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Les dérives de la passion, les pièges du savoir :
Stalker, un film transpose et recompose les passages et les formes d'un livre différemment, notamment pour des raisons narratives. On l'a déjà évoqué pour le discours sur l'homme du Harad, en instrospection attribuée à Sam dans le livre, en discours oral replacé chez Faramir dans la VL. On a d'autres exemples de propos ou de scènes replacés dans un contexte différent dans le film (par ex. le songe de Faramir dans le livre, transposé chez Eowyn dans la VL -- on pourrait discuter de la portée de cette transposition, reflexion faite elle n'est pas si anodine).<p>Avant de dire que PJ, en retirant une <i>situation</i> entre Sam et Gollum (situation, comme l'a relevé Lothiriel, dont l'interprétation est loin d'être évidente et relève déjà d'une analyse fine), a manqué un aspect du livre, on pourrait se demander si une autre <i>situation</i> de son film ne couvre pas ce même aspect, par glissement.<p>Il me semble -- mais oui, il y a <i>nécessairement</i> un ressenti personnel, on ne peut en faire l'économie totalement! -- qu'à la fin de siège d'Osgiliath dans le second film, lorsque Sam relève Frodon et tient sur petit laïus sur les belles choses qu'il faudrait sauver, cet aspect se retrouve. Smeagol, penaud, baisse les yeux pendant ce discours dont il est exclu, évocateur d'un monde dont il ne fait plus partie. Dans la VL, les propos de Faramir qui suivent et ses menaces personnelles contre Smeagol ne font qu'appuyer cette impression de coupure, d'isolement. Car il commet une faute autrement plus lourde que celle de Sam dans le livre à mes yeux, car il juge sans connaître, sur la simple impression que Smeagol <i>est</i> mauvais. L'impression de trahison que ressent Smeagol s'exprime dans les scènes qui suivent, lorsqu'il prend la décision de les amener à Arachné... A cet égard, il me semble que le film -- surtout en VL -- garde une certaine cohérence, et que le retournement de Gollum, quoique placé plus tôt, n'en est pas absent. <p>On pourrait encore argumenter... Dans la fameuse scène du vol des lembas dans le film, Sam se met à frapper Smeagol sans preuve -- On sait qu'il a raison et que les torts qu'il reproche à Smeagol sont réels, mais la scène m'a néanmoins laissé un arrière-goût amer d'injustice, le bonhomme de Sam n'ayant aucune preuve pour agir ainsi.<p>Chaque spectateur peut recevoir ces scènes différemment et ne pas y "lire" la même chose ou ressentir les mêmes émotions (j'y reviendrai plus bas). Mais cette "lecture" du film n'en est pas moins possible, et elle n'est pas alors si éloignée du livre -- la fidélité n'est pas qu'une affaire de forme mais aussi de thèmes, qui peuvent être exprimés tout aussi bien en étant tranposés ailleurs, sous une forme différente. C'est le propre d'une bonne adaptation, en principe...<p>Encore un point sur lequel le film ne me paraît pas avoir de raté (bigre, on va finir par me ranger dans les "Pro-PJ" ;o)...<p>Et pourtant... Il faut se faire un peu violence: à en croire les bonus de RotK, mesdames Boyens et Walsh assurent qu'il ne fait aucune doute pour elles que Smeagol est intrinsèquement mauvais et qu'il ne peut être sauvé... Cela donnerait de l'eau à ton moulin... Sauf que je crois l'on peut se ficher en partie des analyses a posteriori de ces deux dames, les choix du film ne reposant pas uniquement sur leur scénario (il y a des jeux d'acteur, des choix de réalisations, des choix de montage, etc. -- et tout cela pèse aussi pour ou contre dans la balance)... Et qu'on n'épuise pas non plus les contenus d'une oeuvre aux seuls sens qu'ont cru y mettre leurs auteurs (pour paraphraser Mircea Eliade et comme on l'a aussi cité quelque fois pour Tolkien lui-même ;).<p>Au final, la "lecture" que tu reproches au film pour Gollum me paraît pourtant un brin présente dans le film -- même a contrario de la volonté affichée des scénaristes...<p>"Si un auteur veut exprimer une chose précise et que ses lecteurs n'ont pas compris cette chose, soit les lecteurs ont mal lu, soit l'auteur s'est mal exprimé, soit le texte est ambigü."<p>On croirait entendre la sage Sun Tzu et ses "trois chances". N'allons pas couper des têtes pour autant ;) -- Un texte <i>est</i> presque toujours ambigü, à facettes multiples et à dimensions variables. C'est une de ses richesses, non?<p>"Je veux dire tout simplement que nos appréciations personnelles ne sont pas des arguments constructifs."<p>Ne tombons pas non plus dans le travers inverse d'une époque qui voudrait interdire les émotions, les passions et le ressenti personnel, toutes choses opposés à la raison et aux arguments.<p>Ressentir, "trouver quelque chose beau et émouvant", c'est admettre avoir été touchés, c'est avouer que nos cordes sensibles ont vibré. Si l'oeuvre de PJ était si creuse qu'on peut parfois le lire à certaines critiques, tout ceci n'existerait pas. Pas plus que notre appréciation des livres, sur un autre mode -- N'y a-t-il pas quelque chose de très intime entre le lecteur et un (bon) livre, entre le spectateur et un (bon) film?<p>"Rarement, on parle de l'ensemble, et des SENS que le film contient."<p>Il a fallu longtemps pour qu'on parle de l'ensemble, et des sens que le <i>livre</i> contient. C'est une cheminement dont je peux témoigner, tant personnellement qu'à travers l'aventure "Internet" autour de Tolkien. Et nous sommes loin, je crois, d'avoir parcouru tous les sens possibles... Alors, un peu de patience pour le film, le temps fera son oeuvre, dans un sens comme dans l'autre ;)<p>Qu'aurais-tu dit, il y a cinq ou six ans par exemple, à ceux qui clamaient "Le SdA de Tolkien est un livre génial"? C'est du même ordre, pourtant... Du même ordre mots pour mots.<p>Didier.<br>
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