Comme le président de la banque dont je suis directeur financier avait eu la mauvaise idée de placer le conseil d’administration d’approbation des comptes semestriels le vendredi matin, je ne pouvais pas participer aux deux premières journées.
Ces diables d’administrateurs ont même eu la mauvaise idée de poser de nombreuses question et j’ai même eu un moment peur de manquer mon avion pour Londres. Heureusement, je parviens à l’attraper de justesse et à me relaxer un peu durant le vol pour oublier mon stress de ma présentation en CA. Mais à vrai dire le stress professionnel est vite remplacé par la préoccupation de ma présentation du lendemain à faire à l’oxenmoot. Je n’arrête pas de relire mon texte et de fouiller fébrilement dans mon dictionnaire pour vérifier des mots de vocabulaire dont je pourrais avoir besoin.
Le voyage se déroule sans encombres et j’arrive à Oxford en car vers 22 h juste à la fin du dîner de gala. Qu’à cela ne tienne je suis tout le monde au bar et me mêle aux conversations. Un des participants apprenant que je suis breton cherche absolument à me parler en Cornique sous prétexte que le Cornique et le Breton sont des langues proches et que je devrais comprendre. .. Hélas j’ai déjà énormément de mal à déchiffrer vaguement un texte en Breton ...alors le Cornique je ne vous raconte pas. Malgré tout, la bière et le cidre aidant, nous nous quittons tard dans la nuit très bons amis.
Le lendemain je me réveille un peu laborieusement et je ressent toujours un peu de trac. Je suis très habitué à prendre la parole en public et habituellement cela ne me pose pas de difficultés. Mais ce sera ma première conférence en ANGLAIS ce qui me stresse un peu. De plus je sais qu’il y aura dans la salle des professeurs d’oxford qui sont des philologues professionnels et qui risquent de se montrer critiques avec le « Frenchy ».
A la table d’à coté j’entends qu’on parle de moi pour savoir si ma conférence vaudra le coup. Je me présente donc pour discuter avec le leader d’opinion du groupe un anglais de 50 an portant bottes de cow-boy piercing et queue de cheval. Il se révèle être un pair d’Angleterre dont les ancêtres remontent 250 avant la conquête et qui siège à la chambre des lords (comme quoi il ne faut pas se fier aux apparences ). Nous sympatisons assez vite et il m’assure
tout le monde ici aime Tolkien et entendre parler de lui fait plaisir donc même si la conférence est nulle tout le monde sera content
soit mon intervention est bonne et les gens seront contents soit elle ne l’est pas et les auditeurs pourront se dire qu’ils sont de meilleurs spécialistes de Tolkien que moi et donc seront flattés et contents aussi
quoiqu’il arrive tout le monde sera content ...CQFD
Le temps a passé il est temps pour moi de gagner la salle de conférence. J’hésite à lire mon papier pour limiter les risques ou à parler sans notes comme je le fais toujours en Français. A l’instant fatidique je me lance et je parle sans notes une heure sur « une lecture Dumézilienne de la geste de Turin ». J’avais tellement révisé dans l’avion que tout se passe bien et je m’en tire convenablement. Vient le temps des questions. Les choses se compliquent. Il y a dans la salle de véritables pro et je crains d’être dépassé. Heureusement le débat s’installe spontanément dans la salle entre hyperspécialistes et tout se passe bien. Comme mon lord et paire assure bruyamment la claque je suis même applaudi.
JE L ‘AI FAIT, je suis soulagé et je nage dans l’euphorie et me précipite dans la conférences suivante sur la différence entre le traitement des entre le livre et les films. La conférence est intéressante.
Vient le déjeuner avec Priscilla, la fille de Tolkien qui apprenant que j’avais fait une intervention vient très gentiment me dire quelques mots.
L’après midi j’hésite entre une conférence sur le « rôle de la guerre dans l’équilibre du mal en TdM » ou l’atelier de danses hobbites. Je décide que j’ai eu assez de travail intellectuel pour le moment et j’opte pour les danses : un moment de franc amusement. Je fais ensuite un tour par la boutique entièrement remplie de livres de CD et autres objets liés à Tolkien (j’aime les livres moins les produits dérivés du film)
Je file au « slide show » ou Len Stanford présente les illustrations les plus délirantes qu’il a pu trouver. Cette année le thème est Golum. Certains dessins sont réellement grotesques et la salle s’amuse bien.
Enfin je reviens à des choses plus sérieuses an assistant à la présentation de caspar Reif fondateur de l’orchestre « the Tolkien ensemble ». Il nous explique qu’après le premier concert un critique du Gurdian avait écrit « même la communauté des fans de Tolkien n’arrivera pas à faire vivre un tel projet plus d’un mois ». Cela fait maintenant 8 ans que l’orchestre existe et il a donné plus de 300 concerts... Quelques anecdotes amusantes, en particulier lors d’un concert privé pour la reine du Danemark le soliste s’est parait-il soudain étranglé en entamant le vers du « il y avait dans cette auberge une vache à corne encore plus fière qu’une reine », le tout au grand amusement de la vraie reine. Plus sérieusement il nous donne des indication sur les chois de ses mélodies. C’est ainsi que j’apprend qu’il a fait des recherches sur les musiques en vogue parmis les paysants anglais au 18° siècle pour composer les airs Hobbits. Pour la musique de Gondor il s’est inspiré de la musique de Versailles sous Louis XIV car cela lui semblait correspondre avec la grandeur légèrement pompeuse et figée du Gondor. Pour les elfes il a choisit des leitmotivs quaternaires très répétitifs car il pense que les elfes immortels devaient concevoir le temps comme une infinie répétition des saisons à un rythme (pour eux ) rapide. Bref une conférence intéressante et émouvante.
Vient la soirée mais là comme l’année dernière je commence à fatiguer et j’ai du mal à suivre dans le brouhaha les conversations en anglais et je vais me coucher.
Le dimanche matin est consacré à la traditionnelle visite sur la tombe de Tolkien et de sa femme (et depuis cette année de son fils Jhon). Après le déjeuner j’ai encore le temps de discuter avec quelques personnes sur le thème de ma conférence de la veille ou sur les aspects spécifiquement catholiques (par opposition à protestants) du SdA. Mais l’heure tourne et je dois partir pour prendre mon avion. Comme j’ai acheté plusiers livres à la boutique j’ai de quoi m’occuper...
Je m’interroge toutefois sur la faible participation française à cet évènement. Il y avait 8 allemands, 7 hollandais, 4 russes, 4 suisses, 3 danois, 5 américains (dont deux avaient fait le déplacement pour l’occasion), deux japonais (mais vivant en Angleterre) et UN seul français. Peut-être pourrait-on organiser quelque chose une autre fois.... Alors je vous dit comme il est de rigueur après un oxenmoot « Al’année prochaine à Oxford »
Cordialement
PS ; j’ai envoyé le texte, en français, de ma conférence à Cédric. Peut-être aura-t-il le temps de la mettre sur JRRV. Sinon vous pouvez me la demander je vous l’enverrai sur votre mail privé

