26-08-2011, 19:41
Allez, une fois n'est pas coutume, je vais me faire l'avocat du diable, i.e. de PJ, vous l'aurez compris. ;-) Le chapitre des points positifs n'est pas entièrement négligeable. Je liste ici les points sans les justifier, mais je suis prêt à débattre de chacun d'eux si quelqu'un souhaite les explorer plus en détail. Bien entendu, j'estime que la trilogie de PJ comporte aussi bien des points négatifs, mais je laisse le soin à d'autres de les lister.<p>Je ne suivrai pas tout à fait les trois dimensions proposées par shudhakalyan, bien que je m'en inspire :<p>1. Les dialogues : <br>a) On reconnaîtra à PJ & Cie d'avoir repris textuellement pas mal de dialogues tolkieniens, ce qui n'est pas si fréquent que cela. La plupart sont placés dans le contexte originel, ce qui est encore plus rare. Quand aux dialogues déplacés, si l'on peut regretter cette entorse au livre, ils sont généralement situés à des endroits pertinents, ce qui témoigne d'une bonne sensibilité à l'œuvre de Tolkien (au moins à ces endroits-là).<p>b) Pas mal de dialogues inventés restent dans la veine tolkienienne, à tel point qu'il est parfois difficile de séparer l'original de la copie, quand la mémoire fait défaut. C'est souvent le cas pour Galadriel, Aragorn, Boromir, Frodo, Sam — mais jamais ou presque pour Elrond, Faramir, Pippin ou évidemment Gimli.<p><br>2. Les personnages<br>a) Il faut commencer par créditer PJ d'avoir conservé les principaux personnages du SdA et d'avoir évité de rajouter des protagonistes inutiles. Mine de rien, ce n'était pas acquis d'avance, si l'on en croit certains commentaires sur la réalisation. Les films de fantasy antérieurs montrent bien que le mépris de l'œuvre peut aller très loin dans ce domaine.<p>b) Je ne m'étendrai pas sur l'adéquation des caractères des différents protagonistes. C'est à mon sens l'un des principaux points faibles des films (litote inside). Toutefois, il y a eu réflexion notable sur lesdits caractères, et si le résultat n'est pas à la hauteur des attentes, on constate toutefois qu'il y a peu de personnages unidimensionnels, contrairement à beaucoup d'œuvres similaires.<p><br>3. Le scénario<br>a) Là encore, l'intrigue d'ensemble est conservée à peu près intacte, même si certains détails s'écartent notablement de Tolkien. Les plus dommageables des propositions envisagées ont été rejetées lors de la rédaction du scénario. Encore une fois, c'est suffisamment rare dans ce domaine pour le souligner.<p>b) Les passages coupés sont généralement les bons. On constate là des choix cinématographiques logiques, témoin d'un certain savoir-faire.<p><br>4. La Terre du Milieu (réalisme, historicité et mise en image) :<br>a) Le soin apporté aux décors dépasse tout ce qui a été fait par les films de fantasy antérieurs et est la cause directe du renouveau des films de fantasy ces dernières années. On est en droit de ne pas adhérer à tout, mais force est de constater que chaque décor a été minutieusement réfléchi et soigneusement réalisé. C'est clairement l'atout numéro 1 du film.<p>b) En matière d'historicité, on est aussi très loin des standards habituels de la fantasy. Si tout ne respecte pas les indications de Tolkien, il est indéniable qu'il y a eu une réflexion poussée sur le niveau technologique de chaque peuple et que les décors et costumes ont été créés en fonction de cela. D'où une très bonne crédibilité de certains peuples (encore plus forte si l'on n'a pas lu le texte du SdA — visuellement parlant, je suis certain que les armures des Rohirrim du film sont plus intéressantes que les cottes de maille dont parle Tolkien).<p><br>Bref, si l'on considère les films sans se soucier des romans, et qu'on les replace dans le genre de l'heroic-fantasy au cinéma, la trilogie constitue probablement le sommet du genre à l'heure actuelle, à l'exception probable du premier <i>Conan</i>. Même si l'on inclue les genres connexes que sont les péplums et les films de SF, la trilogie reste dans le sommet du panier. (La concurrence se fait évidemment plus rude quand on y rajoute l'ensemble des films historiques.)<p>D'une manière générale, entre les premiers scripts décriés par Tolkien et la trilogie de PJ, l'amélioration est notable. Mine de rien, PJ a réussi à tenir tête à certains désidératas stupides des producteurs, et c'est une très bonne chose.<p>Voilà pour le positif, à mon sens. Évidemment, cela ne répond pas aux réflexions sur les contradictions du scénario, sur la plus-value potentielle d'un film qui aurait été plus respectueux de l'œuvre, sur la prétention abusive de la trilogie jacksonienne à constituer l'unique retranscription visuelle du SdA, et évidemment pas à la mauvaise foi dont a fait preuve PJ sur certains points. Mais il y a quand même pas mal de positif là-dedans. Y en a-t-il plus que de points négatifs ? C'est à chacun de juger.

