Au moment où je découvre ce fuseau, je viens de finir l’essai de Tolkien, Du conte de fées. Dans cet essai, il tente de réhabiliter le conte de fée comme un genre littéraire à part entière voire supérieur à toutes formes d’Art, puisqu’il lui trouve des échos dans les Evangiles…
Il distingue en fait trois constantes du conte de fée qui peuvent expliquer son succès :
1) Le Recouvrement que l’on pourrait définir comme la redécouverte de « choses simples ou fondamentales, vierges de Fantaisie. » Le mieux est de citer Tolkien him-self et vous verrez où je veux en venir :
« Car le Conteur qui se permet « des libertés envers » la Nature peut-être amoureux d’elle et non son esclave. Ce fut dans les contes de fées que je devinai pour la première fois le pouvoir des mots et la merveille des choses, telles que la pierre, le bois et le fer, l’arbre et l’herbe, la maison et le feu le pain et le vin. » (Edition Pocket, p.190)
N’est-ce pas ce sentiment que nous partageons à la lecture des contes ? C’est en tout cas le mie, celui d’un retour aux sources en quelque sorte…
2) L’Evasion à ne pas confondre avec la désertion mais à conjuguer avec la Liberté… La Liberté de retrouver un monde où ne font pas irruption la modernité et son cortège de désagréments ! Et le maître de justifier le fait de ne trouver ni réverbère électrique, ni usine bruyante, ni gare verrière dans les contes de fées… car
« Le château le plus abracadabrant qui sortit jamais du sac d’un géant dans un fantasque conte gaëlique n’est pas seulement beaucoup moins laid qu’une usine automatique, il est aussi (pour employer une expression tout à fait moderne) « dans un sens très authentique » beaucoup plus vrai. » » (Edition Pocket, p.194-195)
C’est une idée essentielle selon moi pour bien comprendre la fascination qu’exercent sur nous ces récits : le sentiment de détenir là une vérité. Aussi extravagantes que soient les aventures, aussi loin qu’elles puissent nous mener, elles nous renvoient toujours à quelque chose d’essentiel.
3) LaConsolation ou « la joie de la fin heureuse ». Je ne développe ce dernier point fort intéressant mais qui n’apporte pas d’élément significatif au thème de ce fuseau plutôt centré sur les rapports de l’homme et de la nature.
Voilà pour conclure, je vais tenter de donner une réponse plus personnelle à la question posée par Vinyamar pour ouvrir le débat :
« Qu'est ce qui fait qu'en tant qu'homme, nous soyons capables aussi universellement (j'exagère à peine) d'être touché par la poésie de ces récits ? »
Parce qu’ils retrouvent l’origine et la pureté primitives de ce qui entoure et de ce qui nous touche. Il y a dans cette re-découverte quelque chose d’universel qui dépasse largement les frontières culturelles. Voilà pourquoi notamment les contes européens trouvent souvent leurs homologues dans des cultures parfois très éloignées… Voilà sans doute pourquoi Tolkien est apprécié bien au-delà des frontières britanniques…

