Après la pause du déjeuner, j’hésite entre plusieurs possibilités et finalement j’opte pour le slide show de Leonard Sanford. J’y vais presque à chaque fois et toujours avec le même plaisir. Len avait commencé ce slide show il y a maintenant plus de dix ans quand il était archiviste de la Tolkien Society et qu’il collectionnait à ce titre toutes les illustrations qu’il pouvait trouver sur le monde de Tolkien. Même s’il n’est plus archiviste, il continue sa collecte d’images. Il nous montre chaque année une partie de ses trouvailles (je crois qu’il en a plus de 2000). Il fait en général deux lots, les meilleures et les pires. C’est toujours très drôle. D’autant que Len a un humour assez percutant et a le chic pour pointer dans les illustrations qu’il projette le détail qui cloche. Son slide show lui a d’ailleurs valu au cours du temps une certaine rancœur de la part de certains artiste.
Après ce bon moment, je choisi d’aller écouter Colin Rudd qui doit nous chanter des poèmes de Tolkien. Simplement Colin Rudd ne vient pas et après une demi-heure d’attente nous apprenons qu’il n’a pas confirmé sa participation…Un petit bug dans l’organisation d’un Oxonmoot d’ordinaire bien huilé. Du coup je ne sais pas trop quoi faire, je ne me vois pas arriver en plein milieu d’une conférence, ce qui ne serait pas très sympathique pour l’intervenant. J’opte donc pour « l hospitality room ». Il s’agit d’une salle ou thé, café et biscuits sont à disposition. On est certain d’y rencontrer d’autres personnes et de pouvoir engager la conversation sur un sujet ou un autre et j’y passe un bon moment.
Après avoir discuté à bâtons rompus avec une ou deux personnes je vais à la séance de question réponse qui suit la projection sur grand écran du film « Born of Hope ». Je ne suis pas allé à la séance car j’ai déjà vu le film plusieurs fois sur internet, mais je suis intéressé par rencontrer les auteurs de ce film. Sont présent Kate Madison (Productrice, Directrice et actrice jouant le rôle de la femme soldat) et Simpkins Lee l’acteur ayant joué Arathorn (plus un orc et un paysan car comme ils étaient peu nombreux les acteurs ont souvent remplis plusieurs rôles avec des maquillages différents). La présentation est très sympathique nos deux interlocuteurs débordent d’enthousiasme et Kate est infiniment plus vivante et féminine « en chair et en os » que dans le film où je trouvais que son personnage manquait un peu de consistance. Je ne peux pas me souvenir de toutes les questions qui ont été posées mais en voici certaines :
- Avez-vous demandé une autorisation au Tolkien Estate et à New line avant de tourner ? : Non il vaut mieux demander pardon que permission, ils ont donc commencé leur projet sans rien demander quand les avocats du TE et de New Line les ont finalement contacté, un compromis a été trouvé, ils ont été autorisés à poursuivre mais à condition de ne rien vendre à titre onéreux.
- Combien de temps ?: le projet a duré 6 ans il a fallu 33 jours de tournages en deux ans
- Ou avez-vous trouvé les costume ?: beaucoup ont été acheté sur Ebay et retouché par les bénévoles, d’autres ont été prêtés et d’autre réalisés par les bénévoles. En particuliers ils se sont échangés beaucoup de masques d’orcs et d’épées avec l’équipe de « the hunt for Gollum ». D’autre part un ancien de chez New Line leur a donné des cotes de maille qui avaient été mises au rebus par New Line car elles présentaient des défauts
- Avez-vous dès le début eu l’intention de faire un long métrage ?: non au départ le film devait faire 20mn mais comme pour le SdA, l’histoire « grew in the telling ».
- Le budget ?: 27 000 GBP (environ 31 000€)
- Qui a fait la musique ? : la musique est originale et a été composée par cinq compositeurs différents qui travaillaient plus ou moins séparément.
- Comment avez-vous fait le Troll ? : il a été fait par un étudiant en informatique comme projet de fin d’étude
- Avez-vous d’autres projets ?: oui, ils travaillent sur un nouveau fan film dans un univers d’héroic Fantasy proche de la TdM mais différent. Ils pourront ainsi vendre éventuellement leur film et donc rentrer dans leurs frais.
- Suite au succès incontestable de « born of Hope » avez-vous été contacté par des producteurs professionnels ?: Non, malgré plus de 2 millions de spectateurs, des critique unanimes, et des démarches actives de leur part personne dans le « business » ne les a contacté ou reçus.
Je sorts très content de cette conférence. Personnellement je ne suis pas un fan du film qui est trop proche à mon gout de l’univers de PJ, mais je suis admiratif devant l’énergie et l’enthousiasme de ces deux jeunes gens.
Après cette dernière conférence la partie « sérieuse » d’Oxonmoot se termine et après un nouveau passage à l’hospitality, je me rends au dîner. Il s’agit d’un barbecue sur la pelouse. Comme l’année dernière le ciel est bleu mais la température est nettement plus fraiche, donc tout le monde après avoir eu son assiette se réfugie à l’intérieur et c’est l’occasion de retrouver des amis ou de s’en faire de nouveaux. J’ai l’occasion de parler avec Dimitra (ma première conférencière du matin) et d’approfondir certain point de sa présentation.
Ensuite vient la partie festive avec les chants les danses, et les costumes. La salle est très bruyante et je fatigue et, comme chaque année je vais me coucher avant la fin.
Le lendemain, je me lève de bonne heure pour aller à la messe à huit heures à l’Eglise Saint Louis de Gonzague qui a été longtemps la paroisse de Tolkien (et celle du Cardinal Newman tout nouvellement béatifié). D’un point de vue strictement intellectuel, la communion des Saints est la même dans toutes les églises du monde. Cependant je suis toujours très ému de me retrouver à prier dans la même église et sur les mêmes bancs que Tolkien et ses enfant il y a une cinquantaine d’années (en fait, cela m’émeu plus que la visite au cimetière).
Je suis de retour à Lady Margaret à temps pour prendre le petit déjeuner et là deux anglaises me prennent pour confident et me racontent toutes les rancœurs, jalousies et divisions qui existent au sein de la Tolkien Society. C’est surprenant pour quelqu’un qui ne vient que deux jours par ans, en façade tout le monde semble les meilleurs amis du monde, or par derrière il semble que c’est plus compliqué. Comme quoi même entre passionnés qui participent bénévolement pour leur plaisir la nature humaine reprend rapidement ses droits.
Après le petit déjeuner, c’est la visite au cimetière sur la tombe de Tolkien avec les remises de gerbes et une minute de silence et le Namarië chanté par Denis Bridoux.
Dès le retour du cimetière, je dois me sauver comme un voleur pour avoir mon train et j’ai à peine le temps de dire au revoir. Dans le train, avant de me plonger dans « miracles » de CS Lewis que j’ai acheté la veille, je repense à ces deux jours et me dit que c’était vraiment de bon moments. J’ai toujours le regret d’être encore une fois le seul français. Quand un Moot est organisé à l’autre bout de la France, certains n’hésitent pas à s’y rendre, alors pourquoi pas de l’autre coté de la Manche. Il y a la barrière de la langue, mais sur JRRV certain se plaisent à faire de la traduction de poème juste pour le plaisir, ce qui dénote une vraie maîtrise de la langue. Alors pourquoi ? Parfois, ce manque d’ouverture internationale des Tolkiendil français me semble symptomatique du déclin du rayonnement culturel ou économique de notre pays. Mais enfin, ne perdons pas espoir, peut-être que l’année prochaine…

