22-03-2005, 20:52
<br><i>je ne peux jamais complétement me débarasser d'un sentiment de malaise quand je regarde ces parties des films : j'ai vu la tendance au gore de Jakson critiqué ici et là, pourtant je la trouve nécessaire, car tout d'un coup la guerre n'est pas propre, n'est pas belle. Gandalf qui assome Denethor et prend le pouvoir, Aragorn qui décapite La bouche de Sauron, c'est radical, c'est dérangeant et pourtant complétement compréhensible dans une logique de guerre. J'accepte qu'on me dise qu'une guerre est justifiée et nécessaire, j'aurais beaucoup plus de mal accepter qu'on me montre qu'on puisse mener une guerre juste en elle-même de bout en bout, même si elle n'exclut pas les actions nobles.</i><p><br>Sur ce point, j'appuie les propos d'Ed:<br>C'est tout à ton honneur d'avoir eu un sentiment de malaise mais je crains que ce sentiment soit absent chez la majorité des spectateurs: il suffit d'aller lire les avis sur ces points dans d'autres forums: le sentiment généralement ressenti est plutôt la jouissance aussi bien quand Gandalf assommait Denethor qu'à la fameuse décapitation. Ce n'est qu'une interprétation personnelle mais la logique de ces films semble être plutôt "la fin justifie les moyens"! On élimine physiquement tout ceux qui gênent (Denethor, Grima). Il faut associer cela avec la représentation du mal: toujours laide, monstrueuse, inhumain. Le mal, c'est "l'autre". (Je rappelle que la Bouche de Sauron, dans le texte, est un humain, on le soupçonne même d'être numénoreen et il est qualifié comme étant plus cruel qu'un orc, ces derniers n'ont pas du tout le monopole du "mal").<br>Je n'ai donc pas l'impression que PJ se soit embarassé avec des subtilités comme la lutte de l'espoir contre le désespoir symbolisée par une décapitation d'un monstre.<p>Entre parenthèses, le symbole du désespoir dans le texte, est précisément le Roi Sorcier, c'est ainsi que Gandalf l'a nommé d'ailleurs: <p><small><i>‘Yet now under the Lord of Barad-dûr the most fell of all his captains is already master of your outer walls,’ said Gandalf. ‘King of Angmar long ago, Sorcerer, Ringwraith, Lord of the Nazgûl, a spear of terror in the hand of Sauron, shadow of despair.’</i></small><p>Sur ce point, PJ a échoué à restituer le symbolisme des Nazgûl (la peur, le désespoir, le non vie, le refus de la mortalité). Dans les films, ces derniers ne sont terribles qu'à cause de leurs montures volantes, très efficaces en combat, au lieu de l'être par l'aura qu'ils dégagent (Je rappelle la grossière erreur de la scène d'Amon Sûl de FotR où Aragorn s'était débarassé d'eux avec une facilité remarquable). Les montures des Nazgûl leur ont volé la vedette en quelque sorte.<p><br><i>C'est le paradoxe de tous ceux qui s'engagent sur la voix de la guerre pour défendre des idéaux nobles, car telle que notre culture occidentale moderne conçoit ces ideaux nobles, ils sont en complète contradiction avec l'acte même de la guerre.</i><p>Les héros n'ont pas fait le choix de la guerre justement, s'ils l'avaient fait, ils auraient utilisé l'Anneau!<br>Les actions militaires de cette histoire n'étaient que des actions de défense (bataille du gouffre de Helm, celle du champ de Pelennor). La seule action "offensive" était une diversion. Ce n'est pas par la guerre qu'ils sont sortis victorieux même si la guerre a été un instrument mais ils étaient contraintes de la faire, ce n'était pas vraiment un choix. Le choix concernait surtout l'Anneau.<p><br><i>la décapitation me semble moins déplacée que les paroles, moins tendancieuse. A mes yeux, c'est plus honnête, Jackson n'essaie pas de faire passer la guerre pour ce qu'elle n'est pas.</i><p>Je suis, on ne peut plus en désaccord: La guerre montrée par PJ est d'abord manichéenne: les gentils et beaux d'un coté contre les monstres de l'autre, l'ennemi est clairement désigné. La guerre qui est montrée est une guerre 100% "juste" (le méchant Sauron veut tuer tous les gentils) donc idéalisée. Chaque ennemi tué provoque jouissance chez le spectateur, cette guerre est spectaculaire et glorieuse. On n'a pas de question à se poser, ni de pitié à avoir: C'est un monstre donc il faut le tuer, émissaire ou non. Comment peut on dire que la guerre de PJ contient ne serait ce qu'une once de l'ambiguité d'une situation de guerre réelle??<br>Un film "honnête" sur la guerre commencerait par montrer l'horreur, qui que soient les victimes et les gagnants (elle n'est pas uniquement présente dans "notre" camp). La guerre n'est pas une chose glorieuse et ne doit pas être montrée comme telle, même si c'est "notre" camp qui est victorieux. <p><p>

