16-12-2012, 18:24
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1355674387_pj_gandalf-galadriel-rivendell1.jpg"><p>Or donc, j'ai vu le film <i>The Hobbit: An Unexpected Journey</i> (<i>Le Hobbit : Un Voyage Inattendu</i>) deux fois ces derniers jours : une première fois mercredi soir (12 décembre) en version française, en 3D et en 24 images par seconde, puis une deuxième fois hier après-midi, samedi (15 décembre), en version originale anglaise, en 3D et en "high frame rate" (HFR) de 48 images par seconde.<p>S'agissant du roman <i>The Hobbit</i> de Tolkien, mon point de vue est évidemment particulier, et je me permets de le rappeler brièvement en préambule. Ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire ailleurs, j'ai été profondément marqué par ma première lecture du <i>Hobbit</i>, vers la fin du siècle dernier quand j'étais pourtant déjà au lycée. Depuis, J.R.R. Tolkien figure parmi les écrivains importants à mes yeux. J'ai ensuite, peu à peu, découvert l'ensemble de l'univers de cet auteur, en version française et en version originale, mais sans pour autant y vouer une sorte de culte, même si cet univers me plait... comme d'autres univers littéraires me plaisent. Je me souviens avoir été déçu que Bilbo soit évacué presque dès le début du <i>Seigneur des Anneaux</i>, ainsi que d'avoir trouvé que ce roman comportait certaines longueurs, sur un plan narratif, ce qui a fait que je n'ai jamais préféré ce dernier ouvrage au <i>Hobbit</i>, à l'inverse de beaucoup d'admirateurs de Tolkien, qui pour certains semblent par ailleurs redécouvrir <i>Le Hobbit</i> seulement maintenant, à la faveur d'une nouvelle traduction, comme si ce très beau roman n'était qu'anecdotique par rapport au Seigneur des Anneaux, ce qui me parait assez injuste pour le <i>Hobbit</i>, sans lequel ledit <i>Seigneur des Anneaux</i> n'existerait peut-être pas. <br>Ainsi, à l'inverse des admirateurs inconditionnels du roman <i>Le Seigneur des Anneaux</i>, la trilogie cinématographique de Peter Jackson sortie en salles en 2001, 2002 et 2003 n'a pas eu sur moi l'impact passionnel qu'elle a visiblement eu pour d'autres... mais les réactions souvent exagérément passionnées que cette première trilogie a suscité en son temps ont cependant au moins eu une utilité pour les personnes qui, comme moi, préfèrent <i>Le Hobbit</i> : l'utilité de prendre conscience qu'une adaptation n'a jamais vocation à imposer sa vision et encore moins à prendre la place de l'oeuvre originale dont elle s'inspire, et qu'il est évidemment nécessaire de faire la part des choses dans un tel contexte. <br>Du reste, beaucoup trop d'années sont passées entre <i>Le Retour du Roi</i> de 2003 et <i>Le Hobbit : Un Voyage Inattendu</i> de 2012 pour qu'une éventuelle impatience puisse être finalement au rendez-vous, après cet interminable feuilleton juridico-financier qui a caractérisé la difficile genèse de l'adaptation de <i>The Hobbit</i>, un temps envisagée comme devant être réalisé par le talentueux Guillermo del Toro, avant que Peter Jackson, qui ne voulait pas initialement s'en charger personnellement, ne finisse par reprendre en main ce projet aux débuts chaotiques.<p>Venons-en donc, sans plus tarder à ce premier long métrage d'une nouvelle trilogie, <i>The Hobbit: An Unexpected Journey</i>, d'une durée de 169 minutes dans sa version sortie en salles mercredi dernier.<p>Le film est à l'image de ce qu'a fait Jackson par le passé : l'intrigue originale est suivi dans les grandes lignes, avec toutefois une volonté clairement affichée d'inscrire l'histoire dans l'univers et le contexte précédemment présenté dans les salles de cinéma en 2001-2003. Ainsi, si le ton se veut un peu plus léger que dans l'adaptation du <i>Seigneur des Anneaux</i>, ce en quoi le ton original du livre <i>Le Hobbit</i> - par rapport à sa très sérieuse suite romanesque - est respecté, le spectateur ayant lu et relu le livre ne pourra que constater un net décalage entre le roman et le film. En effet, bien que la grande maturité d'écriture du roman publié en 1937 témoigne du fait qu'il serait une erreur de considérer <i>Le Hobbit</i> de J.R.R. Tolkien uniquement comme étant un simple livre pour enfants, il n'en est pas moins vrai que l'adaptation qu'en a tiré Jackson ne peut guère s'adresser, elle, à un très jeune public, compte tenu de la violence mise en scène à travers de longues séquences de combats, ainsi que de la pointe de vulgarité qui, parfois, pointe le bout de son nez dans ce long métrage, comme par exemple lors du "concours" de beuverie suivi de rôts des Nains dans la salle à manger de Bilbo, qui rappelle la scène assez navrante de la beuverie de Gimli dans <i>Le Retour du Roi</i> de 2003. Christopher Tolkien, dont on sait tout le "bien" qu'il pense du travail de Peter Jackson et de ses collaborateurs effectué à partir de l'oeuvre littéraire de son père, a déclaré dans <A HREF="http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/07/05/tolkien-l-anneau-de-la-discorde_1729858_3246.html" target="_blank"><b><i>Le Monde</i></b></A>, en juillet 2012, s'agissant de la précédente adaptation du Seigneur des Anneaux : <i>"Ils ont éviscéré le livre, en en faisant un film d'action pour les 15-25 ans. Et il paraît que <u>Le Hobbit</u> sera du même acabit."</i> De fait, c'est effectivement plutôt à la tranche d'âge des 15-25 ans que semble s'adresser également la nouvelle trilogie, du moins principalement. Toutefois, en dépit du fait que <i>Le Hobbit</i> soit un livre pouvant être lu à de très jeunes enfants - à la différence du <i>Seigneur des Anneaux</i>, sans parler du <i>Silmarillion</i> ou des <i>Enfants de Húrin</i>... -, on était prévenu dès le départ qu'en soi Peter Jackson n'avait pas l'intention de proposer en 2012-2014 quelque-chose de radicalement différent de ce qu'il avait déjà proposé en 2001-2003 : il n'y a donc, à ce niveau-là pas de surprise. Quant au fait que <i>The Hobbit: An Unexpected Journey</i> soit un film d'action à l'image des précédents, c'est là encore une évidence, même si la dimension du conte, tout-à-fait caractéristique du roman <i>Le Hobbit</i>, n'est pas pour autant absente, comme nous le verrons.<p>Point de véritable surprise non plus s'agissant plus précisément du déroulé du récit. Là encore, avec <i>The Hobbit: An Unexpected Journey</i>, le même constat s'impose, d'emblée : ce film - comme ce sera probablement le cas des deux suivants - est largement tributaire de l'adaptation cinématographique en trois volets du <i>Lord of the Rings</i> qui l'a précédé. Ce constat peut se faire tout le long de ce film, dans lequel Peter Jackson multiplie - parfois de façon excessive, en tuant tout suspense -, les références aux films de 2001-2003, ne cachant pas sa volonté de s'adresser de façon privilégiée aux personnes qui ont vu - et apprécié - ses précédents longs métrages consacrés à la Terre du Milieu. <br>La situation vis-à-vis du <i>The Hobbit</i> en devient dès lors un peu paradoxale : le problème auquel avait été confronté Peter Jackson avec <i>Le Seigneur des Anneaux</i> était la structure narrative très dense, longue et complexe de ce roman, structure narrative rendant forcément difficile son adaptation à l'écran, fusse en trois longs métrages d'une fort importante durée... alors qu'avec <i>Le Hobbit</i>, Jackson s'est cette fois-ci retrouvé face à un roman à la structure narrative sensiblement plus simple, courte et linéaire que celle du <i>Seigneur des Anneaux</i>, mais dans le contexte particulier d'un cinéaste devant finalement <i>"adapter Tolkien à rebours de son écriture"</i> - pour reprendre la formule de Noémie Luciani dans sa critique publiée sur le site du journal <A HREF="http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/12/11/le-hobbit-il-etait-une-fois-un-hobbit-ou-la-naissance-d-un-conteur_1804631_3246.html" target="_blank"><b><i>Le Monde</i></b></A> le 11 décembre dernier -, en ayant dès lors visiblement à coeur d'établir une certaine continuité de conception à dix ans d'intervalle et fusse-t-elle à rebours. À cela s'ajoute le fait que Jackson et ses collaborateurs, pour des raisons que l'on ne peut que très difficilement imaginer ne pas être commerciales, ont choisi d'adapter le roman <i>Le Hobbit</i> en trois films, au même titre que <i>Le Seigneur des Anneaux</i>, roman pourtant sensiblement plus épais et dense comme on l'a précédemment souligné. Ainsi, après avoir été très critiqué pour avoir supprimé des passages du <i>Seigneur des Anneaux</i> afin de faire rentrer l'histoire dans le cadre cinématographique voulu, Jackson a dû étirer au maximum l'histoire du <i>Hobbit</i> pour occuper suffisamment d'espace narratif dans le même cadre cinématographique que sa précédente trilogie. Pour quel résultat ? C'est encore difficile à dire à ce stade, compte tenu du fait qu'il n'y a pour le moment qu'un seul film sur trois à voir : seul un visionnage des trois longs métrages pourra permettre d'essayer de se faire un avis éclairé sur l'adaptation de <i>The Hobbit</i> par Peter Jackson, et juger éventuellement de sa réussite.<p><img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1355674261_pj_bilbo-gandalf-bagend.jpg"><p><i>The Hobbit: An Unexpected Journey</i> se propose de raconter l'histoire de Bilbo en s'appuyant sur les chapitres 1 à 7 du roman original. Le scénario de Peter Jackson, Philippa Boyens, Frances Walsh et Guillermo del Toro fait intelligemment commencer le récit dans le cadre de la rédaction du Livre Rouge par Bilbo et en situant le début de l'action exactement le jour où se situe le début de l'histoire suivant le prologue dans le premier film de la première trilogie, <i>La Communauté de l'Anneau</i>, à savoir le jour où Bilbo doit célébrer son 101eme anniversaire en 3001 du Troisième Âge du Soleil. Montrer Bilbo à sa table de travail en train d'écrire le Livre Rouge, alors que Frodo va à la rencontre de Gandalf de retour dans la Comté, était sans doute le meilleure façon d'inscrire le récit dans la continuité de l'histoire précédemment contée... L'action se transporte ensuite soixante ans plus tôt, en 2941 du Troisième Âge, alors que le magicien Gandalf le Gris rend visite à Bilbo pour lui proposer de participer à une certaine aventure... puis par la suite, la narration se fait assez linéaire, avec quelques flash-backs dans l'esprit de ceux existants dans la précédente trilogie. <p>La longue séquence situant l'action dans la demeure de Bilbo, où il reçoit la visite inattendue de Gandalf et des Nains, m'a paru tout-à-fait fidèle au livre sur un plan narratif. Certes, je n'ai pas du tout reconnu "mes" Nains tels que je les ai toujours imaginé en lisant et relisant le roman, mais le choix de Jackson de leur donner un aspect physique très différenciés entre eux alors que ce n'est pas le cas dans le livre n'est cependant pas une surprise tant il était déjà connu à l'avance depuis longtemps. Bref, sur ce sujet, comme sur tant d'autres, il faut bien se dire que l'on a affaire à une vision spécifique de l'histoire proposée par le réalisateur, vision qui n'a évidemment aucunement vocation à se substituer à l'imaginaire de chacun lorsqu'il lit et relit le roman de Tolkien. À l'exception de la scène des rôts des Nains pas très finaude, l'interprétation de cette longue séquence précédent le début de l'aventure de Bilbo, témoigne en tout cas que l'esprit du conte figurant dans le roman original est aussi bien présent à l'écran à ce moment essentiel du récit : cela particulièrement perceptible avec le fait que Bilbo soit présenté comme le narrateur de l'histoire, en employant lui-même la formule inaugurale de Tolkien <i>"in a hole in the ground there lived a hobbit"</i>, et avec la présence des chants des Nains entonnés chez Bilbo, chants évocateurs et agréables à écouter en version originale anglaise.<p>Le film mêle chronologiquement plusieurs évènements censés ne pas se passer à la même époque selon les textes de Tolkien, le scénario prolongeant plus ou moins la Guerre des Nains et des Orques afin de faire d'Azog le grand ennemi de Thorin et compagnie, en marge de l'expédition d'Erebor, alors qu'à l'époque de cette expédition, ledit Azog est censé être mort depuis longtemps à la bataille d'Azanulbizar. Ainsi a-t-on dès lors droit à une expédition d'Erebor régulièrement contrariée par des attaques d'Orques montés sur des Wargs (ou Ouargues) ne figurant pas dans le roman original, mais qui rappellent évidemment certaines scènes de combats des longs métrages de 2001-2003, en particulier du film <i>Les Deux Tours</i> de 2002. Dans le même registre, le passage des nains, de Gandalf et de Bilbo à Rivendell coïncide avec un Conseil Blanc - réunissant sur place Gandalf, Elrond, Galadriel et Saruman - qui ne correspond pas exactement, sur le fond et sur la forme, avec la chronologie originale des faits. C'est là une occasion de réunir des personnages importants déjà présents dans l'adaptation du Seigneur des Anneaux, toujours pour souligner le lien existant entre les deux trilogies malgré la distance chronologique séparant le temps de l'expédition d'Erebor du temps de la Guerre de l'Anneau. Peter Jackson et son équipe ont visiblement voulu exploiter au maximum la matière contenu dans les appendices et certains passages du <i>Seigneur des Anneaux</i> - passages relatant des faits en marge de l'action principale de ce roman - pour l'intégrer au récit de l'adaptation du Hobbit. Le résultat, bien qu'évidemment imparfait, n'est cependant pas particulièrement dérangeant, dans la mesure où, encore une fois, on sait faire la part des choses entre ce que l'on connait des livres de Tolkien, et ce que propose Peter Jackson en matière cinématographique.<p>À cela s'ajoute une structure narrative très étirée en ce qui concerne les péripéties des personnages directement tirées du roman, notamment la séquence des trolls et ainsi que celle du Grand Gobelin des monts de Brume, prétextes à de longues séquences d'action, dont on ne peut nier le caractère vidéo-ludique, tout particulièrement en ce qui concerne les combats de Gandalf et des nains sur les ponts de bois de gigantesque repère des gobelins dans les cavernes des monts de Brume. Une autre importante séquence, spectaculaire et plutôt réussie, est consacrée aux fameux géants de pierre du chapitre 4 du roman. Smaug est introduit dans le récit presque dès le début, avec le récit que fait Bilbo de l'attaque du dragon contre Dale et Erebor, sans que la créature soit entièrement visible lors de la spectaculaire séquence en flash-back accompagnant le récit du hobbit. La toute fin du long métrage évoque à nouveau le dragon, dont on croit pouvoir deviner qu'il dévoilera, dans les deux autres films à venir, un aspect semblable à celui imaginé par les illustrateurs Alan Lee et John Howe, même si peu de choses de cet aspect en sont encore montrées pour le moment...<p><img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1355674525_pj_radagast_rhosgobel.jpg"><p>Un personnage seulement évoqué dans le roman original s'est vu attribuée une place importante dans <i>The Hobbit: An Unexpected Journey</i> : il s'agit du magicien Radagast le Brun, magicien auquel Jackson donne un rôle de découvreur, depuis sa demeure forestière de Rhosgobel (demeure visiblement joliment inspirée du brillant travail artistique de John Howe), de la transformation de Vert-Bois-le-Grand en Mirkwood et de l'arrivée du Nécromancien / Sauron à Dol Guldur. Ce rôle attribuée à Radagast n'est pas du tout illogique, mais le magicien, qui rencontre son "cousin" Gandalf et les membres d'expédition d'Erebor avant leur arrivée à Rivendell, est cependant présenté par Jackson comme un personnage pour le moins farfelu, ce qui ne le rend pas totalement convainquant, même pour un rôle de magicien marginal ayant choisi de préférer la compagnie des animaux à celle des hommes. Sylvester McCoy, qui interprète Radagast, a toutefois visiblement simplement fait ce qu'on lui demandait, à savoir apporter une touche humoristique décalée au récit, même si à l'arrivée, il peut donner l'impression d'en faire un peu trop... Ceci dit, je pense que la scène de sauvetage par Radagast d'un hérisson empoisonné qu'il appelle affectueusement <i>"Sebastian"</i> (<i>"Sébastien"</i> en version française) ne manquera pas cependant de plaire à tous celles et ceux qui aiment les hérissons (c'est notamment le cas de mon brumeux voisin et de sa fée... ;-)...), même si appeler Sebastian / Sébastien un hérisson en Terre du Milieu a de quoi être considéré comme étant un brin incongru... ;-)<p>En dehors de ce cas particulier de Radagast ainsi que de celui du personnage d'Azog (sans doute un peu trop mis en avant, même si c'est sans doute pour occuper le terrain en attendant notamment l'arrivée de Smaug), l'ensemble du casting de ce film est plutôt convainquant. Martin Freeman est particulièrement excellent dans le rôle principal de Bilbo Baggins, dont il a su parfaitement retranscrire à l'écran le caractère à la fois humble, maladroit, courageux et drôle que le personnage a dans le roman. Ian McKellen est également excellent dans le rôle de Gandalf : on le sent nettement plus à l'aise dans le rôle du Gandalf le Gris, qu'il interprétait déjà dans <i>La Communauté de l'Anneau</i>, que dans celui du Gandalf le Blanc qu'il joua ensuite dans <i>Les Deux Tours</i> et <i>Le Retour du Roi</i>. Richard Armitage s'est vu attribuer avec le personnage de Thorin Oakenshield, un rôle de roi sans royaume que les scénaristes ont voulu visiblement rendre très proche de celui d'Aragorn dans la précédente trilogie : il sent sort honorablement. Ken Stott est également convainquant dans le rôle de Balin. Andy Serkis connait visiblement toujours son rôle de Gollum sur le bout des doigts, son personnage créé à partir de la fameuse technique de la capture de mouvements (motion capture ou performance capture) étant encore plus réaliste et crédible que dans <i>Les Deux Tours</i> de 2002 et <i>Le Retour du Roi</i> de 2003, ce qui témoigne au passage des progrès énormes accomplie par cette technique en quelques années. Hugo Weaving et Cate Blanchett sont de retour dans leurs rôles respectifs d'Elrond et de Galadriel déjà incarnés par eux en 2001-2003, et eux-aussi sont convainquants, le fait que Galadriel soit intégrée au récit alors qu'elle ne figure pas dans le roman n'étant en aucun cas dérangeant à mes yeux, bien au contraire (je n'ai jamais caché que ma seule véritable réserve concernant le roman <i>The Hobbit</i> est le fait que ce livre manque de personnages féminins... même si je n'en ai jamais fait tout un fromage, contrairement à certains critiques ces temps-ci... ;-)...).<p>La mise en scène de Peter Jackson et de ses collaborateurs m'a semblé être dans la droite ligne de ce qui a été fait dans la précédente trilogie, avec les qualités et les défauts qui y sont inhérents. On sent toujours notamment ce souci d'alterner de façon plus ou moins équilibrée les moments de contemplation et les moments d'action, l'histoire du <i>Hobbit</i> se prêtant sans doute davantage à ce genre d'alternance que l'histoire du <i>Seigneur des Anneaux</i>. Le résultat se mesure à l'aune des choix faits sur le plan de la structure narrative, notamment vis-à-vis de l'étirement du récit central issu du roman associé à l'incorporation de divers éléments appartenant au <i>Seigneur des Anneaux</i> et aux appendices de cet autre roman : loin d'être parfait à l'arrivée, le film n'en remplit pas moins sa mission de plaire aux admirateurs des films précédents, tout en proposant une vision de l'histoire tout-à-fait spécifique à P. Jackson et à son équipe.<p>Sur un plan de la beauté visuelle, il convient évidemment de souligner l'immense qualité esthétique du travail effectué par les concepteurs artistiques sur ce nouveau long métrage. Les plus belles séquences du film sont sans doute celle de Rivendell, celle des énigmes avec Gollum, ainsi que celle du vol des aigles vers le Carrock. On sent notamment là, entre autres séquences, toute l'excellente part artistique qu'ont apporté, comme pour la trilogie de 2001-2003, les illustrateurs Alan Lee et John Howe dans les décors et les atmosphères esthétiques du film.<br>Rivendell est magnifiquement mise en valeur, bien plus que dans La Communauté de l'Anneau, film qui pourtant, déjà en 2001, la présentait fort bien. L'ensoleillement sur Rivendell, de même que l'ambiance nocturne propice au déchiffrage par Elrond de la Carte de Thrôr à la lumière de la lune, rappellent beaucoup certaines aquarelles d'Alan Lee, tandis que la scène de Galadriel et Gandalf conversant dans le soleil couchant fait notamment penser à l'ambiance lumineuse inspirée du génial peintre Claude Gellée - dit Claude le Lorrain -, ambiance picturale que ledit Alan Lee avait déjà employé pour la séquence des Havres Gris dans le <i>Retour du Roi</i> de 2003. Le résultat final à l'écran est vraiment superbe. Andrew Lesnie m'a paru, par ailleurs, avoir fait du très bon travail comme directeur de la photographie. <p><img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1355674489_pj_gandalf-galadriel-rivendell2.jpg"><p>La musique d'Howard Shore s'inspire très largement de celle qu'il avait déjà composée pour les films du Seigneur des Anneaux. Le compositeur utilise beaucoup le leitmotiv pour accompagner l'action des personnages, comme il l'a fait par le passé, parfois d'une manière un peu appuyée. Les habitués des films de 2001-2003 reconnaitront facilement les thèmes musicaux déjà précédemment associés à la Comté, aux Hobbits, à Gandalf, à Rivendell, à Gollum, à la Moria (pour la séquence des cavernes des Monts de Brume), aux Aigles, à la Lórien (pour Galadriel), à l'Isengard (pour Saruman), etc. À ces thèmes musicaux s'ajoutent essentiellement un thème inédit associé à Thorin Oakenshield, aux nains et à l'expédition d'Erebor. Je n'ai jamais caché que j'appréciais généralement, dans la précédente trilogie, la musique de Shore associé aux Hobbits et aux Elfes (ainsi qu'au Rohan et au Gondor), tout en étant d'accord pour trouver outrancières l'accompagnement musical des scènes avec les Nazgûls, Sarouman, les Orques et Sauron, avec les hurlements excessifs des choeurs et le bruit assommant des percussions et des cuivres dans ces moments-là. S'agissant de <i>The Hobbit: An Unexpected Journey</i>, Howard Shore y ayant plutôt davantage mis en avant les thèmes musicaux des Hobbits, des Elfes et des Nains, l'ensemble me parait tout-à-fait convenable, sans être toutefois particulièrement original. Nous verrons bien ce qu'il en sera pour les films suivants.<p>Ayant testé la projection du film en 24 images par seconde puis en 48 images par seconde (HFR), j'ai pu voir la différence de perception entre les deux procédés. Avec le HFR, les mouvements des personnages m'ont paru par moments anormalement rapides au début, et on a parfois l'impression d'être directement sur le plateau de tournage avec les comédiens dans certaines scènes d'intérieur tellement les détails sont apparents et les mouvements à une vitesse proche d'une réalité presque palpable, mais on finit cependant par s'habituer assez vite à ce procédé d'augmentation du nombre d'images par seconde, qui tend à rendre très précis ce que l'on voir à l'écran. Lors de la projection en HFR, il m'a aussi semblé que mes yeux étaient plus sensibles à certains effets en 3D. Ce n'est pas la grande révolution à ce stade, mais on sent tout de même bien la différence avec ce que l'on connait d'habitude en matière d'expérience visuelle au cinéma. Ajoutons que s'agissant de la longue séquence de combat souterrain de Gandalf et des nains avec les gobelins des Monts de Brume, le HFR avec 48 images par seconde m'a paru apporter un réalisme accru au mouvement des personnages atténuant un peu de ce fait l'aspect très vidéo-ludique de cette séquence, par rapport au procédé traditionnel des 24 images par seconde que j'ai expérimenté en premier.<p>Pour conclure, sans forcément toujours atteindre le niveau des belles qualités introductives de <i>La Communauté de l'Anneau</i> de 2001, mais en évitant en même temps les maladresses et approximations du <i>Retour du Roi</i> de 2003, <i>Le Hobbit: Un Voyage Inattendu</i> se révèle être, malgré certains défauts, une adaptation somme toute intéressante du livre <i>Le Hobbit</i>, adaptation certes sans génie mais néanmoins plutôt de bonne tenue en soi et en l'état, grâce notamment à ses qualités esthétiques - lesquelles qualités sont assurément davantage du fait d'Alan Lee et de John Howe que de P. Jackson lui-même, de mon point de vue - associées à une histoire qui, malgré son caractère très étiré, reste agréable à suivre et fidèle au livre dans les grandes lignes. Il ne faut évidemment pas perdre de vue qu'il ne s'agit là que de la vision de Peter Jackson, et que ce film est visiblement avant tout - c'est sans doute là sa limite - destiné à un public ayant déjà vu et apprécié son adaptation du <i>Seigneur des Anneaux</i>, bien plus qu'aux lecteurs du très beau roman de J.R.R. Tolkien. Bref, dans ce contexte, et de mon point de vue, c'est un film qui tient la route... en attendant de voir la suite.<p>Cordialement,<p>Hyarion.<p><SMALL>P.S.: malgré ma relecture, des fautes d'orthographe et/ou de syntaxe m'auront probablement échappées. Mille excuses pour cela.</SMALL>

