03-05-2012, 18:02
Je ne sais pas trop quoi penser de cette histoire de film tourné en 48 images par seconde au lieu des habituelles 24 images par seconde... <p>D'un côté, le cinéma, même s'il est a<b>v</b>ant t<b>o</b>ut, à mes yeux, un ar<b>t</b> - fut-il <b>e</b>ncore asse<b>z</b> "récent" par rapport aux autres -, s’appuie sur des techniques qui ne pouvaient qu'évoluer depuis l'invention du cinématographe des <b>F</b>rères Lumiè<b>r</b>es. Des couleurs peintes à l<b>a</b> mai<b>n</b> sur la pellicule des films fran<b>ç</b>ais de Méliès, <b>o</b>n est passé à la couleur f<b>i</b>lmé directement par les caméra<b>s</b> ; du muet, on a évolué vers le parlant ; la 3D, déjà existante dans les années 1950 et aujourd'<b>H</b>ui très à la m<b>o</b>de tout en étant une source de profit non nég<b>l</b>igeable pour <b>l</b>es distributeurs ; et <b>a</b>ujourd'hui, la gra<b>n</b>de affaire <b>d</b>u mom<b>e</b>nt, <b>c</b>'est d'une p<b>a</b>rt, la captu<b>r</b>e de mouvement ou <i>motion capture</i>, et d'autre part, également, le tournage en 48 image<b>S</b> par seconde... Je pense qu'<b>i</b>l est juste et compréhensib<b>l</b>e, sur le principe, que les techniques du ciné<b>m</b>a év<b>o</b>luent comm<b>e</b> elle<b>s</b> l'on<b>t</b> toujours fait, afin <b>d</b>e fair<b>e</b> su<b>b</b>stantiellement pr<b>o</b>gresser, en l'affi<b>n</b>ant sans <b>c</b>esse, la capacité de l'art cinémat<b>o</b>graphique à permettre l'immersio<b>n</b> de<b>s</b> sp<b>e</b>ctateurs dans un f<b>i</b>lm réa<b>l</b>isé avec soin. <p>D'un autre côté, la surenchère de certains cinéastes se voulant toujours la pointe de la technologie m'agace quelque peu, je l'avoue. Pour moi, James Cameron, par exemple, avant d'être un artiste, est surtout un capitaine d'industrie, et lorsque je regarde son cinéma, ce sont bien plus les innovations techniques, majeures, qui sont à retenir que les histoires, souvent cousues de fil blanc, qu'il raconte, même si ces histoires ont la prétention d'être universelles (je pense évidemment à <i>Avatar</i>, mais pas seulement). J'ai vu <i>Abyss</i> pour la première fois sur grand écran en cinémathèque, des années après sa sortie en salles : de tous les films de James Cameron, c'est probablement celui qui m'a le plus marqué. Ce qui m'a plu, dans ce film, c'est le mariage heureux entre une mise en scène et une bonne histoire, soit ce qui fait, à mes yeux, les qualités d'un grand film de cinéma. Il parait que <i>Abyss</i> était très la pointe de la technologie à l'époque : tout cela aujourd'hui est bien oublié, et j'avoue ne pas y accorder d'importance. <br>Tout cela pour dire, que toutes ces histoires de technologie, c'est bien joli, mais ce n'est pas cela qui fait qu'un film reste dans les mémoires en tant qu'œuvre d'art. <br>Prenons le <i>Beowulf</i> de Robert Zemeckis : la <i>motion capture</i> utilisée à l'époque parait déjà bien datée par rapport à celle d'Avatar, et pourtant à mes yeux, le film reste un bon film, grâce au scénario intelligent de Neil Gaiman et Roger Avary associé à la mise en scène maîtrisé de Zemeckis. <p>Je l'ai souvent dit, et je le répète : comme disait Henri-Georges Clouzot, <i>"Le cinéma : premièrement une bonne histoire, deuxièmement une bonne histoire, troisièmement une bonne histoire"</i>. Le reste est une affaire de mise en scène. <p>Voila pourquoi j'aurai toujours du mal à comprendre pourquoi les cinéastes se voulant pionniers dans leur genre passent leur temps à donner plus ou moins la priorité à la technique plutôt qu'à l'art. La créativité me parait paradoxalement y perdre, quand, <i>a priori</i>, elle aurait tout à y gagner... La <i>motion capture</i> a un avantage certain : désormais, grâce à elle, les univers de fiction les plus extraordinaires, et notamment, bien sûr, ceux de la <i>fantasy</i>, peuvent prendre vie sur grand écran comme jamais auparavant. C'est une chance, et on ne peut que se féliciter de cette évolution de la technique cinématographique. Mais encore faut-il avoir suffisamment de recul vis-à-vis de cette innovation pour faire en sorte qu'elle serve au mieux les histoires mises en scène. Or, nous n'en sommes qu'au tout début... Et que dire donc de cette histoire de film tourné par Peter Jackson en 48 images par seconde, sinon que tout cela parait un brin prématuré par rapport au résultat de base souhaité ?<p><i>The Hobbit</i> est une bonne histoire. Telle quelle. Sans changer quoi que ce soit. Que l'on rajoute, par exemple, quelques personnages féminins parce que l'univers de Tolkien en manque, pourquoi pas, si ça reste cohérent avec l'univers en question (encore une fois, la mise en avant d'Arwen dans les films de Jackson ne m'a pas dérangé, en l'état... et si Galadriel apparaît dans l'histoire des prochains films, ma foi, là encore, pourquoi pas ?). Dans une adaptation d'une œuvre littéraire, il est normal que le cinéaste et/ou le scénariste propose une vision particulière des choses, dans un contexte artistique qui n'est pas celui de la littérature, et en prenant éventuellement un certain nombre de libertés. C'est comme ça, et c'est normal. <p>Cependant, quand je vois que le soin que Peter Jackson semble davantage apporter à l'aspect technique d'une part et commercial d'autre part à cette adaptation du <i>Hobbit</i>, je m'interroge sur la question de savoir à quelle sauce la bonne histoire du départ va être mangée, le problème venant évidemment de la sauce...<br>Déjà, avec cette représentation des nains qui n'a rien à voir avec la mienne, ni avec celle, habituelles, des illustrateurs Alan Lee et John Howe, j'étais conscient que ce <i>Hobbit</i> ne serait pas ce que je me représente de cette histoire depuis que je l'ai lu pour la première fois, vers la fin du siècle dernier. <br>Il y a également cette histoire de deux films pour une seule histoire, laquelle n'en demandait pas tant. Quel est le but ? Réaliser le/la "Prequel" au <i>Seigneur des Anneaux</i> avec un grand "P" ? <br>Dans les deux cas, il semble que l'on est affaire à un souci de faciliter un succès commercial sur deux années, avec plein de produits dérivés auxquels le con-sommateur pourra aisément s'identifier dès le plus jeune âge (la "caractérisation" des personnages de nains ne peut sans doute qu'y aider, par exemple, je suppose). <p>Le cinéma semble ici ramené à une pauvre histoire de fric... Le cinéma est une industrie, soit. Mais quid de l'art dans tout cela ? Bénéfice du doute, disais-je, il y a quelque temps, s'agissant du travail de Jackson, en l'état. Je reste sur cette position, puisque je n'ai quasiment rien vu du prochain film jusqu'ici, mais toutes ces péripéties dont nous parlons ici me laissent de plus en plus perplexe...<p>Et pour en revenir au tournage en 48 images par seconde, il paraîtrait que le résultat équivaudrait, notamment pour les scènes d'intérieur, à l'impression de regarder une sorte de "sitcom" française, ou que sais-je... Or, là encore, je m'interroge : sous couvert d'immersion accrue par le biais de davantage de réalisme, quel est l'intérêt de donner la sensation au spectateur qu'il assiste à un tournage de film, plutôt qu'à une véritable histoire, fusse-t-elle de fiction ? Car c'est un peu ça que tout cela s'apparente : je veux bien que l'on m'en mette plein la vue, mais à condition que j'ai l'impression d'être vraiment dans une histoire, un univers différent du mien, et pas sur un plateau de tournage censé mettre en scène cette histoire, cet univers différent... Je n'ai pas envie de voir le film et son making off en même temps sur l'écran, en quelque sorte...<br>Là, on a un peu l'impression qu'en sus de soucis de rentabilité commerciale maximum avec deux films, on veut aussi un peu "se la raconter" avec une nouvelle technique de tournage qui a sûrement de grands avantages et de grandes qualités en soi, mais vis-à-vis de laquelle on manque peut-être de recul pour la juger pertinente quant à la réussite qu'elle pourrait apporter en terme d'immersion du spectateur.<p>Que devient le récit de Tolkien dans tout cela ? Doit-il n'être qu'un prétexte à autre chose qu'à mettre en scène une bonne histoire ? Difficile de savoir quoi penser de tout cela, à ce stade... Peter Jackson aurait, <i>in fine</i>, peut-être avantage à moins communiquer...<p>Bénéfice du doute, donc, toujours... mais avec un brin de perplexité désormais.<p><i>Once again, wait and see... </i><p>Cordialement,<p>Hyarion.<p><SMALL>Ai-je été assez subtil ? ;-)</SMALL>

