01-01-2013, 23:42
Bonjour à tous,<p>Pour ma part, je suis allé au cinéma en me disant que je n'allais pas voir "l'adaptation à l'écran d'un roman de Tolkien" mais "la préquelle aux films du <i>Seigneur des Anneaux</i> selon Peter Jackson". Je n'en attendais donc rien de spécial, puisque je savais que ce serait radicalement différent du livre que j'aime. Au final, je ne suis sorti ni déçu, ni enthousiasmé : c'était bien du Jackson, avec ses qualités et ses défauts.<p>Heureusement tout de même que j'étais prévenu de certains ajouts, comme le traineau à lapins que je trouve parfaitement ridicule et invraisemblable. Néanmoins, en discutant avec quelqu'un qui n'a pas lu le livre, j'en suis venu à me demander si, au fond, cette innovation est vraiment si éloignée que ça de l'esprit du roman. Ne serait-ce pas un peu dans la même veine que les animaux serviteurs de Beorn? En revanche, là où le bât blesse à coup sûr, c'est que ce traineau comme Radagast ne servent à rien. Inutile de m'étendre sur ce que tout le monde a déjà dit : contrairement au <i>Seigneur des Anneaux</i>, <i>Le Hobbit</i> est un roman à la construction linéaire qui va droit au but. L'adaptation en semblait donc bien plus facile, et pourtant Peter Jackson a préféré ajouter des tas de scènes qui n'apportent rien à l'histoire. <br>Bien sûr, la tentation de "faire des liens" avec <i>Le Seigneur des Anneaux</i> était grande, et je peux comprendre que certaines scènes, comme celle du Conseil Blanc, étaient trop tentantes pour être mises de côté. Encore fallait-il que ce soit bien fait. Dans l'histoire que nous montre Jackson, Saruman s'obstinant à nier l'évidence n'est pas crédible une seule seconde, au point que ni Gandalf ni Galadriel ne l'écoutent. Comment diable a-t-il pu être considéré comme un grand sage dans de telles conditions? À propos de Galadriel, je me serais d'ailleurs bien passé de son petit tour de magie : était-elle là ou non? Mystère! ...Oui, sauf qu'on s'en fiche et qu'encore une fois, ça n'apporte rien.<br>Et c'est là une manie de Peter Jackson qui peut être anodine, mais qui a tendance à m'agacer : celle d'ajouter des petites scènes ou de modifier de petites choses comme pour le plaisir de changer ou d'en faire plus. Je donnerai un seul exemple, qui m'a fait taper la main sur le front : Thranduil qui chevauche un cerf. Pourquoi diable? Un cheval, ce n'était pas assez bien (un cheval blanc aurait eu le double avantage de "faire style" et de coller tant avec la tradition féérique qu'avec le cerf de la Forêt Noire)? Apparemment, c'était trop sobre pour Jackson. Il lui faut du spectaculaire (ou du ridicule ; les deux vont souvent de paire chez lui). Au point qu'il verse souvent dans la caricature. Caricature des nains qui ne savent pas ce qu'est un légume, caricature d'elfes qui jouent de la flûte pour de gros bourrins. La caricature peut avoir du bon, mais a-t-elle vraiment sa place dans l'adaptation des textes fondateurs du genre?<br>Pour continuer dans les reproches, je dirais que contrairement à la plupart des avis que j'ai pu lire, j'ai trouvé la scène de l'attaque d'Esgaroth et du Mont Solitaire mal fichue. Dès les premières secondes, on comprend (du moins ceux qui ne s'en doutaient pas) qu'on ne verra pas Smaug. Et je trouve que c'est une mauvaise idée qui ne pouvait donner qu'un résultat médiocre. C'est censé être une scène de carnage avec un dragon énorme : ce n'était pas le moment de laisser planer un pseudo-mystère ou je-ne-sais-quoi, mais de montrer une de ces batailles avec plein de figurants que Peter Jackson affectionne tant! Bien sûr, révéler d'entrée de jeu l'apparence du dragon qu'on ne rencontrera qu'à la toute fin aurait gâché le suspens... Eh bien il suffisait de commencer par autre chose.<br>Je fais un peu le reproche inverse à l'arrivée de Gollum, qui apparaît tout bêtement. Par ailleurs, la scène des énigmes, si bonne soit-elle, nous montre un Gollum assez différent de celui qu'on voit dans le roman, où il est franchement inquiétant et dans lequel on ne décèle, en fait, guère de trace du "Sméagol" qui ne réapparaîtra que bien plus tard grâce à l'influence de Frodo. En soi, pourquoi pas, d'autant que le jeu d'Andy Serkis est toujours aussi bon et que cela donne lieu à quelques gags bien trouvés. Seulement voilà : cela bouleverse complètement le sens de l'acte généreux de Bilbo quand il choisit de le laisser en vie. En effet, le Gollum du film est, la moitié du temps, plutôt sympathique et même mignon ; avoir pitié de lui devient dans ces conditions bien plus facile (pour ne pas dire normal) que dans le livre où Bilbo ne voit en lui qu'un tueur potentiel certes misérable, mais aucunement gentil et encore moins drôle. C'est de là que vient toute la beauté de son geste, que le film rabaisse à quelque chose de bien plus banal. <p>Si surprenant que cela paraisse, il y a tout de même certains ajouts que j'ai appréciés, comme Gandalf disant à Bilbo que le monde n'est pas dans ses livres ni dans ses cartes, mais à l'extérieur : c'est peut-être une réflexion un peu trop sérieuse pour le roman, mais je trouve qu'elle convient parfaitement.<br>J'ai aussi beaucoup apprécié la chanson des nains (dommage qu'elle ne dure pas plus longtemps), particulièrement prenante. J'apprécie l'air troublé de Bilbo lorsqu'il l'entend, et j'aime à penser que cette chanson a beaucoup pesé dans sa décision de joindre à l'expédition. De même, le fait qu'elle soit interprétée dans le générique de fin par Martin Freeman (ou par quelqu'un ayant une voix très proche de la sienne) montre à quel point Bilbo tend à se rapprocher du groupe de Thorin, à adopter leur quête qui, à la base, ne le concerne pas, et enfin colle parfaitement à son rôle de "passeur culturel", d'intermédiaire entre les Hobbits et les autres espèces.<p>Bref, cette adaptation m'a laissé mi-figue mi-raisin. Il me semble clair que pour ce qui est de la profondeur et de la poésie, le film n'arrive à la cheville du roman qu'à de rares reprises. Cependant, malgré tous les défauts cités, j'ai globalement passé un bon moment, même si je n'attends pas pour autant les épisodes suivants. <p><SMALL>En tout cas, cela reste bien mieux que le massacre opéré sur Tintin (que j'avais eu la sottise d'attendre avec impatience)...</SMALL>

