</TD></TR><SMALL>'alut, camarades !<p>Ce week-end tranquille aura été propice à plein de choses, notamment à préparer cette petite réponse à Anglin.<p>Pour le reste, notre Nain croyable ami, Laegalad, Silmo, et Elendil ont dit les choses aussi bien que je n'aurait su le faire. Je ne reviendrai donc pas là-dessus.</SMALL><p><DIV class="citeAuteur"><B>Anglin</B> a dit :<DIV class="citeTexte"> J'aimerais bien savoir Mestre Isengar ce que tu penses justement de l'article de Shippey traduit sur Tolkiendil.</div></div><br>Puisque une explication est poliment demandée, et parce que maître Anglin le vaut bien, je m’y attarde donc. Après une semaine de folie furieuse au boulot, ça me donne l’occasion de souffler un peu :)<p>En avant propos, permettez-moi de préciser deux choses essentielles :<br>- j’apprécie les travaux de M. Shippey, pour ceux que j’ai pu avoir l’occasion de lire (je n’ai pas fait l’acquisition définitive de ses ouvrages, ce qui est certainement un tort – et souvent un handicap, pour avancer sur certains travaux.) <br>- d’une manière générale, il ne me viendrait pas à l’idée de contester la juste vision des choses d'un de nos aînés tolkiendili.<p>Il se trouve <i>toutefois</i>, que cette fameuse annexe de la dernière édition de <i>The Road to Middle-Earth</i> consacrée à la « trilogie » comporte une certains nombres de points sur lesquels je suis souvent en léger désaccord et parfois pas d’accord du tout.<br>Il s’agit de détails bien entendu. Globalement, le point de vue de Shippey est parfaitement entendable. Mais au risque de me faire taxer de pinailleur, ce que je prendrai pour un compliment, ces détails biaisent considérabement l’harmonie du propos et rendent l'argumentaire mmh, <i>dangereux</i>, comme dirait Edouard K...<p>Le premier point de désaccord concerne la transmission par Shippey à ses lecteurs d’éléments des rumeurs qui ont construit la « légende dorée » de Peter Jackson : <i> je ne peux attester d’aucune source sinon les potins de Los Angeles, et non d’Oxford. Peut-être un jour l’histoire complète sera-t-elle révélée.</i><p>L’histoire d’un type qui rêve d’adapter le Seigneur des Anneaux depuis son enfance et qui a tout fait pour protéger son projet des crocs carcharhinides des producteurs hollywoodiens pour imposer héroïquement (mais en short) la « trilogie » dans la forme qu’on connaît aujourd’hui, c’est totalement suranné. Bon pour les naïfs qui ont fait le tour du monde en solitaire depuis 2001 et qui ont raté les pages fort peu glorieuses des procès avortés entre Jackson et New line, entre la Tolkien Estate et Jackson (et New Line) et les incertitudes liées à la fraîcheur du pognon de la MGM – et je ne parle pas de l’affaire du scandale étouffé de la réforme de la législation du travail néo-zélandaise en 2011, qui rétablit l'esclavage des intermittents des spectacles antipodaux, à la demande des producteurs du futur <i>Hobbit</i>...<p>Tout comme l’argument de la 'longueur démesurée' d’une adaptation fidèle et exhaustive et celui de 'l’inadaptabilité' (qui ne veut pas forcément dire facilité, pour répondre à Elendil), on a affaire à des affabulations destinées à montrer à quel point Peter Jackson aura été habile et talentueux pour avoir réussi, malgré les obstacles, à faire <i>ça</i>.<p>Mais bon, si la terre entière – sauf quelques irréductibles – sait aujourd'hui que Peter Jackson n’a pas abordé l’adaptation de <i>Seigneur des Anneaux</i> comme un sacerdoce ultime et que le roman de Tolkien n'a jamais été son livre de chevet (contrairement à la plupart d'entre nous) ce n’était peut-être pas encore le cas de Shippey en 2005, époque où la désinformation à ce sujet était encore massive et où les retombées financières des 17 oscars de complaisance des films étouffaient toutes formes de critiques a posteriori.<br>Au moins Shippey nous épargne la malodorante galéjade d’un projet <i>Hobbit</i> qui remonterait dans le cœur de Peter Jackson à 1995... (eh oui, son <i>annexe</i> ne date que de 2005, soit un an avant que Jackson ne pose une option sur l’adaptation de Bilbo (droits « loués » par Saul Zaentz, leur légitime propriétaire qui a du se faire un fric monstre pendant les soubresauts de l’affaire MGM) et raconte sa gentille fable du vieux projet à Brian Sibley, qui n’est pourtant pas parti faire le tour du monde en 2001 (<i>A Film-maker's Journey</i>, 2006)...<p>Là-dessus, que Shippey évoque avec un sourire en coin le canular fameux et fumeux du « script doctor » qu’on aurait voulu imposer à Jackson, pour ensuite nous rappeler que Jackson qui « devait penser à produire un retour sur investissement », a misé avant tout sur « l’attrait populaire » en songeant à « amuser la galerie », quitte à sacrifier des pans entiers de l’histoire du roman pour les escamoter sous des excès insupportables qu’un « public moderne (...) pourrait être en droit d’attendre », c'est assez troublant.<p>Comment être d’accord avec ces assertions parfois contradictoires, et très surprenantes de la part de ce qu’un tolkiendil pourrait être en droit d’attendre de la part d’un grand monsieur comme Shippey ?<p>Dans la même veine, il semble excuser avec une troublante complaisance certains points cruciaux de la trahison jacksonienne (la trahison du roman, j’entends).<br>Et on peut lire : « Après soixante ans de supériorité militaire presque incontestée, les spectateurs américains du 21ème siècle ont besoin d’une autre explication moins pratique pour l’échec, et celle-ci est donnée par la désunion et le désespoir » ou encore « Le jeu du Faramir et du Denethor révisés génère un thème particulièrement populaire dans les films américains (récents), celui du fils tentant désespérément de gagner l’amour de son père, et du père rejetant (jusqu’à ce qu’il soit trop tard) l’amour de son fils ».<p>Certes... l’analyse semble finaude et on ne peut qu’applaudir, si on s’en tenait à la simple analyse intrinsèque du film. <br>Mais Shippey va plus loin et défend ces scènes <b>en tant que modification nécessaires des thèmes du roman</b>, ce qui selon moi est une erreur et contribue dangereusement à une forme d’amalgame entre le livre et le film !<br>Et de rajouter : « Il est difficile de protester contre l’un de ces changements. Dans de tels cas les "canons de l’art narratif" sont différents comme entre un média visuel et écrit, et Jackson <b>devait sûrement faire ce qu’il a fait</b> » (mon emphase)… <p>Ah ben non... la plupart de ces choix sont hautement discutables et très difficilement justifiables, justement – c’est bien de ça qu’on parle sur JRRVF depuis 2001, n’est-ce pas, Shou ? D’ailleurs, les explications sur le détour de Faramir vers Osgiliath sont embrouillées et on sent que Shippey n’est lui-même pas convaincu par ce qu’il écrit. Normal, ai-je envie de dire. Comment défendre l’indéfendable ?<p>Mais si Shippey – parce qu’il est Shippey – reconnaît avec la modération qui caractérise un homme réfléchi comme lui que le film est constellé de bouses invraisemblables (« Il y a un certain nombre d’insertions et d’altérations comme celle-ci [il parle ici du rôle d’Arwen] dans les films de Jackson ») ce à quoi il ajoute « <B>mais leur effet ne doit pas être exagéré : elles passent rapidement</b> »(mon emphase)<p>A la bonne heure ! Elles « passent rapidement » donc elles ne comptent pas ?<br>Vous comprendrez qu’en lisant ce genre de chose, qu’il m’est difficile d’être d’accord avec cette façon d’écarter d’un revers de manche les travers de l’adaptation de Jackson, quand une grande partie du reste de la démonstration de cette <i>annexe</i> vise à justifier l’appropriation arrogante du <i>Seigneur des Anneaux</i> de Tolkien par Jackson et à amoindrir dans l’esprit du lecteur l’effet dévastateur du scénario sur la compréhension a posteriori de l’histoire de J.R.R. Tolkien...<p>A cela s’ajoutent des remarques particulièrement étonnantes, de la part d’un admirateur de Tolkien. Je me suis permis d’en relever deux ou trois : <br>« La manière dont Jackson rectifie et allège la trame [du récit du Conseil d’Elrond] trouve une justification juste à cet instant. »<br>« Ce déroulement calme [de plusieurs années] ne convient pas au média narratif d’un film, et la solution de Jackson est claire, directe, et saisissante »<br>« ... et cela montre pour le moins une lecture économe et attentive de l’original »<br>On parle quand même du <i>Le Seigneur des Anneaux </i>de Tolkien, merde ! Ce n’est pas la même chose qu’Alexandre Dumas (l’auteur le plus adapté par le cinéma) ou le dernier JC Granger. L’auteur du célèbre et indispensable <i>Road to Middle-earth</i> l’aurait-il momentanément oublié ??...<p>On finit, à la lecture de ces commentaires, par se demander si Shippey est vraiment totalement objectif. <br>La lecture d’un propos dans l’esprit de celui évoquant à deux reprises Winston Churchill finit par lever tous les doutes : « Il y a en fait une suggestion légèrement churchillienne dans tout ceci, avec Théoden disant dans la même scène, "Si telle doit être notre fin, alors je ferai ce qui est en mon pouvoir pour qu’elle reste gravée dans les mémoires", tout comme la célèbre "plus belle heure" du discours de Churchill en 1940. » et pourquoi pas écrire carrément que Jackson a fait de Sam un « un orateur pour le cœur philosophique du film », tant qu’on y est ? Ah... eh bien si, Shippey l’a écrit.<p>Ce soupçon de partialité mis de côté, il n’y a pas besoin d’être grand clerc pour faire le constat d’une conclusion particulièrement optimiste et complaisante de la part de Shippey lorsqu'il se demande si quelqu’un qui découvre le roman de Tolkien après avoir lu le livre peut avoir une lecture enrichie de l’œuvre (il imagine ce spectateur/néo-lecteur capable de dresser une liste des « choses que Tolkien a omises » !?). On ne niera pas que ces « ces nouveaux lecteurs [ont fait/feront] face à une nouvelle expérience » en découvrant le roman, mais s’ils trouvent « la route de Tolkien vers la Terre du Milieu », ce n’est évidemment pas par le prisme déformant du film, mais en faisant justement et inévitablement <b>abstraction</b> de celui-ci.<p>La vision de l’histoire du <i>Seigneur des Anneaux</i> qu’offre Jackson (mise à part le côté spectaculaire, l’effort sur les costumes, les décors et les paysages), est simpliste, particulièrement altérée (quant elle ne diffuse pas un message totalement inverse, voir les assassinats de Denethor, Grima et Bouche de Sauron, pour ne citer qu’eux - j'aurais pu citer l'abération <i>Lurtz</i>)) et, comme le reconnait Shippey lui-même, ciblée pour le public américain.<p>C’est donc, cher Anglin, à une analyse que je trouve biaisée que s’est livré Shippey dans sa réédition de<i>The Road to Middle-earth</i>. Partant d’un postulat lui-même biaisé car invérifiable : « Il y aura certainement plus de spectateurs que de lecteurs (bien que naturellement ce soient souvent les mêmes) », elle ouvre la porte complaisamment à un amalgame entre les deux œuvres, ce qui n’est ni pertinent, ni souhaitable et contribue définitivement à la dégradation de la pertinence des commentaires de Shippey.<p>Mais heureusement, le reste de <i>The Road to Middle-earth</i>, largement supérieur à cette <i>annexe</i>, n’est pas du même tonneau.<br>Si un jour j’achète ce livre, ce sera bien évidemment dans une édition antérieure à celle de 2005 :)<p>I.<br>
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There and Back Again. Retour sur le style des adaptations PJ du SdA au Hobbit.
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