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Dialogue dans la Communauté de l'Anneau
#18
Prenons un exemple déjà vieux de plus de vingt ans : le film <i>Conan le Barbare</i> (<i>Conan the Barbarian</i>) de John Milius (1981). Ce film de Fantasy est excellent. Et pourtant, il est très librement inspiré du personnage de Conan le Cimmérien crée par Robert E. Howard dans les années 1930. Le scénario de John Milius et Oliver Stone emprunte quelques éléments à certaines histoires de Howard (comme la fameuse scène de la crucifiction) et de ses continuateurs, Lyon Sprague de Camp et Lin Carter (comme la scène où Conan découvre une épée atlantéenne dans une caverne), mais le portrait qui est fait du personnage parait quelque peu différent de celui de Howard, tant sur le fond que sur la forme. Néanmoins, bien que Milius ait pris des libertés, l'essentiel a été préservé : l'esprit de l'univers crée par Howard... Ce film, à mon sens, n'a pas vieilli et constitue, quoi qu'on en dise un bel hommage à l'oeuvre originale de Howard. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie qu'une adaptation cinématographique peut être aussi originale et réussi que l'oeuvre littéraire dont elle s'inspire... Cela dit, ce n'est là que mon point de vue, et il est possible que ce qui a marché avec Howard, et le film de Milius, ne fonctionne pas aussi bien avec Tolkien et les films de Jackson, dans la mesure où le "cycle" de Conan, d'abord publié dans des revues, complété par d'autres auteurs après Howard, n'a pas été conçu à l'origine comme une oeuvre aussi homogène que l'est <i>Le Seigneur des Anneaux</i> (<i>The Lord of the Rings</i>), que Tolkien n'a notamment <b>jamais</b> conçu comme une "trilogie" (<i>The Lord of the Rings</i> << is not of course a "trilogy">> écrit-il dans le post-scriptum de sa <i>Letter</i> n° 165 (To the Houghton Mifflin Co.) de 1955).<br>Reste que les films de Jackson ont sans doute eux aussi, à leur manière, respecté l'esprit de l'univers de Tolkien. <br>Il ne faut pas négliger, à mon sens, l'importance de l'aspect formel dans les films de Fantasy. Les décors de Ron Cobb et la merveilleuse musique de Basil Poledouris sont pour beaucoup dans la réussite du film <i>Conan le Barbare</i>, tourné pour une bonne part, du reste, dans des décors naturels. De même, avec beaucoup plus de moyens techniques (ce qui rend le travail de Milius, pour sa part, d'autant plus méritant), les illustrateurs Alan Lee et John Howe, et le compositeur Howard Shore ont joué un rôle majeur, de mon point de vue, dans la réussite artistique des films de Jackson. <br>Sur le fond, je suis d'accord pour regretter la disparition de certaines étapes du roman de Tolkien. Certaines scènes inventées sont insupportables (par exemple, celle, particulièrement ridicule, où Légolas massacre à lui tout seul un oliphant et son équipage, tout en jouant les surfeurs... pathétique...), d'autres sont amusantes (commes toutes les scènes évoquant la nourriture, assez fidèles, à mon sens , à l'esprit hobbit...). La modification du rôle du personnage d'Arwen dans le premier film ne me gêne pas, mais la mort anticipée de Saruman me parait tout de même un peu rapide, et les interprétations de Samwise Gamegie ou de Denethor sont souvent franchement irritantes. Les interprétations des personnages d'Aragorn, d'Arwen et d'Eowyn sont justes, celle du personnage de Boromir est excellente, tout comme celle de Saruman - celle de Gandalf est aussi très bonne, surtout au début du premier film. Mais, pour moi, c'est surtout sur le plan formel que les trois films sont réussis, encore une fois... et je pense même que le travail d'adaptation de Milius de l'oeuvre de Howard est meilleur que celui de Jackson avec Tolkien. Avoir des moyens techniques écrasants n'est pas indipensable pour s'imposer sur le plan artistique. Regardez <i>Conan le Barbare</i> : beaucoup de décors sont naturels, les effets spéciaux sont conçus, le plus souvent, de façon artisanale... et le résultat est toujours impeccable 25 ans après. Scénario, mise en scène, interprétation (Schwarzenegger compris), musique : tout fonctionne... et pourtant, du reste, le film n'a pas été oscarisé. La nature de l'oeuvre de Howard a peut-être donné plus de liberté pour une adaptation que n'en donne éventuellement celle de Tolkien, mais de toute façon, c'est une question d'alchimie : pour que la sauce prenne, il faut que toutes les conditions soient réunies, ce qui n'est pas facile. Dans les deux cas, cela a fonctionné, mais on toujours plus de mérite lorsque l'on ne se cache pas derrière les effets spéciaux (heureusement que A. Lee et J. Howe étaient là pour "artistiser" la machine weta-jacksonienne).<br>Il ne faut pas oublier qu'une adaptation d'oeuvre littéraire, en tout cas, ne doit être perçue autrement que comme étant un point de vue particulier d'un cinéaste sur cette oeuvre littéraire... Des milliers d'adaptations sont possibles... mais combien peuvent se payer le luxe de les réaliser ? La volonté, c'est essentiel, mais quand on a de l'argent et de l'entregent, cela fonctionne tout de même mieux... Mais cela, c'est encore une autre histoire... ;-)<p>Sur l'adaptation de l'oeuvre de Howard par Milius dans <i>Conan le Barbare</i>, voir : "<a href="http://home.tiscali.be/protoplasme/FR/lapartdulion.html" target="_new">The Conan Completist : la part du lion, les influences howardiennes du film</a>"<p>Séquences du film <i>Conan le Barbare</i> : <br>- La scène de l'épée atlantéenne : "<a href="http://www.youtube.com/watch?v=3FXDehUuNLQ" target="_new">Conan the Barbarian - Atlantean Sword</a>"<br>- Cadeau spécial pour Didier ;-) : "<a href="http://www.youtube.com/watch?v=goedL4v0eoo&mode=related&search=" target="_new">Conan the Barbarian - Anvil of Crom</a>", le générique du film, un modèle du genre... <p>Cordialement, :-)<p>Hyarion.
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