vers son lycée.<br>Un chiffre révélateur de l’opacité de la mise en scène de Peter Jackson concernant le nombre exact des Spectres de l’Anneau.<br>Dans le film, on répète à plusieurs reprises, au cours de dialogues poussifs ou légers (mais jamais profonds – <I>c kwa la profondeur</I> ?) qu’ils sont bien 9.<br>Mais que voit-on ? Les 9 ensemble, on ne les remarque qu’une seule fois, au cours de la ridicule poursuite à travers des milliers de kilomètres de paysages néo-zélandais où Liv Tyler joue la meilleure partie de son rôle : celle où elle ne parle pas. Et encore, sur certains plans, ils ne sont plus que 8, comme sur cette preuve à charge : <p><img src="http://www.numenoreen.com/Images/themasterswill.jpg"><p>Et puis à nouveau un petit coup tous ensemble (à 9, donc) dans ROTK<SMALL>TM</SMALL> lorsque Magic Gandalf et son boulet Pippin galopent pour sauver Faramir sur la plaine du Pelennor (j’y reviendrai)<br>Mais deux noëls se sont écoulés entre les deux scènes. Le spectateur lambda, et à plus forte raison le prépubère qui a voté entre-temps pour Georges-Alain le briseur de portes puis pour Michal le voleur d’Oranges (« <I>c pa moâââ !</I> » Ah, quel talent !), ne fait peut-être pas le lien entre les 9 hâtivement filmés par l’épileptique caméra jaxonoïde d’hier et les 9 d’aujourd’hui dévoilés par de somptueux et grandiloquents effets spéciaux…<p>Alors, rien d’étonnant, avec toutes ces oscarisables preuves de savoir-faire cinématographique, que certains simples et inattentifs spectateurs se perturbent dans une ébauche approximative de comptabilité <I>úlairienne</I>…<p>Du coup, cette conversation au milieu de laquelle je me suis discrètement glissé, toutes oreilles tendues, m’a fait penser à un de mes amis, alors fan de Jackson, qui s’était tapé (le fou !) les trois machins de la « trilogie », dont les deux premiers dans leur version dite <I>longue</I> pendant la journée du Raid III. En fin de soirée, épuisé mais content de lui, il eut tout de même la force de me dire : « Quand, même, il y a un truc qui cloche pour les Nazgûl, mais j’arrive pas à définir quoi... »<p>Quid en effet de la crédibilité des Nazgûl de Peter Jackson en tant que « méchants » dans le monde manichéen de la <I>trilogie</I> de LOTR<SMALL>TM</SMALL><br>Elle est nulle.<br>Font-ils peur ? – Non.<br>Sont-ils efficaces ? – Non.<br>A quoi servent-ils, alors ? Heu…<br>Et surtout, QUI sont-ils ? – Ah ça, je sais : ce sont 9 esclaves de Sauron qui, heu… ils doivent prendre l’Anneau… et puis… heu. Ils disparaissent dans FOTR, noyés par le tour de magie d’Arwen avec les chevaux dans la rivière et tout… mais ils reviennent plus tard sur des montures ailées, heu… Comment ? Pourquoi ? – Ah ça, je sais pas, par contre… je crois qu’ils ont oublié d’en parler dans le film… Mais en tout cas, ce sont des rois corrompus, on les voit bien au début de FOTR<SMALL>TM</SMALL> ! <br><SMALL>A propos, sont-ils bien 9 à jouer dans cette scène furtive, le rôle des 9 seigneurs corrompus par Sauron ? Pas certain... il faudrait re-compter.</SMALL><p>Peter Jackson n’a pas travaillé ces personnages fondamentaux de l’œuvre.<br>Il les a improvisé au fur et à mesure de l’abracadabrante rédaction de son scénario à géométrie variable. C’est à dire que les fantasmes de Jackson, faits de visages sanguins, de liquides gluants, de jus vert (cf Frodon à Cirith Ungol, cf la « Slime » de Minas Tirith) et de cocons juteux... ne cadrent pas avec l’image glacée des Nazgûl. Alors du coup, l’<I>artiste</I> barbu ne s’est pas attardé sur cet aspect de l’oeuvre.<br>On pourrait croire pour sauver les apparences, qu’il a eu la volonté de les désacraliser pour faire une sorte de pastiche en clin d’œil aux fans potaches – les mêmes qui s’esclaffent lorsque la caricature de Gimli évoque le « lancer de Nain ». Un peu comme de représenter Sauron par un œil globuleux projetant un faisceau lumineux du haut d’un mirador (<SMALL>tiens… encore un fantasme néo-quelque chose ?</SMALL>)… <br>Il n’en est rien.<br>C’est la le drame. Dans l’incompétence, le barbu de Wellington se révèle être le plus sérieux du monde.<p>Du coup, de ridicules, les 5, 8 ou 9 Nazgûl deviennent <B>pa-thé-tiques</B>.<br>Là où Tolkien les avaient faits secrets, silencieux, subtils, reptiliens, froids, angoissants, effrayants… terrifiants !.. Jackson nous sert depuis son scénario macdonaldien des brutes sans finesse, lourds du cul, maladroits, incompétents, abrutis, ridicules, puant des bras… « aveugles » comme dirait notre « d’jeuns », involontairement clairvoyant malgré le shit qu’il venait de s’envoyer 10 minutes avant sur le quai de la gare. Bref des archétypes de méchants tels qu’on pourrait en trouver dans les épisodes de l’<I>Agence Tout Risque</I> ou pire, dans <I>Colt Seavers, l’Homme qui Tombe à Pic</I>, lamentable scorie télévisuelle des années 80 qui a accompagné vers la tombe la carrière du célèbre acteur Lee « Steve Austin » Majors.<p>Est-il utile de faire une longue liste de toutes les absurdités ratées que nous imposent les trois apprentis-scénaristes que je ne nommerai pas par économie d’usage de clavier et les splendides figurants-esclaves de New Line dont le générique de fin présente hâtivement et discrètement sur les 8 (?) 9 (?) patronymes ?<br>Je m’y attelle tout de même. Par stakhanovisme anti-jaxonien ou pour combattre l’ennui, allez savoir…<p>Ca commence donc par cette mémorable cavalcade sleepy-hollowienne résonnante, fracassante et décapitante (<SMALL>était-ce utile, cette exécution gratuite d’un pauvre gros hobbit ? destinée sans doute aux fans de snuff-movies, qui composent très certainement une partie du noyau dur des fans historiques de Peter « Braindead » Jackson</SMALL>) qui refroidit d’entrée, car elle illustre d’angoissants et ténébreux (mwarf !) propos de Gandalf au sujet de « 9 spectres esclaves de Sauron » qui sont à la recherche de l’Anneau que possède le larmoyant Frodijah Bagwood. On peut noter que le magicien et le hobbit aux grands yeux tristes conversent dans le secret tandis que les bourrins couverts de défroques noires annoncent avec une discrétion de fanfare « C’est nous que v’là ! DZZ-ZZZING ! BOUM ! TAGADA-TAGADA ! » à toute la campagne environnante. Une réussite, mon trésor ! Mais nous ne sommes pas à une contradiction près… Bref. L’effet est désastreux et donne de nos nazgûlitos une image de brutes-au-front-bas dont on ne se détachera plus jusqu’aux gués du Bruinen. <p>Autre scène marquante, l’arrivée d’un cavalier noir au dessus de la cachette des 4 hobbits. Une scène un peu moins ratée que la précédente (sans doute parce qu’elle n’est pas une création originale mais un copié-collé d’une scène identique du dessin animé de Bakshi…)<br>A-t-on réellement peur, ici ? Non.<br>Le coup des vers et des insectes qui sortent de tous les coins de la cachette, on aurait pu s’en passer. Mais Jackson ne cherche pas à faire peur, ici, juste à dégoûter ou à chatouiller les phobies formatées de ce qui compose l’essentiel de son nouveau public : les jeunes filles prépubères de l’Amérique blanche anglo-saxonne et protestante (N’oublions pas que le WASP a une crainte mystico-névrotique des lombrics et de tout ce qui y ressemble, si vous voyez ce que je veux dire).<br>L’attitude détachée des acteurs Boyd et Monaghan et les clowneries pathético-jarjarbinguesques des personnages qu’ils incarnent, noie également toute angoisse dans cette scène. Quant à Frodon, comme d’habitude, il n’est pas crédible. Il joue avec son anneau ? et après ? Où est l’angoisse ? où est la terreur ?<br>Du coup, objectivement, à quoi a-t-on droit ? A un grand con sur son cheval déguisé avec des plaques d’alu, qui s’est paumé sur un sentier et qui ne retrouve pas son chemin parce que sa capuche lui couvre le visage et qu’il ne peut pas voir plus loin que les oreilles de son canasson. Alors il descend du cheval pour y voir plus clair… mais s’il n’enlève pas la capuche, ça sert à rien ! Un crétin, quoi.<p><img src="http://www.numenoreen.com/Images/souche.jpg"><p>C’est en visionnant ce genre de scène qu’on se rend compte à quel point Ralph Bakshi avait du talent... et à quel point, Jaxon en manque, même pour pomper sur les collègues…<p>S’ensuit une invraisemblable course poursuite à travers les bois. Du n’importe quoi intégral. C’est mal filmé, c’est idiot, incompréhensible, et c’est surtout pénible à regarder tant le film frise ici l’automutilation !!! Le Nazgûl est d’une incompétence crasse ! Qu’attend-t-il pour attraper ces fichus hobbits ! Nom de nom ! Il a un cheval et des petits copains dans les environs, il est dix fois plus rapide et plus fort qu’eux, il peut s’emparer d’eux sans le moindre effort.... eh non ! Il ne les attrape pas ! A pleurer de rire. Ou de colère.... au choix selon les sensibilités (Remboursez ! C’est nul !)<p>Autre grotesquerie fumante, le carnaval des andouilles à Bree. Là encore les Nazgûl ne font rien dans la dentelle. Ils explosent avec une légèreté obelixienne la grande porte du bourg, tuant <I>avec discrétion</I> le gardien au passage. Puis ils investissent dans une obscurité quasi permanente la pièce où sont censés dormir les 4 hobbits (enfin, d’après ce qu’ont pu comprendre ceux qui avaient lu le livre de Tolkien préalablement, les autres s’interrogent encore…) et, toujours dans l’ombre (c’est agaçant, on ne voit rien : y’a p’têt rien à voir...) ils s’empêtrent dans un ridicule simulacre de cérémonie satanique qui fait encore rigoler aux larmes le tristement célèbre Charles Manson du fond de sa cellule capitonnée.<p><img src="http://www.numenoreen.com/Images/wreathedinshadow.jpg"><p>Franchement, qui a pu avoir peur une seule seconde dans cette série de sketchs pesants et confondants d’incompétence en terme de mise ne scène autant qu’en terme de figuration... ? Personne bien entendu.<br>Et on file des Oscars à CA !!! Quelle pitié...<p>Le pompon est atteint à Amon Sûl !<br>Les Hobbits s’étaient déjà distingués en allant stupidement sur le sommet sans issues de la caillouteuse collinette (qui n’a donc rien à voir, on l’aura deviné, avec <I>Amon Sûl</I>, la vraie, celle du livre) alors qu’un scénario mieux ficelé les aurait éventuellement laissés dans un endroit plus sûr ou guidés vers une échappée plus logique et plus intelligente… mais on sait <I>qui</I> sont les pathétiques auteurs de ce scénanario…)<br>Offrant une proie facile et sans défense digne de ce nom, les Nazgoulinets investissent lentement le site… <p><img src="http://www.numenoreen.com/Images/CANazgul3.jpg"><p>... et la mascarade peut alors commencer.<br>L’adage jaxonophobe « quand Nazgûl rime avec ridicûles » prend dans cette scène stupide, inutile et TRES mal tournée, tout son triste sens.<p>Le baroud d’honneur des Nazgûlitos est, dans la triste lignée de tout ce qu’on a eu le malheur de subir avant, très loin d’être à la hauteur. S’il y a ici une réelle montée de l’angoisse, c’est parce que le pauvre client-spectateur (je parle de celui qui a la chance d’avoir une sensibilité liée au fonctionnement normal et autonome du cerveau) commence à s’attendre au pire du point de vue de la réalisation et du scénario qui, pour reprendre les propres termes de Jackson <I>himself</I> a été écrit au fur et à mesure du tournage des scènes… quel gage de sérieux et de professionnalisme. Et hop ! Un Oscar du meilleur foutage de gueule !<br>Bref, l’arrivée chevauchante des Nazgouilles, la précipitation une fois de plus fort mal filmée des héros, la poursuite bas de gamme après <I>magic</I>-Arwen par les incapables Noirs cavaliers qui doutent ici eux mêmes de leurs propres effectifs (« On est 8 ou on est 9 ? »), et enfin, la chasse d’eau déclenchée par les incantations susurrées par la fadasse princesse qui nous débarrasse du peloton d’énergumènes qui a brillé par sa nullité tout le long de leurs pitoyables interventions… Tout ceci enfonce, hélas, le clou d’une bien navrante et incompréhensible démonstration de la part de Jackson.<br>Et dire que de gentils gogos osent écrire, par-ci, par-là, que Jackson serait <I>le plus grand fan de Tolkien</I>(sic...<SMALL> et sob…</SMALL>). Forfaiture. Une telle affirmation, à la vue des pièces à charge a autant de crédibilité que l’idylle factice entre Olivier le Bachellor 2003 et sa pseudo-fiancée Alexandra. Un véritable fan assassinerait-il à ce point des personnages-clé d’une trame narrative pour en faire des faire-valoir de la bêtise hollywoodienne ?<br>Non. Bien sûr que non. Soyons sérieux.<p>En traitant le sujet des Nazgûl avec tant de légèreté dans FOTR, le petit gros de Wellington a définitivement ôté à son clip géant toute l’angoisse, la tension et la force du récit de Tolkien. En ridiculisant les envoyés de Sauron comme il l’a fait, il a enlevé tout ce qui aurait pu être captivant dans ce scénario ennuyeux qu’il a prétendu nous imposer.<p>Les choses auraient pu changer avec ROTK<SMALL>TM</SMALL>.<br>Ben non. Pas tant que ça.<br>Il y a les effets spéciaux, certes. Il y a le cri du Roi-sorcier, bien plus impressionnant aux portes de Minas Morgul que dans la Comté de FOTR<SMALL>TM</SMALL>, certes. Il y a l’apparition plutôt réussie des créatures volantes que chevauchent les 9 esclaves de Sauron (les fameux « <I>dragons volants</I> » de notre ami le « d’jeun ».<br>Hélaaas… même avec ces cartes maîtresses en main, Jackson nous fait du boudin.<p>Tout commence (et tout finit, pourrait-on ajouter !) par le désastre scénaristique d’Osgiliath, dans ce navet qu’on osa baptiser du même titre que le second tome d’un roman des années 50, à savoir <I>Les Deux Tours</I> de JRR Tolkien (pour ceux qui ont du mal à suivre...).<br>L’incompétence absolue des Nazgouillos de môssieur Sauron fait peur à voir.<br>Voici un être représentant le mal absolu, chargée par un maître tout puissant de s’emparer de l’Anneau unique que le ci-devant maître (les connaisseurs apprécieront la désuète formule) désire récupérer quoiqu’il puisse lui en coûter. L’être, privé de tout autre volonté que celle de son maître, douée d’un pouvoir absolu de terreur, chevauchant une créature terrifiante dont la puissance n’a d’égale que la monstruosité…<br>Face à elle, cette lavette larmoyante d’Elijah Wood et son fameux Anneau.<br>Tout est joué. Le film peut s’arrêter là. Le Hobbit va être capturé, emmené jusqu’aux donjons de Barad Dûr où il subira, privé de son anneau, les affres les plus inimaginables de la torture physique et psychique. C’est logique ! Il ne peut en être différemment !<br>EH BIN NON ! Le Nazgoupiat est tellement incapable qu’il loupe <B>l’occasion de sa carrière</B> !!! :ouch : <br>In-vrais-sem-blable ! « <I>Il est con ! Il est con ! Mais qu’il est con !</I> » comme dirait Pignon.<br>A moins que le scénario ne soit qu’un ramassis d’idées confuses, d’approximations non maîtrisées, d’hasardeuses stupidités rédigées à trois hésitantes mains. Ce qui à mon avis est la piste la plus plausible. <br><SMALL>« <I>Un Oscar ! Un Oscar ! Un Oscar !…</I> »</SMALL> ;-<p>De toute façon, au milieu d’un film loupé et malsain, toute la déviante scène d’Osgiliath est foireuse. Alors, le rôle du Nazgûl incompétant ne pouvait de toute façon pas sortir du lot d’immondices qui s’accumule ici.<p>Exit TTT<SMALL>TM</SMALL> et ses puanteurs.<br>Nous voici dans ROTK<SMALL>TM</SMALL> !<p>Attention, là c’est autre chose. Dans les événements qui déboulent sur l’écran, on se rend compte que la bande de 8 ? 9 ? rigolos sont à présent… potentiellement <I>dangereux</I>…<br>Jusqu’à présent les actes de bravoure des esclaves de Sauron se limitaient à la décapitation pitoyable d’un hobbit, à une poursuite à la Benny Hill dans les bois, à l’écrabouillage du gardien de la porte de Bree façon Obélix contre les Romains, à la blessure manquée de Frodon Wood (qui a beaucoup pleuré mais qui va mieux, merci pour lui) et à une éclaboussante noyade collective provoquée par une fille à papa… Des vraies usines à gaz, les gars ! <p>A présent, sur leurs immondes destriers volants, ils ont vraiment l’air terribles. Et j’ai bien dit terribles, pas effrayants, la peur étant, tout comme dans les deux <I>intemporels chef-d’œuvres</I> précédents, totalement absente de l’incertaine façon de filmer du sieur Jackson Peter, ci-devant « <I>Meilleur réalisateur de tous les temps</I> » (et hop ! encore ma jolie formule désuète).<p>Seulement voilà… il y a le ramassis de stupidités que l’usage convient de timidement appeler de la commune dénomination de <I>scénario</I>, bien que ce mot soit un peu fort pour désigner une accumulation de papelards, brouillons et autres hâtives notes accumulées au fur et à mesure de l’hésitant tournage du film, selon l’aveu même du trio de scribouillards dont je tairais ici les patronymes.<br>Avoir un tel potentiel d’effets spéciaux et des personnages d’une telle puissance visuelle pour un si piètre résultat, ça frise la perturbation mentale !!<p>Bien entendu, il y a quelques bonnes choses, comme le hurlement du Roi Sorcier aux portes de Minas Morgul, bien plus puissant et sonore que le miaulement de castra tuberculeux qu’on a entendu dans les bois de la Comté de FOTR<SMALL>TM</SMALL>. Bien sûr, il y a les vertigineuses scènes durant lesquelles les Nazgûl et leur montures, toutes ailes déployées plongent sur Minas Tirith… J’ai envie de dire : « Ah ? et après ? »<br>En effet, au milieu du bronx de bêtises sans fil conducteur qu’est ROTK<SMALL>TM</SMALL>, ces scènes de qualité sont autant de pets de mouche dans une tempête tropicale.<p>Ainsi, quel intérêt de faire des Nazgûl volants des sortes de vilains JU 87 Stukas sans bombes qui remplacent leur sirènes par de vilains hurlements et qui se contentent d’attraper les petits cavaliers effrayés et de les emmener bien haut pour les refaire tomber dans un bruit de chair broyée (SPRLOUITCH ! <SMALL>Si, si… le Jaxon a poussé le raffinement de sa bêtise gore jusqu’à ce merveilleux détail, vous vérifierez sur le super DVD version méga-longue, il y aura des bonus pour expliquer comment ils ont reconstitué le bruit ! <I>Et un Oscar pour le meilleur bruitage idiot, un !</I></SMALL>). Que ce genre de scène défile une fois, pourquoi pas ? Mais trois fois, quatre, cinq fois ??? Sur la plaine, sur les remparts ? Quel intérêt ? C’est parce que Jaxon n’arrive pas à reconstituer la terreur palpable dans les pages du livre de Tolkien qu’il imagine ce simulacre d’intervention physique de ces méchants personnages ?...<br>La contradiction avec la scène absurde d’Osgiliath est totale, puisque le Nazgûl de TTT<SMALL>TM</SMALL> qui se trouvait face à Fro-fro le don-don a été incapable d’esquisser le moindre geste en cohérence avec ce que réaliseront à la chaîne ses collègues de ROTK<SMALL>TM</SMALL>. <br>Bref du GRAND n’importe quoi cinématographique.<p>La scène confrontant Gandalf et les Nazgûl sur les champs du Pelennor pour sauver les compagnons du droit et gentil Faramir (qui était si instable et si méchant dans TTT<SMALL>TM</SMALL>, comme quoi, d’un Noël à l’autre, c’est fou ce qu’on peut changer) auraient pu être du grand art : pas trop mal filmée, une belle photographie, du mouvement et du suspens (sauf pour ceux qui connaissaient déjà l’histoire, hein ?)... Mais PATATRA ! Que fiche donc l’autre andouille de Pippin avec Gandalf sur un Shadowfax lancé à toute vitesse dans une incertaine charge contre les forces ténébreuses ? Merci môssieur Jaxon de pourrir toutes les scènes intéressantes avec des <B>cré-ti-ne-ries</B> !!!<p><img src="http://www.compu-webs.com/mckellen/images/1382.jpg"><p><SMALL>Du coup la présence absurde de Pippin dans cette scène –« <I>Mais si ! Ca symbolise la participation des Hobbits à tous les combats</I> » Mmmmh... et mon pied au cul, il participe à tous les combats aussi ?... Cette présence absurde, disais-je, fait penser à nouveau à l’intervention d’Arwen pour sauver Frodijah dans FOTR-<SMALL>TM</SMALL>. En effet, voilà une jeune elfe, visiblement fille unique de son popa (Jaxon snobe totalement Elladan et Elrohir dans son scénar), qui est autorisée à aller <B>seule</B> à la recherche des hobbits et de Grands-pas alors que les grands méchants 8 ?, 9 ? men in black sont dans les parages. <br>Grands méchants ? Pas tant que ça puisque popa Elrond –qui je le rappelle ne veut surtout pas laisser sa fille flirter avec un mortel, serait d’accord pour la laisser risquer sa vie en se frottant aux Nazgûl ? Ca ne tient pas debout, sauf si on sait à l’avance dans l’histoire qu’on aura <B>rien à craindre</B> de cette équipe d’incompétents aux effectifs aléatoires... Et du coup, on comprends que Pippin ait toute sa place aux côtés de Gandalf, puisque les 9 fonctionnaires de Minas Morgul sont des <B>incapables !!</B><br>Quelle jolie cohérence interne. Admirable, vraiment. <I>Vite un Oscar !</I></SMALL><p>Et quoi de plus désolant qu’un grand méchant qui profère des menaces sans y donner suite ? Sur les champs du Pelennor, le grand Nazgûl annonce par exemple au spectateur un funeste destin pour Gandalf, tout semble alors indiquer un affrontement inévitable entre le vilain roi-sorcier et l’admirable magicien à le blanche barbe –qui à ce moment du film n’est pas encore l'épouvantable assassin de l’intendant du Gondor. Mais le cave au manteau noir ne tient pas sa promesse puisqu’il n’y aura ni affrontement ni rencontre. Et un cave qui se rebiffe, c’est minable, vraiment... ;-<br>Oh bien sûr on me dira que la scène est quelque part dans une hypothétique <I>version longue</I> qui sortira en DVD... et patati et patata. Fichaises ! J’ai été voir un film au cinéma qui n’est pas clair à ce sujet et qui ne présente pas toutes les scènes dans leur intégralité. Magie d’un découpage top tendance oscarisable, incompétence du réalisateur, ou arnaque volontairement réalisée sans aucun respect du spectateur ? Va savoir... Du coup, notre vilain Nazgûl perd le peu de crédibilité qui lui restait....<p>Allez ! on lui accorde au moins le baroud d’honneur de la scène avec Eowyn. Mais c’est con : Il se fait tuer ! Passons.<p>La façon désinvolte et absurde avec laquelle Jackson traite les Nazgûl est symptomatique de l’approximation générale dans l’approche de l’oeuvre qu’il était censé adapter et de l’incompréhension de nombreux aspects de cette même oeuvre.<p>« <I>The sequel to The Hobbit has now progressed as far as the end of the third chapter. But stories tend to get out of hand, and this has taken an unpremeditated turn.</I> » écrivait Tolkien en mars1938 à propos de l’avancée de son nouveau roman (lettre 26, adressée à Stanley Unwin). Le “tour inattendu” qu’évoque JRR Tolkien dans cette lettre, c’est bien entendu la sombre apparition d’un cavalier noir dans les pages guillerettes de la suite de son <I>Hobbit</I>. Un personnage sinistre sorti tout droit des ténébreuses ombres du Silmarillion. Un personnage qui, le premier, va faire le lien entre la grande fresque mythologique sur laquelle Tolkien travaille depuis la Grande Guerre et le best seller espiègle et rafraîchissant qu’est <I>The Hobbit</I>.<p>Ainsi les Nazgûl sont des personnages clés dans le récit Tolkienien, tant d’un point de vue externe qu’interne. Jackson bousille tout ce schéma avec ses gros sabots pas très fins. Et les petits malins qui avancent des absurdités concernant le grand respect de l’oeuvre de Tolkien par Jackson, se trompent gravement. Car en maltraitant les Nazgûl par son incompétence de scénariste amateur et de cinéaste plus que brouillon, Jackson <B>a trahi Tolkien</B>.<p>Mais cela tient au fait que la trilogie de Jackson est avant tout un film de commande, quoi qu’on puisse en dire.<br>Car Jackson n’est pas <I>le plus grand fan de Tolkien</I>. Ce film, il l’a tourné <B>sur commande</B>, contrairement à tous les mensonges qui ont accompagné les très médiatiques promos des films et des DVD versions longues.<br>Mais là n’est pas le sujet. En tout cas, le résultat est là. Ces 8 ?,9 ? Nazgûl ratés contribuent de façon terrifiante à la catastrophe cinématographique que constitue cette pseudo-trilogie. <I> C po grave, on s’en fout ! c d’la balle kan même ! Vite, un Oscar ! Un Oscar !</I><p><p><br>Afin de conclure, je dirais que tout cela est bien dommage, que Jaxon avait les moyens de nous rendre nos Nazgûl tels qu’on les avait connus en lisant le Seigneur des Anneaux mais qu’il a fait le choix hautement discutable de les ridiculiser, comme tout ce qui touche au mal dans ces films (les Uruk-Haï, le troll de la Moria, l’oeil-girophare de Mordor...). <br>Quel est le but de cette démarche ? Peut-être est-ce encore à analyser. « <I>La démarche ? c’est que c’est une a-da-pta-tioooon ! Bordel !</I> » Ben voyons.<br>Inutile en tout cas de chercher une réponse du côté de l’intéressé, sa bouche est tellement pourrie par les mensonges, les contradictions ou les arguments de marketing bas de gamme depuis plusieurs années qu’on ne peut absolument pas avoir confiance dans ses dires.<br>Peter Jackson a prétendu par exemple au cours d’une interview qu’avant de tourner une scène, il se plongeait dans la lecture du passage concerné dans le livre de Tolkien pour s’imprégner de l’ambiance. Premièrement, je me demanderai jusqu’à mon dernier souffle à quelle page il a pu s’imprégner de l’ambiance des scènes d’Osgiliath... deuxièmement, je reste persuadé que toutes les autres scènes impliquant des Nazgoulinets, il les a pioché dans <I>Les nouveaux Exploits de Quick et Flupke, gamins de Bruxelles</I> par Hergé, où les méchants sont plus bêtes que méchants... Mais certainement pas chez Tolkien...<br>Et du coup, voici un bel exemple d’une vision totalement déformée de l’oeuvre de Tolkien lorsqu’elle passe par la puante boite à images du babru de Wellington.<br>On comprend, alors que ces « d’jeuns » qui s’en allaient vers leur lycée se demandent encore aujourd’hui : « Mais qui sont exactement ces Nazgûl et à quoi servent-ils dans l’histoire ? »<p>Et en fin de compte... lesquels sont les plus effrayants ?<br>Ceux-ci ?<p><img src="http://www.numenoreen.com/Images/nazgul4.jpg"><p>Ou bien celui-là ?<p><img src="http://www.numenoreen.com/Images/booklet13_13-05-2001.jpg"><p>I ;o)<p><SMALL>PS : merci au site Numenoreen.com pour les photos</SMALL>

