10-12-2012, 01:19
Probablement l'exemple quasi-parfait de ce qu'il ne faut pas faire : la "critique" de Guillaume Loison, publiée vendredi 7 décembre sur le site du <i><A HREF="http://cinema.nouvelobs.com/articles/22542-avant-premiere-critiques-the-hobbit-bilbon-bidon" target="_blank">Nouvel Observateur</A></i>...<p>Des fois que cette "critique" finisse par disparaître dans les limbes du cyber-espace, je me permets de la reproduire ici, comme cas d'école.<p><DIV class="citeAuteur">Sur le site CinéObs, <B>Guillaume Loison</B> a écrit :<DIV class="citeTexte"><br><SMALL><i><b>« The Hobbit » : Bilbon bidon</b><p>Avec cette copie carbone de sa trilogie du « Seigneur des anneaux », Peter Jackson se fatigue. Et nous avec.<p>« Voyage inattendu » tu parles d’une bonne blague : après avoir pondu en dix ans et trois films de trois heures chacun la charte du geekisme des années 2000, Peter Jackson rouvre donc sa grosse crémerie. Pour trois films encore, identiques aux précédents (c’est sûr) et on en prend le pari, conformes à la future trilogie qui verra fatalement le jour si celle-ci cartonne – la nullité totale de ce « Hobbit » 1 ne devrait pas l’empêcher de remplir les salles à la pelleteuse.<p>Un désamorçage s’impose dès maintenant : on n’a rien contre Peter Jackson, dont on a aimé les films mal élevés des débuts (« Braindead ») et le « King Kong » qu’il tourna en pleine gloriole, ni contre les geeks ou leurs fétiches tolkienniens. Seulement voilà, on n’aime pas « The Hobbit », la dérive de nabab boutiquier George-Lucasienne de Jackson, son esthétique de réclame Volvic transgénique, ses vues en hélicoptère tournoyantes mais dénuées du moindre souffle lyrique, ses acteurs déformés par des prothèses grotesques, son côté Jérôme Bosch en plastique, sa frigidité pré pubère - pas une femme au casting, même en figuration, hormis trente secondes de Cate Blanchett qui rode en robe de chambre près d’une assemblée de vieillards discutant autour d’une table de jardin.<p>On n’aime pas non plus la complaisance autiste et paresseuse avec laquelle Jackson ressasse ses gammes des « Anneaux », régime d’images tournant en circuit fermé, et qui malgré les coups de coudes au fan (tu l'as vu Gollum, mec ?), refoule pourtant sa nature roborative. Enorme problème donc, puisque le film passe un temps démesuré à présenter des enjeux et des personnages usés jusqu’à la corde comme s’il s’agissait d’une toute première fois. L’ouverture est à l’avenant. Au « Once upon a time » ultra-platounet du Bilbo vieillissant qui par écrit, raconte sa life au petit Ejilah Frodo Wood comme le papy des bonbons Werther's original, succède un interminable gueuleton présentant les « nouveaux » personnages, horde de faux-nains parés pour l’aventure et grimés comme Albert Jacquard - ou Jonathan Lambert, on se tâte-, pur condensé esthétique du film à venir. Mascarade paillarde qui d’une main, s’évertue à fabriquer de l’émerveillement à coups de blagues carambar et d’effets numériques vulgaires, et qui de l’autre concasse le moindre affect dans une logique d’équipe compacte, homogène – pas un caractère, ni une once de connivence entre deux personnages n’émerge de ce congrès de touffes, juste une humeur, une couleur, toujours la même, qu'en 2h44, le film ne parviendra jamais à étayer.<p>Plus grave encore, cette permanence du même produit à la longue la sensation d’une saga bis en deçà de son modèle d’origine. Hormis le progrès technique, unique valeur ajoutée, l’heure est franchement à la déréliction. Toujours ces sempiternels plans aériens, ces créatures moyenâgeuses en latex dématérialisées par le carcan illustratif de l'ensemble (si le film s'hystérise et piétine souvent, rien ne s'incarne à l'intérieur des images), ces couchers de soleil javelisant une authentique nature sauvage désespérément maquillée en voiture volée (pourquoi diable Jackson insiste-t-il pour tourner au fin fond de la Nouvelle-Zélande si c’est pour la défigurer à ce point ?).<p>Dans les « Anneaux », au moins, il y avait Liv Tyler et Mortensen en roi sans terre. La première n’est pas remplacée (trop féminine manifestement) et le second a pour super-sub un mélange lilliputien d’Henri Leconte et d’Eric Cantona. Et puis Jackson est toujours aussi mal à l’aise avec la notion de gigantisme et d’échelles (alors que « King Kong » à l’inverse gérait admirablement l’infiniment petit), il caricature plus que jamais l’arc narratif déjà pas très finaud de Tolkien. On peine à croire que le squelette de « The Hobbit » ait été charpenté par cinq scénaristes (dont Guillermo Del Toro). Sans mentir, l’affaire se résume à ceci : une rando / un décor / un danger / un cul de sac / le coup de baguette magique de Gandalf qui ouvre une brèche / reprise de la rando / nouveau décor etc. On ne vous raconte pas la suite. Tout le monde l’a déjà vue.</i></SMALL> </div></div><br>Résumons donc...<p>Information : superficielle ;<br>Analyse : grotesque ;<br>Style : je-m'en-foutiste ;<br>Évaluation : paresseuse ;<br>Enthousiasme : apparemment inexistant.<p>Bref, ce qu'a fait Loison, en matière de critique cinématographique, Michel Ciment serait sans doute en droit de penser que c'est du grand n'importe quoi... ;-)<br><SMALL>En fait, on a un peu l'impression que ledit Loison se sert de l'exercice de la critique comme Baby Herman se sert d'un hochet dans le cartoon "Bobo bidon" mettant en scène Roger Rabbit, cartoon dont le titre français a peut-être servi d'inspiration à Loison pour le titre de sa "critique" du <i>Hobbit</i>... Pour savoir ce que Baby fait de son hochet, il n'y a qu'à revoir le sympathique <A HREF="http://www.youtube.com/watch?v=BUIjg5Ycfi0" target="_blank"><SMALL>cartoon</SMALL></A> en question... ;-)</SMALL><p>De toute façon, concernant <i>The Hobbit: An Unexpected Journey</i>, il est grand temps maintenant de se faire sa propre opinion. J'essaierai d'aller voir le film mercredi, jour de sa sortie.<p>Cordialement,<p>Hyarion.<p>P.S.: par ailleurs, hier dimanche, je suis allé voir <i><A HREF="http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=143759.html" target="_blank"><b>Royal Affair</b></A></i> au cinéma, et... je recommande chaudement ce magnifique film historique de Nikolaj Arcel. :-)

