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Mise à jour du 12/06/2002
#20
Ca y est, j’ai terminé la lecture d’ « Aspects du mythe » et j’ai quelques petites remarques à ajouter pour achever de vous convaincre de lire ou de relire Eliade.

>Spzako :
1. « Tout en reconnaissant l’aspect réducteur de la psychanalyse freudienne (psychologie des profondeurs selon la terminologie de Mircea Eliade), Eliade, dont le domaine bien différent est l’histoire des religions, montre qu’il y a continuité entre les univers onirique et mythologique, la différence c’est que le premier est privé et personnel, le second s’assume comme exemplaire et universel . »
2. « L’article de Loki, dans cette optique, me semble tout-à-fait cohérente… »

Si je suis d’accord avec ta première conclusion, Spzako, je ne peux souscrire à la seconde mais je laisse le soin à Eliade d’exposer ses arguments que je partage personnellement :

« (Jung) rappelle, à juste titre, que le conte n’est pas une création immédiate et spontanée de l’inconscient (comme le rêve, par exemple) : c’est avant tout une « forme littéraire », comme le roman et le drame. Le psychologue néglige l’histoire des motifs folkloriques et l’évolution des thèmes littéraires populaires ; il est tenté de travailler avec des schémas abstraits. Ces reproches sont fondés. » (« Aspects du mythe », p.241-242)

Pour être tout à fait honnête, Eliade, en véritable modèle de pondération, ajoute quelques lignes plus loin :

« Tout ce qu’un folkloriste peut objecter à un psychologue, c’est que ses résultats ne résolvent pas son problème, ils ne sont bons qu’à lui suggérer de nouvelles voies de recherche. »

Bon ça, c’était pour clore un vieux débat sur la légitimité de la psychocritique en matière de conte…

Maintenant je voudrais citer un passage du même essai où Eliade avance une théorie de la littérature qui, je crois, satisferait Tolkien et bon nombre d’écrivains… En tout cas, moi, je ne peux qu’acquiescer car c’est là une conception de la littérature très noble et dans laquelle je me reconnais. Je vous laisse juges :

« On pourrait donc dire que la passion moderne pour les romans trahit le désir d’entendre le plus grand nombre possible d’ « histoires mythologiques » désacralisées ou simplement camouflées sous des formes « profanes » » (…) Le besoin de s’introduire dans des univers « étrangers » et de suivre les péripéties d’une « histoire » semble consubstantiel à la condition humaine et, par conséquent, irréductible. Il y a là une exigence difficile à définir, à la fois désir de communier avec les « autres », les « inconnus », et de partager leurs drames et leurs espoirs, et besoin d’apprendre ce qui a pu se passer. »
« La « sortie du Temps » opérée par la lecture – particulièrement la lecture des romans – est ce qui rapproche le plus la fonction de la littérature de celle des mythologies.(…) On devine dans la littérature, d’une manière plus forte encore que dans les autres arts, une révolte contre le temps historique, le désir d’accéder à d’autres rythmes temporels que celui dans lequel on est obligé de vivre et de travailler. » (« Aspects du mythe », p.231-232)

Pour en revenir à notre sujet de départ, apprécier l’œuvre de Tolkien n’est pas le signe d’une régression infantile : Tolkien n’est pas un auteur pour enfants, il n’est pas non plus un auteur pour adultes : son œuvre s’adresse à l’homme dans toute son universalité car de part sa condition humaine, l’homme cherche à transcender sa propre histoire, que ce soit au moyen de la religion ou de l’imaginaire à travers la création artistique dont la littérature n’est qu’une forme parmi d’autres…

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