04-09-2011, 08:07
Tu résumes assez bien la problématique de l'adaptation littéraire au cinéma. Puisque tu t'interroges sur l'opportunité d'adapter des chefs d'œuvres littéraires au cinéma, vu leur complexité intrinsèque, je pense que ce n'est sans doute pas un hasard si bon nombre de très grands films sont des adaptations de simples nouvelles. Pour parvenir à la force suggestive de l'écrit, le cinéma est souvent forcé de passer de longs moments à établir une ambiance scénique, stoppant momentanément la progression de l'intrigue. Pour reprendre ta comparaison de départ, je dirais que si le style précis de Poe est difficile à rendre en français, Baudelaire s'en est si bien tiré qu'il parfaitement marié son style propre à celui qu'il traduisait. De là l'immense succès de Poe en France, alors qu'il sombrait dans un oubli relatif aux États-Unis. Aujourd'hui encore, je pense que Poe est plus reconnu dans l'Hexagone qu'il ne l'est en Amérique du Nord.<p>Mais revenons à nos moutons néo-zélandais. J'admets volontiers que le style de Tolkien est mieux rendu dans le premier volet de la trilogie que dans les suivants, même si mes pourcentages à moi seraient nettement plus bas si je devais mesurer le succès de PJ. À l'exception de la parenthèse Bombadil, <i>la Communauté de l'Anneau</i> était à mon sens le plus facile des trois volumes à adapter, bénéficiant d'une intrigue relativement linéaire. La principale difficulté résidait dans la représentation des hauts lieux de l'action, et PJ s'en est très bien tiré pour la Comté, la Lorien et l'Argonath. Imladris est une réussite visuelle, bien qu'elle ne corresponde pas à ma vision de la « Dernière Maison Simple ». Bree, le Mont Venteux et la Moria me laissent une impression mitigée, qui a plus à voir avec les écarts inutiles que PJ s'est permis vis-à-vis des descriptions de Tolkien qu'avec le spectacle visuel lui-même.<p>Par contre, je pense que nous tenons le nœud de l'affaire quand nous nous penchons sur la partie purement PJ de la trilogie. Je pense que peu de gens me contredirons lorsque j'affirme que l'humour à la sauce PJ se compose principalement de gras et de balourdise. C'est une faute de goût manifeste et une sous-estimation des capacités intellectuelles du public, je pense. Les techniques de caméra qu'utilisent PJ sont résolument dans le style moderne et épileptique (témoin la fameuse scène où l'Anneau tombe dans la neige), alors qu'il aurait mieux valu jouer dans le registre du western à la John Wayne, m'est avis. Quand je compare les combats chorégraphiés par les grands cinéastes japonais, Kurosawa en tête, et ceux de PJ, la comparaison est extrêmement douloureuse pour le SdA. Au lieu d'une vision d'ensemble rapide, synthétique et claire, d'où émergent des mouvements d'ensemble déterminant la suite de l'histoire, PJ se noie dans une multitude de passes d'armes confuses, interminables et souvent ridicules, sources de cacographies visuelles. On pourrait multiplier les exemples. Pour moi, le problème de base réside dans le fait que PJ est certainement un bon manager et ferait un grand producteur, mais que ses talents de scénaristes sont éminemment limités et qu'il ne compte nullement parmi les grands réalisateurs de l'histoire du septième art.

