Je considère donc Tolkien comme quelque chose d'aussi (peu) sérieux que le reste. Ce qu'il fournit, finalement, manque aux hommes qui en ont besoin.
Mais qu'est-ce que c'est exactement ?
Hé bien je dirais ... l'humilité tout simplement ;) Je n'ai jamais trouvé mieux pour définir le sentiment que j'éprouve à chaque fois que je relis le Seigneur des Anneaux.
En fait, une des choses qui est caractéristique du cinéma de Miyazaki, c'est qu'il est très proche de la religion japonaise - je pense surtout au Shintoïsme, une des deux religions largement prédominante au japon, avec le Bouddhisme; dans le Shintoïsme, politéiste, il existe de nombreuses traditions liées à la vénération et le respect des nombreux esprits résidant dans la nature. Ces traditions sont profondéments ancrées dans la culture japonaise - elles sont très souvent respectées, que les gens y croient ou non - le japon étant - ayant été serait plus juste, avec la nouvelle génération c'est en train de changer - un pays plutôt conservateur ;) Le thème de l'environnement, et du respect des lieux naturels est par conséquent central au japon, car l'on fait PARTIE intégrante de la nature. D'ailleurs on dit Fuji-san (intraduisible ;p) et pas Fuji-yama (montagne fuji) ;) le Fuji-san étant respecté au même titre qu'un être humain (san = marque de respect pour une personne). Les oeuvres de Miyazaki, Monoke Hime (princesse mononoke), Kaze no Tami no Naushika (Nausicaä de la vallée du vent - jamais compris l'exotisation du nom Naushika en Nausicaä), Sen to Chihiro (le voyage de Chihiro) sont donc profondément ancrées dans la tradition japonaise (d'où leur succès là-bas).
Je pense que chez nous, l'attitude générale face à la nature est autre , et que cette attitude est un manque manifeste d'humilité (c'est dit un peu naivement, mais ...). Par rapport à l'âge de la terre, l'existence de l'homme représente une infime portion du temps, mais il est net que la supériorité de l'homme sur la nature est ancrée dans la pensée occidentale. C'est tout à fait légitime, et mal barré est celui qui voudrait soutenir le contraire. Cependant ce qui est criticable, c'est de penser que cette appropriation de la nature est nécessaire. Comme le dit si bien Spinoza dans l'appendice de la Partie I de l'Ethique, "la Nature n'a aucune fin à elle prescrite et toutes les causes finales ne sont rien que des fictions de l'homme". Je trouve qu'en ce sens, la littérature de Tolkien remet bien l'homme à sa juste valeur, face à une nature réactive. Mais c'est plus que cela. La communion avec la nature est en fait un acte privilégié qui lui est offert, on a affaire à une nature plus ou moins "consciente" - c'est peu dire des Ents et autres Vieux Hommes Saules - et elle n'est pas toujours compréhensible par les hommes - bien moins que par les elfes.
Bref, Tolkien décrit à sa manière une nature - je pense - belle et bien "vivante", d'une manière "sensorielle". Parfois, on s'y sent en sécurité, parfois menacé. Tolkien fait ressortir les sentiments qui nous frappent, de manière plus ou moins consciente, quand on se trouve en pleine nature et qu'on la ressent (suivant notre humeur, ou de manière objective, quand c'est elle qui arrive nous impose nos propres sentiments). Je pense qu'en fait ce côté "sensible" de la nature est traité chez Tolkien sur une approche profondément artitistique - c'est à dire à la fois musicale (Tolkien était philologue ;)), esthétique d'une manière visuelle, etc. - et on peut d'ailleurs sans hésitation penser au fameux Feuille de Niggle (to niggle veut dire chicaner, fignoler en anglais), qui représente bien la manière de travailler de Tolkien, profondément artistique :).
Ainsi, face à cette nature artistique et mystérieuse, on se sent à la fois enchanté par l'esthétique et petit face à sa grandeur. Non, définitivement, je n'ai pas d'autre mot que "humilité" :)
Ben

